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Karima Delli : "Le double siège du Parlement européen : un contre-sens économique et écologique"

Actualité 07.03.2011

La polémique sur l'opportunité de conserver les sessions plénières à Strasbourg est à nouveau revenue en février sur le devant de la scène : une étude de l'Université de Zurich, citée dans un rapport du vice-président britannique du Parlement européen Edward McMillan-Scott (ADLE), souligne que 91% des membres du Parlement européen (députés et assistants, dont 28% des Français) préfèreraient Bruxelles à Strasbourg si un site devait être retenu pour accueillir ces sessions. Toute l'Europe a invité les eurodéputés français à donner leur avis sur la question.

Karima Delli est eurodéputée française membre d'Europe Ecologie. Elle est membre de la commission de l'emploi et des affaires sociales du Parlement européen.

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Echos d'euro-écolos, le blog de Karima Delli et Pascal Canfin

"Le siège du Parlement européen restera-t-il à Strasbourg ? La question du siège du Parlement européen, partagé entre Bruxelles et Strasbourg suscite depuis longtemps le débat. Mais depuis quelques mois, quelques députés contestent la règle gravée dans le marbre des traités depuis 1992.

Actuellement, les eurodéputés siègent la plupart du temps à Bruxelles, pour effectuer le travail en commissions, les réunions des groupes politiques et à l'occasion des "mini-sessions". Quatre jours par mois, pour la session plénière, ils se rendent, accompagnés de leurs assistants, du personnel du Parlement et de toute la logistique nécessaire à Strasbourg. Ces navettes ont un coût important en termes financier, administratif et écologique. En période d’austérité budgétaire, il est utile que le Parlement européen donne l’exemple et fasse des économies au lieu de demander aux citoyens européens de se serrer la ceinture. Une facture annuelle s'élevant à plus de 180 millions d’euros ! L'empreinte carbone du déplacement s'élève quant à elle à environ 19 000 tonnes de CO2 par an. En tant qu’écologistes nous ne pouvons nous satisfaire de cette pollution supplémentaire qui pourrait être évitée.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de fustiger Strasbourg ! Installer le Parlement européen dans cette ville, c'était en faire un symbole de la réconciliation franco-allemande, alors ciment et moteur de la construction européenne. Depuis, le symbole a perdu de sa superbe avec l'élargissement de l'Union à l'Est, déplaçant le centre de gravité de l'Europe. Le Parlement de Strasbourg apparait comme un symbole de l'ancienne Europe des 6, alors que nous sommes aujourd'hui 27.

Evidemment, il n’est pas question d’abandonner le bâtiment strasbourgeois, de nombreuses propositions existent pour convertir les bâtiments du Parlement européen.

D'un point de vue stratégique, le traité de Lisbonne consacre l’égalité entre le Parlement européen et le Conseil comme co-législateurs. Ainsi le rôle du Parlement est renforcé, avec un champ de compétences étendu à un très large éventail de domaines, allant de la de la justice, les libertés et la sécurité, au transport, à l’environnement, à la protection des consommateurs, etc. Pour consolider cette nouvelle position du Parlement européen, il conviendrait donc de le rapprocher de la Commission et du Conseil, afin qu'il puisse assumer son rôle de co-législateur, de façon active et consciente.

Il ne s’agit pas d’une "bataille de clochers" entre les partisans de Bruxelles et les partisans de Strasbourg, mais plutôt d'une question de bon sens. Alors que l’on constate toujours plus les limites de notre système économique et celles de notre planète, nous ne pouvons fermer les yeux sur un tel gaspillage. Quoi qu’il en soit, l’avenir d’un siège unique à Bruxelles dépend d’une modification du traité, dont les Etats membres auront le dernier le mot".

 


Karima Delli