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L’Europe peut-elle se relancer par la politique étrangère ?

Actualité 21.08.2014

Irak, Syrie, Palestine, Ukraine. Les foyers de tension, pour ne citer que ceux dont l’actualité est la plus relayée, sont nombreux et réservent chaque jour leur lot de violence que les pays occidentaux ne peuvent ignorer. Timides au Proche-Orient, prudents en Europe orientale, Etats-Unis et Union européenne pourraient passer à la vitesse supérieure au cours des prochains jours et semaines. A la faveur notamment d’une implication accrue de la France et de l’Allemagne.

Réunion des ministres français, ukrainien, allemand et russe des Affaires étrangères

Les pays occidentaux en campagne contre l’Etat islamique

Du propre aveu de Gilles Kepel, spécialiste français de l’islam et du monde arabe, nous assistons actuellement à une "tectonique générale des plaques" au Moyen-Orient. Une situation "plus inquiétante" que celle que nous avons connue après le 11 septembre car "l’Etat islamique a pénétré profondément à l’intérieur des mentalités des uns et des autres. Le mode opératoire, le recours systématique à l’égorgement des prisonniers… tout cela est effrayant".

En effet, l’Etat islamique (EI) s’impose chaque jour davantage comme un acteur incontournable en Irak et en Syrie, et comme un facteur considérable de déstabilisation et de violence. L’organisation armée djihadiste existant depuis 2006, dirigée par Abou Bakr al-Baghdadi, a annoncé le rétablissement d’un califat sur tous les territoires qu’elle contrôle dans les deux pays. Auteur, selon Human Rights Watch, de nombreux massacres et exactions, à l’encontre des communautés n’appartenant à leur confession comme les Chiites turkmènes ou les Chrétiens d’Irak, ou encore de femmes accusées d’adultère, l’EI entend s’imposer comme l’autorité suprême des Musulmans et défier les pays occidentaux. Le 19 août, le journaliste américain James Foley a ainsi été exécuté par décapitation en signe de provocation.

Pour les Etats-Unis et l’Union européenne, l’EI représente une menace régionale incontestable ainsi qu’un risque terroriste réel. En Irak, le président américain a d’ores et déjà réagi, ordonnant le bombardement des djihadistes et envisageant le déploiement de troupes pour éradiquer ce que Barack Obama décrit comme un "cancer". Davantage attentistes qu’offensifs au Proche-Orient, certains pays européens ont également officialisé leur implication. La France en tête a ainsi lancé des fournitures d’armes aux forces armées kurdes qui combattent l’EI dans le nord de l’Irak. Une décision saluée et soutenue par le Royaume-Uni, à la pointe de la lutte antiterroriste et alors qu’un Britannique pourrait être l’auteur de l’assassinat de James Foley, par l’Italie, la République tchèque et même par l’Allemagne, qui rompt ici avec sa tradition non-interventionniste entretenue depuis la Seconde guerre mondiale. Premier enjeu stratégique : le contrôle du barrage de Mossoul, qui alimente toute la région en eau et électricité et dont la destruction provoquerait la mort de milliers de civils.

François Hollande en première ligne

Particulièrement impliqué dans le domaine de la politique étrangère, François Hollande, qui est le président français ayant le plus recouru à la force en une si courte période de mandat, s’est également exprimé sur le dossier syrien. Interrogé par Le Monde, M. Hollande a admis regretter de devoir aujourd’hui choisir entre un dictateur, Bachar el-Assad, et un groupe terroriste, l’Etat islamique. En août 2013, le président de la République était prêt à passer à l’action aux côtés des Etats-Unis, avant que Barack Obama ne fasse machine arrière in extremis. Environ un an plus tard, le président américain se targue d’être parvenu à démanteler l’arsenal chimique syrien : "une importante réussite dans la lutte contre la dissémination des armes de destruction massive". Une victoire en demi-teinte néanmoins tant la situation dans le pays n’est pas stabilisée et tant les rebelles continuent de subir la répression du gouvernement et désormais de l’EI.

De la même manière, François Hollande cherche à faire office de leader européen dans la résolution du conflit armé entre Israël et la Palestine. D’abord prompt à soutenir Benyamin Netanyahou et son opération "Bordure protectrice", le président français a ensuite progressivement réorienté son discours. Militant dès juillet pour la mise en place d’un cessez-le-feu durable, François Hollande a officiellement demandé à Israël de "la retenue" dans ses actions. Le 20 août, le président a déclaré vouloir une "démilitarisation en même temps qu’une levée du blocus de Gaza" et offrant l’aide de la France et de l’Europe pour le rétablissement d’un passage entre l’Egypte et Gaza, à Rafah.

L’entente diplomatique européenne à l’épreuve de la Russie

D’un point de vue général, la rentrée s’annonce agitée sur le plan de la politique étrangère et de défense. Outre la lutte contre l’Etat islamique et le conflit israélo-palestinien, les Etats-Unis et l’Europe continueront naturellement de surveiller de près les évolutions de la crise ukrainienne. Le 29 juillet, l’Union européenne a en effet adopté un nouveau paquet de sanctions à l’encontre de la Russie, portant cette fois sur les marchés financiers et la vente d’armes (ne bloquant néanmoins pas la livraison des navires de guerre français Mistral à la Russie). Cherchant à riposter face aux déstabilisations du Kremlin sur le nouveau gouvernement ukrainien, l’UE a ainsi décidé de frapper plus durement l’économie déjà fragilisée de la Russie, avec le soutien des Etats-Unis.



Actuelle Haute représentante de l'Union pour les Affaires étrangères, au bilan très critiqué, la Britannique Catherine Ashton doit être remplacée d'ici le 1er décembre 2014.

Pour l’heure, aucune désescalade des tensions entre les deux pays n’est à noter, Vladimir Poutine promettant des conséquences néfastes à l’Europe et continuant de jouer la carte de l’ambiguïté. La président russe multiplie les déclarations pour la paix tout en maintenant un soutien discret et décisif aux séparatistes pro-russes. Sur ce dossier également, les diplomaties française et allemande font front commun. Les ministres français et allemand et des Affaires étrangères, Laurent Fabius et Frank-Walter Steinmeier ont, durant l’été, rencontré leurs homologues ukrainien et russe, Pavel Klimkine et Serguei Lavrov. Sans succès. Le bras de fer entre Bruxelles et Moscou est par conséquent appelé à se prolonger, dans le cadre d’une confrontation économique et énergétique de laquelle les différentes parties ne sortiront pas indemnes, mettant donc la détermination européenne à l’épreuve.

Dans ce contexte géopolitique global heurté et meurtrier, le nécessaire renforcement de l’implication européenne, sous la houlette de la France et de l’Allemagne, pourrait s’avérer décisif. Si les décisions estampillées "Union européenne" semblent toujours aussi difficiles à prendre – négociations à 28 obligent – le rapprochement des principales diplomaties européennes peut néanmoins être perçu comme une évolution vers une politique étrangère commune. Un progrès que la nouvelle Commission Juncker cherchera certainement à prolonger : la nomination du nouveau Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité prenant à cet égard une dimension encore plus fondamentale.