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"L'Europe s'engage dans la prévention et le traitement de la dépression"

Actualité 13.04.2017

Vytenis Andriukaitis, Commissaire européen pour la santé et la sécurité alimentaire, et Zsuzsanna Jakab, Directrice régionale du Bureau régional de l’OMS pour l’Europe engagent leurs institutions dans la prévention et le traitement de la dépression, mal de ce début de siècle. Ce sera un thème de bataille durant toute une année. Ils s'expriment dans une tribune.

Vytenis Andriukaitis et Zsuzsanna Jakab

La dépression touche des personnes de tout âge et de tous horizons, dans tous les pays. Elle provoque des angoisses et peut avoir des répercussions sur la capacité à effectuer des tâches quotidiennes, même les plus simples. Une dépression non traitée peut empêcher la personne concernée de travailler et de participer à la vie familiale et sociale.

Dans le pire des cas, la dépression peut conduire au suicide, cause de mortalité majeure dans de nombreux pays de l’UE. Bien que la dépression soit plus fréquente chez les femmes, le taux de décès par suicide est en moyenne près de quatre fois plus élevé chez les hommes, notamment dans les groupes à faible revenu.

La dépression touche beaucoup d’entre nous — une personne sur vingt dans la région européenne vit actuellement avec la dépression et une sur quatre connaîtra un épisode dépressif à un moment ou à un autre de sa vie (300 millions de personnes en souffrent dans le monde, +18% sur les 10 dernières années). Comme on pouvait s’y attendre, le risque de dépression et d’affections connexes comme le trouble anxieux est décuplé par l’exposition à la violence, à des conflits ou à la migration forcée. Il n’y a pas de déshonneur dans la dépression. Nous ne pouvons la passer sous silence ni tolérer une stigmatisation qui empêcherait les personnes de chercher de l’aide. Nous devons en parler !

Si vous êtes déprimé, en parler à une personne de confiance peut constituer le premier pas sur la voie de la guérison. Mais la discussion doit aussi avoir lieu sur une échelle plus large — entre les décideurs politiques, les enseignants, les employeurs, les professionnels de la santé, les membres de la famille, les amis, les collègues. Il nous faut être clair sur le rôle que chacun d’entre nous peut jouer dans la prévention, le constat et le traitement de la dépression. En effet, la famille, l’école, le lieu de travail, l’établissement de soins ont tous un effet protecteur sur la santé mentale.

En tant que première institution fréquentée dans la vie, l’école a un rôle majeur à jouer dans la prévention et la détection de la dépression ainsi que dans l’enseignement de la résilience. Chez les enfants et les adolescents, la dépression peut provoquer l’isolement et l’échec scolaire et augmenter le risque d’autres troubles de la santé mentale. Des initiatives cofinancées par l’UE comme le projet SUPREME  font la démonstration qu’une intervention dans les écoles peut contrecarrer les tendances à la dépression. Pour en savoir plus sur la façon dont les écoles peuvent contribuer au bien-être des élèves, vous pouvez vous reporter aux recommandations d’actions en milieu scolaire, formulées dans le cadre de l’action conjointe pour la santé mentale et le bien-être, cofinancée par l’Union. La dépression étant la première cause d’arrêt-maladie et de perte de productivité dans la plupart des pays développés, les employeurs ont un intérêt particulier à favoriser une culture du travail qui protège la santé mentale. Le lieu de travail peut être un facteur aggravant le stress, la dépression et le burn-out. Nous sommes donc très heureux de constater l’engagement croissant des employeurs à intervenir lorsqu’un collègue montre des signes de déprime, mais aussi à mettre en place des stratégies et des programmes de prévention. Les recommandations de l’action commune de l’UE vous donneront des idées pour agir sur votre lieu de travail.

Au cours des dernières années, nous avons assisté à l’émergence d’outils numériques pour le traitement des problèmes de santé mentale. Il peut sembler paradoxal de ne pas inclure systématiquement le contact humain dans le traitement de la dépression, mais on a constaté que le traitement de la santé mentale en ligne supprimait des obstacles pour ceux qui préfèrent l’anonymat et la confidentialité et améliorait donc l’accès aux soins.

Les ressources disponibles pour les particuliers, les écoles, les lieux de travail et les établissements de soins de santé qui souhaitent s’informer sur la façon dont ils peuvent aider sont nombreuses: la boîte à outils de l’Organisation mondiale de la santé pour ceux qui souhaitent organiser des manifestations de sensibilisation, la série de fiches d'informations sur la campagne «Parlons-en» ou encore les bonnes pratiques dans le domaine de la santé mentale et du bien-être, recueillies dans la base de données «EU-Compass» financée par la Commission.

La dépression peut être soignée, mais les trois quarts des cas de dépression grave ne reçoivent pas de traitement minimal approprié. Nous devons faire mieux. Nous sommes tous les deux déterminés à faire de la dépression une priorité dans notre agenda politique. En 2017, les activités de la Commission dans le domaine de la santé mentale seront ciblées sur la santé mentale au lieu de travail et à l’école ainsi que sur la prévention du suicide. L’OMS s’attachera à fournir aux gouvernements le matériel et l’appui technique en vue d’établir ou de renforcer les services destinés aux personnes souffrant de dépression, et à collaborer avec des partenaires pour intégrer l’aide contre la dépression dans leurs programmes de travail. 

Aujourd’hui, nous appelons chacun à parler de la dépression et à chercher des solutions là où il peut faire la différence — dans les salles de classe, dans les bureaux, dans les cercles d’amis. Parlons de la dépression, aujourd’hui, mais aussi demain, après-demain, dans un mois, dans un an; tendons la main et faisons la différence dans la vie d’autrui."

Vytenis Andriukaitis et Zsuzsanna Jakab.