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L'extrême droite gagne du terrain en France et en Europe

Actualité 28.05.2014

Au lendemain du scrutin européen, l'Europe découvre un nouveau paysage politique et une nouvelle réalité : l'extrême droite et les eurosceptiques sortent renforcés de ces élections. Un véritable tremblement de terre en France et un changement politique dans plusieurs Etats membres, qui provoquent un réveil douloureux. Pourtant, si la surprise est quasi générale, les derniers sondages avaient mis en garde les électeurs.

Front national : une victoire historique

Il y a eu le 21 avril, il y aura dorénavant le 25 mai. Avec 24,85% des suffrages, le parti de Marine Le Pen a battu tous les records. 

Seules trois circonscriptions sur huit ne voient pas l'extrême droite victorieuse. Un camouflet pour tous les partis de gouvernement. "La Ve république, c'est le lien entre le président et le peuple. Ce lien, manifestement, est rompu", a commenté le vice-président du Front national, Louis Aliot. Ce dernier se place en tête dans le Sud-Ouest avec près de 24 % des voix. Michèle Alliot-Marie termine quant à elle deuxième, tandis que José Bové fait plus de 10 %. Dans la circonscription du Sud Est, la victoire est totale pour l'ancien président du Front national Jean-Marie Le Pen, qui envoie cinq eurodéputés à Strasbourg. La liste de Renaud Muselier (UMP) perd sept points par rapport à 2009. 

Douze ans après le "21 avril", les résultats des élections européennes sont vécus comme "une catastrophe" par les socialistes. La liste PS/PRG arrive numéro trois derrière le Front national et l'UMP. Elle ne perd qu'un siège au sein du Parlement européen, mais au niveau national c'est une grande défaite pour le gouvernement.

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a tout de suite écarté une éventuelle dissolution de l'Assemblée demandée par la présidente du Front national.

Une poussée d'extrême droite en Europe

Comme en France, le parti d'extrême droite au Danemark enregistre une large victoire avec 26,6% des voix, devant les sociaux-démocrates qui obtiennent 19,1%. Il remporte 4 sièges sur les 13 attribués au pays, deux fois plus qu'en 2009.

Morten Messerschmidt, député sortant âgé de 34 ans, a néanmoins précisé que le Parti du peuple danois (Dansk Folkeparti, DF) se démarquait de celui de Marine Le Pen. "Des partis comme le Front national et Aube dorée gagnent du terrain. Mais ils le font, dit-il, parce que les partis établis trahissent les Européens. Il n'y a pas d'autre solution si l'on veut donner une autre direction à l'Europe", a-t-il commenté à l'issue des résultats.

Le Front national espère former des alliances avec les partis d'autres pays européens pour constituer un groupe au Parlement européen. Mais celui-ci doit pour cela représenter 7 nationalités différentes et compter 25 députés.

Le Front national pourra néanmoins compter sur l'Autriche, dont le parti d'extrême droite FPÖ, avec un score un peu moins élevé que prévu, atteint tout de même 19,7% des suffrages, contre 12,7% en 2009. Sur 18 sièges réservés à l'Autriche, 4 seront attribués au FPÖ. Les conservateurs chrétiens-démocrates de l'ÖVP (Parti du peuple autrichien) sont arrivés en tête du scrutin avec 27 % des suffrages, devant les sociaux-démocrates du SPÖ, qui atteignent 24,1%.

Au Royaume-Uni, avec 26,77%, le parti populiste de Nigel Farage est arrivé en tête et a ainsi gagné 14 sièges, ce qui porte à 23 le nombre de députés britanniques europhobes au Parlement européen, un score historique. Les travaillistes obtiennent quant à eux 24,74% des voix et les conservateurs de David Cameron se placent derrière avec 23,31 % des suffrages.

Le Premier ministre britannique a imputé la victoire du parti populiste Ukip à la "profonde désillusion" ressentie au Royaume-Uni vis-à-vis de l'UE, et rejeté tout "pacte" avec le parti de Nigel Farage. "Les gens sont profondément déçus par l'Union européenne", a déclaré David Cameron sur BBC Radio 4. 

Seul le parti d'extrême droite aux Pays-Bas, pourtant favori dans les sondages, enregistre une relative défaite. Le principal allié de Marine Le Pen, le populiste néerlandais Geert Wilders, obtient 13,2% des voix.

La gauche donnée gagnante dans une minorité de pays

En Grèce, la gauche radicale d'Alexis Tsipras l'emporte avec 26,6% des voix, tandis que le parti d'inspiration néonazie Aube dorée, en troisième position, a enregistré un score de 9,38%, qui lui donne deux des 21 élus grecs. Une grande victoire pour ce parti qui avait obtenu 0,46% en 2009. "Il faut isoler le populisme et l'extrémisme. Il ne faut pas flirter avec l'agenda des conservateurs et des extrémistes en Europe", a réagi dans un entretien la Vice-Présidente du Parlement européen, Anni Podimata (S&D, Grèce), le soir des résultats.

Elections européennes : les résultats en Europe

Résultats, taux de participation, projection en sièges, comparaison avec les élections de 2009... retrouvez sur cette page les chiffres du scrutin électoral dans l'ensemble des Etats membres.

La Suède quant à elle, enregistre l'un des meilleurs score des élections européennes pour un parti écologiste avec 15,30% des suffrages. Le parti socialiste suédois arrive largement en tête avec 24,4% des voix.

En Italie, c'est un succès pour Matteo Renzi. Le Parti démocrate a remporté près de 41% des voix : un score historique, qui fait du parti la première formation progressiste à l'intérieur du PSE européen. Pour le gouvernement de M. Renzi, cet exploit représente la légitimation populaire qui lui manquait, étant arrivé au pouvoir en février après avoir poussé vers la sortie le dirigeant d'alors, Enrico Letta. Le mouvement de Beppe Grillo a obtenu quant à lui 21% des suffrages. Il s'agit là d'une véritable défaite pour ce leader inclassable, qui espérerait dépasser le cap des 30% et demander des élections anticipées au gouvernement.

Le parti Smer-Social démocratie (SMER-SD) en Slovaquie arrive en tête de ce scrutin européen mais avec seulement 24 % des voix, alors qu'il espérait 35 %, comme en 2009. Il semble avoir pâti tout particulièrement de la très faible participation (moins de 13 %, un record dans l'UE), son électorat étant le moins proeuropéen. Le Parti national slovaque (SNS), associé au Front national, perd son siège au Parlement européen. Membre du groupe des conservateurs britanniques, la formation eurosceptique (Olano, Les Citoyens ordinaires et personnalités indépendantes) en gagne un.