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L’Europe rénegocie après le séisme populaire grec

Actualité 06.07.2015

Au lendemain de l’écrasante victoire du “non” lors du référendum organisé par le gouvernement d’Athènes, l’Europe se divise sur la voie à suivre pour trouver une solution à la crise grecque. Alors que le ministre de l’Economie allemand, le social-démocrate Sigmar Gabriel, accuse la Grèce d’avoir "coupé les ponts" avec Bruxelles, les négociations sont censées reprendre mardi dans un climat de méfiance réciproque.

grece referendum

Athènes "a les cartes en main"

"Personne ne s’attendait à un tel succès, même pas le Premier ministre Alexis Tsipras ! Dès les résultats dimanche soir, des milliers de personnes se sont retrouvées dans le centre d’Athènes pour célébrer, les gens en étaient presque surpris !". Depuis la capitale grecque, le philosophe croate Srecko Horvat, co-auteur en 2013 de "Sauvons-nous de nos sauveurs" (préfacé par Alexis Tsipras), se félicite de la victoire du “non” aux urnes. “C’est la première fois dans l’histoire européenne qu’un pays de l’UE s’oppose clairement et fermement aux mesures d’austérité”, explique Horvat, “maintenant ce n’est plus seulement le gouvernement de Syriza qui dit “non”, ou les poids-lourds de l’économie comme Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Thomas Piketty ou Jeffrey Sachs. Maintenant c’est la grande majorité du peuple grec qui s’exprime !".

Ce farouche opposant aux politiques d’austérité voit en ce vote un renforcement de la position du gouvernement Tsipras, qui, grâce au soutien populaire de 62% de ses électeurs, pourra s’asseoir plus confortablement autour de la table des négociations. "Le résultat du référendum est maintenant dans le camp de l’exécutif grec, qui a les cartes en main pour obtenir un meilleur compromis”, assure de son côté Aliki Kosyfologou du service de presse de Syriza. Alexis Tsipras, vrai gagnant du scrutin, récolte donc les fruits de son audace politique. Mais à deux mille kilomètres d’Athènes, dans la capitale allemande, la victoire du “non” est accueillie moins chaleureusement. "Tsipras a coupé les derniers ponts avec l’Europe”, lance le ministre de l’Economie Sigmar Gabriel. En Pologne ou en Slovaquie, on est du même avis : le "Grexit" demeure maintenant la seule solution viable.

Reprendre les négociations

Les 19 Etats membres qui ont adopté la monnaie unique, c’est-à-dire l’Eurogroupe, se réuniront demain à 18h00 pour reprendre les pourparlers interrompus brusquement la semaine dernière. Le premier pas vers un rétablissement de la confiance réciproque vient paradoxalement du gouvernement d’Athènes, qui a choisi de sacrifier son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, indigeste à la plupart des partenaires européens. "Je démissionne pour faciliter la tâche de mon Premier ministre”, a expliqué Varoufakis sur son blog. L’économiste Euclid Tsakalotos, lui aussi membre de Syriza, prendra sa place. Ce geste devrait rendre plus efficace le dialogue avec Bruxelles, mais selon le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, "ce n’est pas une question de personnalités mais de positions". 

Alors que le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijssebloem, définit le résultat du référendum "regrettable", les négociations s’annoncent difficiles. Soutenant la cause d’un nouvel accord avec Athènes, la France a déjà pris contact avec le gouvernement grec. François Hollande a assuré à Alexis Tsipras qu’il est "prêt à l’aider", si ce dernier "se laisse aider", rapporte Le Figaro. Selon le quotidien français, Paris veut "revenir aux fondamentaux", c’est-à-dire au couple franco-allemand pour "faire main dans la main ce saut dans l’inconnu". A Rome aussi le Premier ministre Matteo Renzi invite à un compromis au sein de l’Eurogroupe et relance l’idée d’une réforme des institutions. "Il y a deux chantiers à régler rapidement dans les capitales européennes : le premier concerne la Grèce, le deuxième l’Europe", affirme Renzi, avant d’ajouter : "Si nous restons immobiles, prisonniers de règlementations et bureaucratie, l’Europe est finie". 

L’éventualité de cette issue de crise - la signature d’un nouvel accord entre les créanciers et le gouvernement Tsipras - dépendra des nouvelles propositions qu’Athènes présentera demain aux autres 18 Etats membres de la zone euro et de la réactions de ces derniers. Tsipras, qui entre temps a obtenu le feu vert des cinq partis d’opposition pour son programme de négociations, devra juger le plan de réformes que Bruxelles lui soumettra en contrepartie. L’autre solution possible, en cas d’un nouvel échec diplomatique, demeure le "Grexit", c’est-à-dire l’abandon de la part de la Grèce, de façon plus ou moins contrôlée, de la monnaie unique. "Un Grexit aurait des énormes conséquences politiques, militaires et économiques pour l’Union européenne et pour la zone euro", imagine l’économiste slovène Maks Tajnikar, pour qui la seule issue viable est "de prolonger les obligations grecques aux créditeurs de 50 ou même 100 ans, en donnant à Athènes une période de grâce de 10 ans et en appliquant des taux d’intérêt bas". 

Quel que soit le résultat des discussions qui vont débuter demain, les répercussions politiques du référendum grec investissent d’ores et déjà la gauche européenne. Alors qu’à Madrid le mouvement Podemos se félicite de la victoire du "non", tout comme le Front de Gauche à Paris, la grande famille européenne des sociaux-démocrates peine à se démarquer des conservateurs, qui condamnent l’issue du scrutin grec. Pour le quotidien italien "La Repubblica", François Hollande est de plus en plus "seul" à vouloir se positionner comme médiateur entre Athènes et Berlin. Les sociaux-démocrates ont-ils échoué dans la gestion de cette longue crise grecque ?