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L'Europe se serre la ceinture

Actualité 07.10.2010

Une vague de plan d'austérité s'étend dans les principales zones économiques de l'Union européenne, les gouvernements s'engageant de plus en plus dans la "voie grecque". C'est en effet le gouvernement Papandréou qui a pris le premier des mesures radicales pour tenter de réduire le déficit budgétaire de l'Etat hellène. Depuis, l'Espagne, le Portugal, la France, l'Irlande et le Royaume-Uni lui emboîtent le pas, prenant des mesures radicalement impopulaires dans l'espoir de se conformer au pacte de stabilité.

Le Royaume uni sous une pluie de réformes

Parmi les nombreuses mesures destinées à mettre en œuvre le plan d'austérité, le gouvernement britannique a fait le choix difficile de ne plus accorder d'allocations familiales aux foyers les plus fortunés. Il met fin ainsi à l'universalité des allocations familiales, une des bases du contrat social britannique, mesure d'ailleurs aussi impopulaire dans les classes aisées que au sein même du parti  conservateur, héritier des "Tories".

Cette mesure est avant tout symbolique, puisqu'elle constitue un  premier acte concret  dans le cadre de la cure d'amaigrissement que le Royaume s'est décidé à entreprendre depuis juin 2010. Si les tenants et aboutissants de cette cure seront révélées le 20 octobre prochain, l'objectif demeure claire pour le gouvernement conservateur: réduire à néant le déficit budgétaire qui était de l'ordre de 10,1% du PIB au moment des dernières élections législatives.

 Les plans se succèdent et se ressemblent

 A l'origine de ces cures d'austérité, le cas grec qui a mobilisé la solidarité européenne, constitue une référence. Les effets combinés de la crise mondiale et des forts endettements (environ 120 %  du PIB), ainsi que le déficit budgétaire qui dépasse les 13 % du PIB grec.

Cette crise a été aggravée par le manque de transparence dont a fait preuve le pays dans la présentation de sa dette et de son déficit. Le 2 mai dernier,  la Commission européenne a autorisé l'octroi de 110 milliards d'euros à la Grèce en échange d'un ajustement structurel drastique, qui a été fortement décrié par les gauches européennes. Pour ne pas en arriver là, les Etats en proie à la crise de la dette préfèrent faire eux-mêmes leurs propres plans au lieu d'être déposséder de leur politique budgétaire par la Commission et le FMI.

 L'Irlande essaye de se donner de l'air

Premier cas avéré au pays de l'austérité, l'Irlande occupe de plus en plus esprits, tant sa situation ressemble de plus au plus au scénario grec. Premier pays à être entré en récession en 2008, il avait déjà pris des mesures de rigueur encore renforcées en 2009. Là encore, ce sont les ménages qui supportent le gros de l'effort : réduction de 5 à 15% des salaires des fonctionnaires, réduction des allocations sociales, y compris pour les chômeurs pour ramener le déficit de 32% à 3% du PIB d'ici 2014.

A l'origine, le déficit devait être de 11,6%, mais le renflouement de l'Anglo irish bank, "too big to fail" a fait grimper le déficit à 32 % !  Les finances irlandaises vont durablement être plombées alors que les bénéfices des sociétés, continueront à contrecourant de profiter d'un très faible impôt sur les bénéfices  conformément à la stratégie irlandaise du dumping fiscal.

L'Espagne et le Portugal prennent le taureau par les cornes

Déjà fragilisés par la crise grecque et les attaques spéculatives sur l'Euro, l'Espagne a récemment présenté un plan de rigueur drastique lui aussi. Face à un déficit de 11,2% du PIB et un taux de chômage record de 20%, l'exécutif socialiste a engagé en début d'année un plan d'économie budgétaire de 50 milliards d'euros sur trois ans selon les modalités suivantes : gel des embauches dans la fonction publique, baisse des indemnités de licenciement, report de l'âge de départ à la retraite de 65 à 67 ans. Présentant le budget le plus austère de ces dernières années, l'Espagne subit également la perte de sa note "AAA" par l'Agence Moody's, ce qui n'est pas pour rassurer les marchés financiers.

Son voisin  lusitanien se voit aussi, sous la contrainte de Bruxelles et des marchés financiers, obligé d'engager une troisième vague de mesures d'austérité. Il y a une semaine, le Premier ministre Socrates a annoncé une baisse de 5% de la masse salariale de la fonction publique ainsi qu'une hausse de deux points de la TVA à 23% pour garantir la crédibilité du pays.

Le gouvernement français ne veut pas battre en retraite

Les effets économiques de la crise et le gonflement du déficit incitent le gouvernement à repousser l'âge de la retraite de 60 à 62 ans, et un allongement de la durée de cotisation qui attendrait 41,5 ans. Le débat est en cours, la loi étant votée à l'Assemblée nationale mais suscitant une forte contestation.   Auparavant, le gouvernement français a fait part de sa volonté de supprimer des milliers de poste de fonctionnaires pour faire des économies, particulièrement au Ministère de l'Education nationale.

Rappelons qu'en mars dernier,  l'agence Fitch a maintenu son "AAA" mais a évoqué le risque d'une "dérive budgétaire", alors que le déficit budgétaire français a atteint 8,2% du PIB. Outre les mesures prises ou en passe d'être prises expliquées ci-dessus, de nombreux économistes estiment inéluctables une hausse d'impôt, destinée à réduire de cinq points le déficit.

A quoi sert le pacte de stabilité ?

Il existe deux moyens pour relancer une économie nationale : par le biais d'une relance monétaire ou budgétaire. Si la première demeure dorénavant une compétence européenne, contrôlée par la BCE (dont la principale mission est de lutter contre l'inflation), la politique budgétaire reste une compétence nationale.

Cependant, elle est limitée par le pacte de stabilité, signé au traité d'Amsterdam en 1997, qui en théorie, empêche les Etats-membres d'avoir un déficit budgétaire au-delà de 3% du PIB. Il a pour ambition de limiter les déficits budgétaires qui entraînent la monnaie vers le bas, et incite donc à une meilleure coordination budgétaire entre les Etats membres.