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L'Europe s'inquiète de l'utilisation frauduleuse de ses passeports

Actualité 22.02.2010

Elle devait servir à relancer le processus de paix israëlo-palestinien, mais la rencontre ministre israélien des Affaires étrangères et ses homologues européens aujourd'hui à Bruxelles a été perturbée par le révélations concernant l'assassinat d'un cadre du Hamas à Dubaï, qui aurait été commandité par Israël. En effet les membres du commando du Mossad auraient utilisé des passeports européens falsifiés.

Pas de passeports de complaisance pour l'Union européenne

Réunis ce lundi 22 février à Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères ont condamné "fermement" l'utilisation frauduleuse de passeports de certains Etats membres de l'Union européenne par un commando qui serait l'auteur de l'assassinat de Mahmoud Abdel Raouf Al-Mabhouh, un leader du Hamas, le 20 janvier dernier à Dubaï (Emirats Arabes Unis). 

 

En effet, la police de Dubaï a révélé il y a quelques jours que l'enquête sur cet assassinat désignait directement les services secrets israéliens et donc le gouvernement d'Israël lui-même. Si ce dernier n'a pas démenti, il a invoqué l'absence de preuves tangibles.

 

Or, les passeports utilisés par les membres de ce commando d'élite se révèlent être des documents diplomatiques européens. Des cartes de crédits européennes ont également été falsifiées. 

 

Sont concernés la France, le Royaume-Uni, l'Irlande et l'Allemagne. Le ministère émirati des Affaires étrangères a convoqué les ambassadeurs de ces pays pour leur signifier sa "profonde inquiétude concernant le mauvais usage des privilèges" accordés à "certains pays amis", dont les ressortissants n'ont pas besoin de visa pour entrer aux Emirats.

 

En réponse, Berlin, Paris, Londres et Dublin ont demandé aux ambassadeurs israéliens présents sur leurs territoires de coopérer.

 

Quelques heures avant la rencontre avec leur homologue israélien Avidgor Lieberman, les ministres européens des Affaires étrangères ont affirmé qu'il s'agissait de passeports falsifiés de pays membres de l'Union européenne et de cartes de crédits obtenues via le vol d'identités de citoyens européens.

Un processus de paix difficile à relancer

L'épisode des passeports risque de tendre quelques peu les échanges qui doivent avoir lieu entre Avidgor Lieberman, le haut-représentant de l'Union Catherine Ashton et le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos en marge du Conseil.

 

Israël semble pourtant confiant, et estime qu'en l'absence de preuves concernant l'implication du Mossad (l'une des agences de renseignements israélienne) dans cet assassinat, l'Europe ne peut lui en tenir rigueur.

 

Mais du côté des Européens, la pilule a du mal à passer. Ainsi, Nicolas Sarkozy a condamné sans appel l'assassinat de Mahmoud Al-Mabhouh lors d'une conférence de presse à la suite d'une rencontre à Paris avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

 

De son côté, la police émirati estime à "99 ou 100%" le Mossad responsable de ce meurtre.

 

Pendant ce temps, Interpol a émis ce jeudi des mandats d'arrêt internationaux pour 11 suspects (10 hommes et une femme) recherchés au niveau international pour avoir coordonné et commis l'assassinat, précisant qu'ils ont usurpé plusieurs identités et sont susceptibles de les utiliser à nouveau dans leur fuite.

 

Pourtant, si tout semble accuser Israël, les protestations européennes devraient en rester au stade verbal, aucune mesure de rétorsion n'étant pour le moment évoquée.

 

Mais l'affaire tombe mal, au moment où les Européens, notamment sous l'impulsion de la présidence espagnole, souhaitent relancer le processus de paix au Proche-Orient.

 

Il semble que tant que la lumière n'aura pas été faite sur cette affaire, les discussions soient difficiles. D'autant plus que les ministres français et espagnol des Affaires étrangères, Bernard Kouchner et Miguel Angel Moratinos, ont réitéré dimanche leur voeu de voir naître un Etat palestinien.

 

Des propos aussitôt nuancés par le Premier ministre François Fillon, et qui ne préjugent en rien de la position des 27.

 

 

Sources

A quand l’Etat palestinien ? L’Europe doit contribuer à ouvrir une réelle perspective politique - Tribune conjointe de Bernard Kouchner et du ministre espagnol des Affaires étrangères et de la coopération, Miguel Angel Moratinos, dans le quotidien "Le Monde" (23 février 2010)