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L'euro franchit le cap de 1,50 dollar

Actualité 21.10.2009

Alors que l'Euro vient de franchir le seuil de 1,50 dollar, Touteleurope.fr a interviewé l'économiste Nicolas Bouzou, directeur et fondateur de la société d'études Asterès, directeur d'études au sein du MBA Law and Management (université Paris-II-Assas). Il revient sur les implications d'un euro fort pour l'économie européenne.

Que signifie un euro à 1,50 $ pour l'économie européenne ?

Nicolas Bouzou : "C'est bien évidemment une mauvaise nouvelle. Cela handicape la compétitivité prix de nos exportations. Le raisonnement est assez simple : quand vous exportez dans une monnaie forte, vos exportations sont chères, quand vous exportez dans une monnaie faible, vos exportations sont moins chères. En Europe, on a une industrie qui commence un tout petit peu à reprendre des couleurs en France et en Allemagne. Là on se retrouve avec un boulet attaché à la cheville pour exporter. Les américains en profitent évidemment de manière symétrique mais il est clair que pour nous c'est un gros handicap au niveau de la reprise. On avait vu l'inverse à la fin des années 90 où l'on avait une dépréciation du franc à l'époque avec un euro très bas. Cela avait été très favorable à notre croissance. Aujourd'hui, on a le mouvement inverse."

C'est un dollar faible plus qu'un euro fort ?

N.B : "Oui. Le dollar se déprécie par rapport à toutes les devises d'ailleurs. Le problème, c'est donc celui du dollar. Les Américains maintiennent des taux d'intérêt qui sont très bas et ils sont plutôt enclin à faire une politique inflationniste c'est à dire à faire perdre de la valeur au dollar. Quand vous faites de l'infation, la monnaie perd de sa valeur dans le pays mais elle en perd aussi à l'extérieur, c'est à dire qu'elle se déprécie. Les Américains sont prêts à faire cela car le traumatisme en termes de politique monétaire aux Etats-Unis, c'est la déflation des années 30, alors que le traumatisme des Allemands, qui contrôlent en partie la BCE, c'est l'hyperinflation de la République de Weimar."

Comment les Européens peuvent réagir face à ce dollar faible ?

N.B : "En menaçant de retourner la table lors d'un prochain G20 tout en sachant qu'il y a très peu de chances que cela fonctionne. Nous avons des intérêts divergents dans cette histoire. Très honnêtement, l'intérêt des Américains à court terme c'est de maintenir un dollar plutôt faible pour exporter facilement, alors que pour les Européens c'est d'avoir un Euro faible. Donc nous avons des intérêts qui sont complètement antagonistes. On pourrait imaginer, théoriquement, cela serait formidalbe, un G20 où tout le monde se mette autour de la table et les Américains reconnaitraient que sur le long terme, il est néfaste, ce qui est vrai, d'avoir des déséquilibres macro-économiques comme on les a aujourd'hui. On ferait alors en sorte que les grandes banques centrales achètent du dollar pour faire remonter le cours du dollar. Mais cela, c'est dans mes rêves."

Il y a un problème de gouvernance économique au niveau européen ?

N.B : "Oui, on le voit bien. Je ne dis pas qu'il faut un gouvernement économique, je ne sais même pas si cela serait souhaitable, mais en tout cas il faudrait certainement une structure de coordination des politiques économiques qui soit beaucoup plus serrée que l'Eurogroupe avec un  patron qui soit clairement identifié et qui puisse parler aux marchés financiers et aux autorités politiques des autres continents."

La zone euro n'est-elle pas menacée par cette appréciation de l'euro face au dollar et l'envolée des dettes publiques ?

N.B : "Déjà si elle était menacée, elle ne pourrait être menacée que par les Allemands. Le risque c'est toujours que ce soit le bon élève qui sorte de la zone. Mais quand on regarde froidement les choses, le coût de sortie est supérieur quand même au coût du maintien dans la zone euro. Un éclatement de la zone euro, je n'y crois pas. Les coûts seraient trop élevés."