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L'Europe selon Marine : l'Europe dans le programme du Front national, vu par Magali Balent

Vidéo 22.03.2012

L'Union européenne a toujours suscité débats et critiques au sein des partis d'extrême-droite en Europe. Alors que la campagne présidentielle française bat son plein en France, Touteleurope.eu s'est penché sur la politique européenne de Marine Le Pen en interviewant Magali Balent, chercheur associé à l’Iris et chercheur à la Fondation Robert Schuman, auteur du monde selon Marine.

Voir l'interview de Magali Balent


Pour Marine Le Pen, l'Europe doit être homogène et ne doit pas renoncer à ses valeurs ainsi qu'à son héritage chrétien

 

Magali Balent l'explique dans Le monde selon Marine, son récent ouvrage qui analyse la politique étrangère du Front national, ce dernier, comme les autres partis qualifiés de "partis nationaux populistes" sont hostiles à l'Union européenne telle qu'elle s'est construite depuis le début des années 90. Ils sont favorables à une union des Etats, mais qui n'irait pas à l'encontre des souverainetés nationales. Des coopérations au niveau économique, militaire, culturelle peuvent exister, mais elles ne doivent pas restreindre la souveraineté de chacun des Etats qui les composent.

La construction de l'Europe telle que voulue par le Font national doit encore s'enraciner dans l'héritage des valeurs chrétiennes. Ainsi, il y a malgré tout la revendication d'une Europe homogène. Bien entendu, l'Islam, considéré comme étranger à l'histoire et à la culture européenne, n'a pas sa place dans cette Europe. Ainsi, pour le FN, cette Europe identitaire doit être bornée géographiquement par l'Europe de la croix, cette dernière étant délimitée par l'ère de l'Islam au Sud, et par "l'influence de bouddha" à l'Est. C'est une Europe des nations qui a éventuellement vocation à intégrer la Russie puisque celle-ci est d'héritage chrétien.

Dans une conférence de presse accordée jeudi 23 mars devant la presse étrangère à Paris, la candidate du FN à l'élection présidentielle française a été très claire sur la question turque : "avec tout le respect que je dois à cette grande nation, elle n'est pas européenne" a-t-elle déclaré. Madame Le Pen souhaite opposer une bonne foi pour toute une fin de non-recevoir à la candidature turque, à qui l'on a trop fait espérer selon elle. Elle ne souhaite d'ailleurs pas à la Turquie de rentrer dans cette Union européenne qu'elle définit comme une "machine d'équarrissage des peuples".

Le FN dénonce l'Europe du traité de Maastricht, "une Europe qui se construit contre les peuples"

L'Europe occupe une place bien définie au sein du programme de la candidate à l'élection présidentielle du Front National, qui repose, comme l'explique Magali Balent, sur trois éléments :

  • la dénonciation d'une Europe technocratique, voire même "totalitaire" qui s'oppose à cette Europe des peuples que le Front National veut bâtir. Pour Marine Le Pen, les Etats doivent toujours avoir leur mot à dire ;

  • la dénonciation d'une Union européenne fédérale, méprisant les souverainetés populaires, et donc les gouvernements populaires, à travers l'euro notamment. La sortie de l'euro permettra aux Etats de retrouver leur souveraineté monétaire ;

  • la dénonciation d'une Europe "cheval de Troie" du mondialisme, dont la vocation serait d'affaiblir la puissance des Etats l'a composant pour diluer les peuples. Ces flux migratoires, utilisés par les dirigeants européens, vont entrainer le passage à une société cosmopolite où les peuples européens seraient interchangeables. Mme Le Pen est donc favorable à la réinstauration des contrôles aux frontières.

La présence de Marine Le Pen et des cadres du parti au Parlement européen peut s'expliquer par deux raisons :
- bien qu'ils soient hostiles aux institutions européennes, le Parlement est la seule institution ayant une certaine légitimité dans la mesure où les parlementaires sont élus au suffrage universel ;
- c'est une manière d'avoir une tribune d'expression, de prouver qu'ils capables d'avoir des responsabilités politiques et de prendre la parole en public.

La sortie de l'euro est l'un des arguments phares de la campagne 'européenne' de Marine Le Pen. Elle souhaite ainsi la disparition de la monnaie unique, même si elle accepte qu'une monnaie commune (qui pourrait être utilisée par les Etats qui le souhaitent pour les échanges internationaux par exemple) perdure.

Comme elle l'a expliqué aux journalistes le 22 mars, "le problème de la monnaie unique c'est qu'elle impose l'uniformisation des politiques économiques et monétaires d'Etats très différents".

Elle dénonce très clairement l'euro comme l'origine de la crise que traverse l'Europe, et comme un élément de propagation de cette crise : "la France est dans le même escalier que la Grèce. Elle n'est juste pas au même étage. Mais à la fin, nous nous retrouverons tous au rez-de-chaussée", a-t-elle affirmé.

Quelle place pour le Front national sur l'échiquier politique européen ?

Le Front National a historiquement joué un rôle important dans le rapprochement des partis d'extrême-droite en Europe, comme par exemple en 1984, lorsque Jean-Marie Le Pen a réuni ces partis au sein du Groupe des droites européennes (GDE) au Parlement européen. Mais cette coalition, comme les suivantes, a échoué, le FN siégeant désormais parmi les non-inscrits. Cela est dû aux revendications nationalistes de chacun de ces partis, qui amènent toujours l'un d'eux à claquer la porte.

Dans l'hypothèse où Marine Le Pen venait à remporter les élections présidentielles françaises, Magali Balent imagine qu'à l'image de Jorg Haider en Autriche elle serait dans un premier temps ostracisée. Mais d'un autre côté, il pourrait y avoir une plus grande compréhension des pays de l'Europe centrale et orientale, notamment de la Hongrie. Bien que ces Etats soient partisans des valeurs démocratiques, cette adhésion demeure plus fragile qu'en Europe occidentale.

La chercheuse reconnait en effet que les opinions publiques européennes sont inquiètes, et s'interrogent sur le devenir de l'identité européenne, mais surtout des identités nationales. Cela débouche sur un clivage de plus en plus fort entre les partis favorables à la poursuite de l'ouverture et de la construction européenne, qui sont pour la mondialisation, et les partis à la fois d'extrême-droite et d'extrême-gauche, partisans d'un repli national.