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L'industrie européenne, un secteur à défendre dans la compétition mondiale

Synthèse 27.03.2018 Jules Lastennet

Secteur économique incontournable mais également en perte de vitesse, l'industrie représente en Europe environ 20% du PIB. En la matière, l'Union européenne apporte un soutien conséquent aux politiques nationales, par le biais des programmes de recherche et d'investissement, en cherchant à renforcer la coopération entre les Etats membres et en défendant les entreprises européennes face à la concurrence internationale.

L'Europe dans le monde

Au sein des pays occidentaux, le poids du secteur industriel tend à se réduire depuis plusieurs décennies. A cet égard, l'Union européenne ne fait pas exception. Entre 1995 et 2015, indique Eurostat, la part de l'industrie dans le PIB européen est passé de 23,3% à 19,3%. Une tendance comparable est observée aux Etats-Unis, où la part de l'industrie est passée de 23,9 à 20% entre 1997 et 2015 d'après la Banque mondiale. Par ailleurs, dans des pays comme la Chine ou la Russie, si la part de l'industrie décroît dans les mêmes proportions, le secteur représente encore respectivement 39,8 et 32,4% du PIB.

En revanche, en valeur, la production industrielle européenne reste très importante et continue d'être équivalente avec celle des Etats-Unis et de dépasser largement celle de la Chine. En effet, l'UE peut s'appuyer sur de nombreuses entreprises d'envergure mondiale, notamment dans l'automobile, la chimie ou l'énergie. L'Europe est en revanche en retard sur les Etats-Unis s'agissant des technologies de l'information et de la communication.

Source : Eurostat

La situation en Europe

D'un Etat membre à l'autre, l'importance du secteur industriel varie largement. Dans deux pays, l'Irlande et la République tchèque, l'industrie représente plus de 30% du PIB. A l'inverse, dans six pays de l'UE, ce secteur se situe sous la barre des 15% : c'est le cas notamment en France et au Royaume-Uni.

Par ailleurs, notons que l'industrie est le premier employeur du pays en Pologne, République tchèque et en Slovénie. A l'échelle européenne, ce sont 15,4% des emplois qui sont industriels. Une proportion qui s'élevait à 20,9% en 1995.

Plus précisément, les industries européennes sont également plus ou moins diversifiées. En France, les principales branches sont celles de la chimie/pharmacie et de l'agroalimentaire, le ministère de l'Economie indiquant qu'elles représentent à elles deux plus de 40% de la valeur ajoutée (hors secteur énergétique). En Allemagne, l'automobile, la chimie ou encore la construction mécanique sont les branches les plus importantes et des firmes telles que Volkswagen, Daimler, Siemens, Bayer ou encore ThyssenKrupp font partie des plus puissantes du monde. En Italie, ce sont les industries textile, agroalimentaire et automobile qui tiennent le haut du pavé. Tandis que dans un pays comme la Pologne, l'extraction minière, la sidérurgie et la chimie font partie des branches les plus importantes.

Politique européenne

En Europe, la politique industrielle appartient encore largement aux Etats membres. Ces derniers sont libres de faire leurs propres choix, comme en attestent la diversité des industriels existantes et les différences importantes dans le poids du secteur dans l'économie. Les pays européens s'appuient en outre sur le marché intérieur pour développer leurs entreprises, naturellement soumises au droit européen de la concurrence qui régit les fusions et punit notamment les abus de position dominante.

L'Union européenne n'est toutefois pas inactive en matière industrielle et apporte son soutien principalement via le programme de recherche Horizon 2020. Ce dernier est doté d'un budget de 80 milliards d'euros pour la période 2014-2020 et représente la troisième ligne de dépense européenne, derrière la politique agricole commune et la politique de cohésion.

L'Europe de la recherche

A cet égard, la politique européenne de recherche ne cesse de gagner en importance depuis la fin des années 1990, dans l'optique de rattraper le retard pris par l'Europe vis-à-vis des Etats-Unis ou du Japon en matière de recherche et développement et d'innovation. Et avec Horizon 2020, l'UE cherche à accomplir trois objectifs : répondre aux principaux défis sociétaux du moment comme la transition écologique ou la sécurité alimentaire, protéger son excellence scientifique et être compétitive en matière de technologies "révolutionnaires" comme les nanotechnologies ou l'aérospatial.

Notons enfin que l'Union européenne s'est dotée d'instruments de défense commerciale afin de protéger les industries particulièrement exposées à la concurrence internationale. En la matière, les mesures antidumping sont les plus fréquemment utilisées et permettent de taxer les entreprises étrangères qui pratiquent des prix cassés en vue de pénétrer le marché européen.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Enjeux et perspectives

Les instruments européens de défense commerciale font toutefois l'objet de critiques régulières, en raison notamment de la lenteur du processus pour les activer. A cet égard, des discussions sont actuellement engagées afin de moderniser ces instruments, qui apparaissent plus que jamais nécessaires pour lutter contre la concurrence parfois déloyale de certains pays, au premier rang desquels la Chine. De la même manière, certaines forces politiques, notamment le centre-gauche européen et les partis écologistes, plaident pour l'instauration d'une taxe carbone aux frontières, visant ici les pays qui ne respectent pas les mêmes règles environnementales que les Européens. En outre, la menace des Etats-Unis de considérablement relever les taxes sur les importations d'acier et d'aluminium, en mars 2018, incite également les Européens à envisager des mesures de représailles.

Défense commerciale : les instruments européens

Individuellement, les pays européens accentuent aussi leur vigilance vis-à-vis des offres publiques d'achat étrangères sur leurs fleurons industriels. Comme l'indique notamment Alternatives économiques, l'Allemagne ou encore la France se sont dotées de moyens juridiques pour bloquer les acquisitions d'entreprises stratégiques (défense, énergie, eau, intelligence artificielle…) par des intérêts étrangers.

Au-delà des instruments de défense commerciale, les Européens s'emploient plus généralement à sauvegarder voire à relancer leur activité industrielle alors que certaines branches sont menacées de déclin. A cet égard, le projet de fusion entre le Français Alstom et l'Allemand Siemens en matière de ferroviaire, en septembre 2017, laisse penser que la constitution de "champions" industriels européens peut être une solution pour faire face aux firmes américaines ou chinoises. L'entreprise franco-allemande Airbus apparaît à cet égard comme un modèle dans la mesure où il s'agit d'une création paritaire, mais la reproduction de ce schéma s'avère délicat. Et quel que soit le montage retenu, la fusion de grandes entreprises pourrait supposer d'ajuster le droit européen de la concurrence au nom justement de la préservation des industries européennes.

Fusion Siemens-Alstom : un nouveau modèle pour l'industrie européenne ?

Enfin, de nombreux observateurs indiquent que l'Union européenne aurait intérêt à accroître considérablement ses investissements dans les secteurs d'avenir, comme le numérique ou les énergies renouvelables, pour ne pas se faire distancer par la concurrence américaine ou asiatique. A cet égard, l'harmonisation des législations au sein du marché intérieur européen pourrait être une solution, dans la mesure où les entreprises pâtissent encore largement de la diversité des réglementations à respecter pour se développer. De même, afin de respecter les accords de Paris sur le climat, les voix se font de plus en plus nombreuses pour fixer des engagements communs de moyen terme, comme par exemple ne plus produire que des véhicules propres d'ici 2035.

Pour une Europe leader du défi climatique et de la transition énergétique