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L'Europe s'invite au Salon de l'Agriculture

Actualité 01.03.2019 Marie Guitton

Que fait l'Europe pour aider les petits producteurs ? Préserver la santé des Européens et contrôler les produits qui arrivent de l'extérieur ? Lutter contre le réchauffement climatique ? Ce vendredi 1er mars, deux ministres français et un commissaire européen ont répondu aux interrogations des visiteurs et professionnels du Salon de l'Agriculture.

Le 1er mars 2019, Christophe Préault, administrateur de Toute l'Europe, a animé un débat sur l'Union européenne au Salon de l'Agriculture - Crédits : Marie Guitton / Toute l'Europe

Le 1er mars 2019, Christophe Préault, administrateur de Toute l'Europe, a animé un débat sur l'Union européenne au Salon de l'Agriculture - Crédits : Marie Guitton / Toute l'Europe

"On n'est pas sur un pied d'égalité avec nos voisins. Les produits qui arrivent sur notre marché n'ont pas les mêmes contraintes". "Il faudrait diffuser plus d'information sur ce que fait l'Europe". "Il faudrait une meilleure redistribution financière pour permettre aux petits exploitants de vivre de leur métier". "Il faudrait une Europe sociale, avec la même rémunération et les mêmes charges pour tous les producteurs européens"…

Dans les allées du salon de l'Agriculture, qui se tient à Paris jusqu'au 3 mars, les attentes des visiteurs et des professionnels sont nombreuses. Les questions s'accumulent. Mais que fait donc l'Europe pour protéger le secteur agricole et la qualité de l'alimentation des Français, des Italiens, des Finlandais ou des Bulgares ?

Beaucoup ! Le drapeau étoilé à la main, Nathalie Loiseau, la ministre française des Affaires européennes, Didier Guillaume, le ministre de l'Agriculture, et Vytenis Andriukaitis, le commissaire européen à la Santé et à la Sécurité sanitaire, se relaient pour répondre.

Premier sujet abordé : la PAC, cette politique agricole commune mise sur pied en 1962 et qui représente aujourd'hui 40 % du budget européen, notamment pour soutenir le revenu des agriculteurs. Chaque année, la France, qui en est le premier bénéficiaire, touche 9 milliards d'euros.

L'Europe, "la voie de l'avenir"

"Ce drapeau, c'est la voie de l'avenir", estime donc Didier Guillaume. "Sans l'Europe, sans subventions, l'agriculture française s'effondrerait, comme l'agriculture européenne. La PAC est indispensable pour les agriculteurs, mais il faut que cette PAC demeure forte, intégrée, et pas nationalisée". Après le Brexit, privée de l'importante contribution financière britannique, que deviendra la PAC ?

Alors que la Commission européenne propose de réduire son budget de 5% pour consacrer plus de fonds à d'autres priorités, comme l'immigration ou l'innovation technologique, la France bataille pour que cette politique soit préservée dans le cadre financier 2021-2027, en cours de négociation actuellement. "L'objectif, c'est que les revenus des agriculteurs soient réhaussés", ajoute Didier Guillaume, alors même que plusieurs producteurs se disent déçus de ne pas voir leurs marges augmenter à l'issue des négociations commerciales entre l'industrie agroalimentaire et la grande distribution qui s'achèvent ce vendredi 1er mars en France.

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Autre inquiétude très vive des agriculteurs : le dumping, qui permet à des pays extérieurs ou même européens pratiquant des coûts du travail moins élevés (avec une moindre protection sociale des travailleurs) d'être plus compétitifs au sein du marché unique. Face à la compétition mondiale, les Etats membres doivent "partager leur souveraineté" en faveur d'une "Europe qui protège", estiment les responsables français.

Avec la réforme de la directive sur les travailleurs détachés, "nous avons déjà réussi à faire prévaloir un principe fondamental : à travail égal, salaire égal sur le même lieu de travail", précise Nathalie Loiseau. "Mais il faut aller plus loin. Travailler à un salaire minimum européen et une protection sociale égale" sur tout le continent. "Lorsqu'on verse des fonds européens, il faut s'assurer que l'Etat membre qui en bénéficie va vers plus de convergence sociale", exhorte-t-elle, tandis que le commissaire Vytenis Andriukaitis rappelle que près d'un quart des Européens sont menacés de pauvreté ou d'exclusion sociale.

Via le Fonds européen d'aide aux plus démunis, l'UE finance un repas sur quatre distribués par les associations caritatives comme les Restaurants du Cœur. De son côté, "la PAC a pour objectif de garantir l'accès à une nourriture saine à un prix abordable, lutter contre le changement climatique, garantir des revenus pour les agriculteurs... tout cela, c'est justement pour garantir une Europe sociale", ajoute le Lituanien.

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Climat et produits phytosanitaires

Au Salon de l'Agriculture, plusieurs groupes d'étudiants écoutent ces décideurs. A AgroParisTech ou au lycée agricole de Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne), les préoccupations concernent aussi la "résilience de notre agriculture" face aux changements climatiques ou encore l'utilisation - pas toujours uniforme - des produits phytosanitaires.

"C'est au niveau européen que l'on peut répondre aux défis climatiques", confirme la ministre Nathalie Loiseau, en se félicitant des "financements européens" consacrés aux énergies renouvelables, à l'efficacité énergétique, ou encore à la transformation agroécologique. Par exemple, depuis la réforme de la PAC en 2014, 30% des aides directes aux agriculteurs sont désormais liés au respect de pratiques agricoles bénéfiques pour l'environnement.

L'Europe face au changement climatique

"Les enjeux sanitaires et phytosanitaires, les enjeux climatiques... cela est interconnecté", ajoute le commissaire. "En Europe, nous avons des standards communs de protection. Certains Etats membres utilisent des dérogations, ce qui crée bien sûr des tensions, mais c'est le rôle de la Commission de se faire le gardien des traités, de vérifier que les dérogations sont utilisées à bon escient et que les normes communes strictes sont respectées".

Un micro-trottoir réalisé dans les allées du Salon montre combien la méfiance des consommateurs peut être grande face aux produits qu'on leur propose. "Nous avons la meilleure alimentation du monde. Elle est saine, sûre et durable", s'exclame pourtant Didier Guillaume. En février 2019, lorsque 800 kilos de viande avariée polonaise sont arrivés en France, tous les stocks ont été retrouvés "grâce à la sécurité européenne", se félicite-t-il. "Nous avons une arme très puissante : un système d'alerte rapide qui fonctionne 24h/24, 7j/7", confirme Vytenis Andriukaitis. "Quand il s'agit de fraude, nous travaillons aussi en étroite collaboration avec Interpol, et il y a actuellement des réflexions pour la mise en place d'un groupe d'action européen pour lutter contre la fraude alimentaire".

De son côté, Nathalie Loiseau déplore les "contrevérités" et "fake news" circulant au sujet des accords de libre-échange : "A chaque fois qu'on conclut un accord commercial avec un partenaire à l'extérieur de l'UE, on se met d'accord pour que ce qu'il exporte chez nous corresponde à nos normes. Aujourd'hui, on n'importe pas de poulet au chlore, ni de bœuf aux hormones... Le résultat, s'agissant du CETA par exemple [l'accord de libre-échange avec le Canada], c'est que le tonnage de viande canadienne exporté vers l'UE a baissé parce que les Canadiens ne se sont pas adaptés à nos normes. A l'inverse, l'exportation de nos produits et la reconnaissance de nos indications géographiques ont fortement augmenté. Nos produits ont trouvé un débouché, un marché".

En définitive, la ministre regrette le manque d'information sur l'Europe, sur laquelle les torts sont souvent rejetés. "L'Europe, c'est une assemblée de copropriétaires" réunissant tous les Etats membres, rappelle-t-elle. "Bruxelles, c'est ici au Salon de l'Agriculture, en Lituanie, en Finlande...", sourit le commissaire à ses côtés.  

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La pêche et le Brexit

"Aujourd'hui, à moins d'un mois du Brexit, le vrai sujet de priorité pour nous, c'est le secteur de la pêche", a également déclaré la ministre française des Affaires européennes, vendredi 1er mars au Salon de l'Agriculture. "Parce que nos pêcheurs vont pêcher dans les eaux britanniques. Et ce droit de pêche risque de disparaître en cas de sortie sans accord".

Si le divorce est brutal le 29 mars prochain, à minuit, "il y aura une période qui va être très difficile pour nos pêcheurs, et des bateaux à l'arrêt", a prévenu Didier Guillaume.

"Tous les efforts" convergent donc actuellement pour convaincre les parlementaires britanniques de ratifier l'accord de retrait négocié pendant deux ans avec l'Union européenne. Ce dernier permettrait de mettre en place une période de transition jusqu'à fin 2021 pour organiser les relations futures, et notamment signer un accord dans le secteur de la pêche.

En cas d'échec, "il y a des plans B, C, etc., qui pourront être mis en place en cas de no deal", a pour sa part assuré Vytenis Andriukaitis. "La Commission est prête".

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