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L'Europe dit 'au revoir' à l'Espagne...

Actualité 01.07.2010

Nombreux sont ceux qui ironisent sur les ambitions démesurées que s’était fixé l’Espagne au lancement de sa Présidence, il y a six mois. Mais tous reconnaissent aussi la difficulté de la tâche. Avec l’entrée en vigueur seulement un mois auparavant du traité de Lisbonne, l’Espagne avançait en terrain inconnu. Un exercice qui aurait pu se passer sans encombre si la crise de l’Eurozone ne s’en était pas mêlée.

Une Présidence sous contraintes

"Il n’existe pas de précédent d’une présidence comme celle que notre pays a dû assumer" estime le quotidien espagnol El Pais.

Le moins que l’on puisse dire est que la Présidence espagnole a du faire face à de nombreuses contraintes. Elle a d’abord inauguré la nouvelle architecture institutionnelle prévue par le traité de Lisbonne, qui institue une présidence stable du Conseil européen, en plus de la présidence tournante qui reste à la tête du Conseil des ministres pour un semestre.

Ce changement des équilibres et des relations entre les institutions a nécessité des ajustements. La Présidence, qui avait prévu un grand nombre de sommets avec d’autres zones du monde, les avaient tous programmés en Espagne, ce qui a fait dire aux médias que Zapatero comptait ne rien céder à Herman Van Rompuy. Une attitude démentie par le Premier ministre espagnol, qui, en gage de bonne volonté, a mis en place un "comité de coordination" pour faciliter les relations avec la présidence stable.

Mais ce débat sur le leadership a rapidement été éclipsé par un problème plus grave qui a touché l’Europe à la fin du mois de janvier : la crise de la dette dans la zone euro. S’abattant d’abord sur la Grèce, elle a rapidement touché l’Espagne. Les marchés se sont méfiés de ce pays particulièrement frappé par la récession, notamment à cause d’une économie fondée sur l’immobilier et qui a donc subi de plein fouet la crise. Malgré une dette bien moindre que celle de la Grèce, son économie reste vacillante, entre une reprise plus faible qu’ailleurs et un taux de chômage de 20%, le plus élevé de toute l’Union.

La comparaison remarquée par Joaquin Almunia, pourtant de nationalité espagnole, de son pays à la Grèce a fini de désigner l’Espagne comme nouvelle cible des marchés. Pour ne rien arranger, des rumeurs ont couru début juin sur la préparation à Bruxelles d’un plan de sauvetage pour Madrid. Un poids pour le Conseil européen qui se réunissait au même moment, et un coup supplémentaire à la crédibilité de la Présidence.

Pour contrer les attaques incessantes des marchés et pour rassurer ses partenaires, l’Espagne a annoncé 15 milliards d’économies supplémentaires venant compléter le plan d’austérité de 50 milliards de réduction qu’elle avait déjà lancé en janvier. Elle a aussi lancé une grande réforme du marché du travail. Des mesures qui ont été très bien accueillies à Bruxelles mais qui ont suscité de nombreuses contestations internes, auprès de citoyens qui n’avaient pas vraiment le sentiment d’être aux commandes de l’Europe.

L’engagement espagnol pour le social et les régions

Et pourtant, en terme de bilan, la Présidence ne s’en sort pas si mal. C’est peut être dans le domaine du social qu’elle s’est le plus distinguée. Selon Conny Reuter, secrétaire général de l'ONG Solidar, "la Présidence espagnole a placé la question sociale sur l’agenda de l’UE de manière bien plus prégnante que n’importe quelle présidence récente, et certainement bien plus que M. Barroso ou la Commission ont l’habitude de le faire". L’Espagne est l’un des seuls gouvernements socialistes d’Europe, et sa législation sociale est particulièrement solide.

Par exemple, c’est l’un des pays les plus avancés sur les questions de genre.  Le gouvernement de José Luis Zapatero compte autant d’hommes que de femmes. Aussi a-t-il œuvré pour la création de synergies européennes sur la question : en faisant de la lutte contre la violence conjugale une de ses priorités, ou en militant pour qu’un objectif d’emploi des femmes de 70% soit inclus dans la stratégie Europe 2020. Mais sans succès, puisque celui ci n’a pas été retenu dans le projet final.

L’Espagne s’est aussi engagée pour une des politiques les plus  redistributives de l’Union : la politique régionale. L'Espagne fait partie des pays dits "de la cohésion", puisque il s'agit d'un des Etat de l'Union qui a su le mieux profiter des fonds européens dont elle a bénéficiés. Aussi la politique de la cohésion a-t-elle été défendue au cours de la présidence, par son intégration à la stratégie Europe 2020 par exemple, ou par l’appel à une simplification de ses procédures. Sur le sujet, l’approche espagnole a été de promouvoir une politique régionale qui ne devait pas être une "aumône" à destination des seuls pays de l’est, mais qui devait soutenir toutes les régions d’Europe.

L’économie s’invite à l’agenda

Mais étant données les circonstances, c’était évidemment sur le volet économique que la Présidence espagnole était la plus attendue. Dès le début de leur Présidence, les Espagnols se sont déclarés favorables à l’idée d’un gouvernement économique. La crise de l’euro a créé des opportunités pour la Présidence d’aller dans ce sens.

Une des mesures les plus décisives a été la réorganisation de la Banque centrale européenne, dont le rôle dépasse désormais le simple contrôle de l’inflation, et annonce effectivement les prémisses d’un gouvernement économique.

La publication de "stress tests" sur les banques est elle aussi une réussite espagnole. Une mesure qui pourrait donner un peu d’air au pays dont les banques sont suspectées de vulnérabilité par les marchés.

Les grands dossiers bouclés

Sous Présidence espagnole, quelques grands dossiers ont pu être bouclés, et en premier lieu la stratégie Europe 2020, qui succède à celle de Lisbonne dans la définition des objectifs et orientations de l’UE pour les dix prochaines années.

Concernant les relations extérieures, qui étaient l’une des grandes ambitions de la Présidence, le bilan est en demi-teinte. La Présidence avait prévu de très nombreux sommets, mais deux ont été annulés : le sommet de l’Union pour la Méditerranée, et le sommet UE-Etats Unis. Concernant les relations avec ces derniers, le dossier Swift a suscité un accord au Parlement, qui le contestait encore en février.

Mais la plus grande réussite de la Présidence est sans conteste le bouclage de l’architecture du nouveau service européen d’action extérieure (SEAE). Le Parlement, par la voie de ces négociateurs, la Commission et le Conseil sont en effet parvenus à un accord sur ce dossier à Madrid le 21 juin dernier, qui pourrait être voté en session pénière la semaine prochaine. Dans ce cas, le SEAE pourrait fonctionner dès le mois d'octobre.

Finalement, l’Espagne clôt une présidence qui s’est globalement bien passée vu les tensions internes auxquelles elle a du faire face. La Belgique, qui lui succède, aura elle aussi ses propres démons puisque c’est un pays divisé et sans gouvernement qui prend aujourd’hui la tête de l’Union.


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