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José Manuel Barroso : "L'énergie est un facteur de mobilisation pour une Europe unie"

Actualité 02.02.2007

Ancien Premier ministre du Portugal, José Manuel Barroso préside la Commission européenne depuis novembre 2004.
M. Barroso participait le 2 février à la Conférence de Paris sur la gouvernance écologique mondiale. Il y a évoqué le plan d'action de la Commission dans le domaine de l'énergie et de l'environnement, présenté le 10 janvier à Bruxelles.


La Commission européenne a présenté le 10 janvier son plan d'action en matière d'énergie et d'environnement, qui vise notamment à mieux lutter contre le réchauffement climatique. Quelles sont les propositions de la Commission dans ce domaine ?


Nous avons proposé aux Etats membres d'accepter une réduction de 20 % de leurs émissions de gaz à effet de serre jusqu'en 2020, voire de 30 % si tous les pays développés s'engagent avec nous. Je pense particulièrement aux Etats-Unis qui font des progrès dans ce domaine, notamment par un investissement en matière technologique, mais qui n'ont pas encore accepté le système de Kyoto.

Nous proposons aussi un objectif de 20 % pour les énergies renouvelables et une croissance de 20 % de notre efficacité énergétique. Ce sont des buts ambitieux qui favoriseront la transition vers une économie plus faible en émissions de carbone. Une grande révolution est en cours en Europe. Je crois que les conditions du succès sont aujourd'hui réunies car les entreprises les plus avancées ont déjà entrevu tous les avantages pour ceux qui s'adaptent le plus vite à ce nouveau paradigme. Car la transition vers une économie à faible teneur en carbone va offrir des opportunités de croissance économique et d'emploi.

Si l'Europe veut utiliser tout le potentiel économique de cette révolution, elle doit avoir un marché intégré. C'est pourquoi nous proposons des mesures en faveur d'un véritable marché de l'énergie en Europe. Nous proposons la séparation des réseaux de production et de distribution, car cela aura des effets positifs en matière de concurrence. Nous proposons aussi un système de régulation au niveau européen ainsi que des mesures d'interconnexion pour donner de la cohérence au réseau européen. Je crois que c'est en étant cohérent qu'on devient crédible pour parler d'une seule voix avec les pays tiers.

Nous proposons enfin des investissements additionnels en matière de recherche dans le domaine de l'énergie et pour lutter contre le changement climatique.

Je crois que l'ensemble de ces propositions répond de façon très cohérente aux principaux défis et j'attends le soutien des Etats membres à ce paquet lors du Conseil européen des 8 et 9 mars.


Concrètement, que vont devenir les propositions de la Commission ? La décision appartient-elle désormais aux chefs d'Etat et de gouvernement ?

Nous avons proposé des grandes lignes, il y a maintenant des discussions politiques d'orientation générale et une fois que nous aurons obtenu le soutien des chefs d'Etat et de gouvernement, nous présenterons des mesures législatives concrètes. C'est plus efficace d'agir ainsi que de présenter des propositions législatives séparées, sans mener cette réflexion d'ensemble.

Les réactions initiales des Etats membres à nos propositions sont encourageantes. La ligne générale est approuvée et je crois que nous réunissons comme jamais auparavant les conditions pour avoir une véritable politique énergétique et une véritable politique climatique en Europe. Pourquoi ? Précisément parce que nous lions les deux. Dans le passé, il y avait l'énergie d'un côté, qui était surtout vue sous l'aspect économique, et la lutte contre le changement climatique de l'autre, qui était plutôt l'affaire des Verts et était considérée de façon marginale. Aujourd'hui, nous avons réussi à rassembler ces deux mouvements.

Je crois que c'est important pour l'Europe d'un point de vue politique. Si on pense à l'histoire de l'unification européenne, l'Union européenne telle que nous la connaissons est née avec la Communauté européenne du charbon – une source d'énergie – et de l'acier. Et le jour où nous avons signé le Traité instituant la Communauté économique européenne, nous avons également signé le Traité Euratom, une autre source d'énergie. Aujourd'hui, l'énergie est de nouveau au coeur de la construction européenne, c'est un facteur de mobilisation pour une Europe unie. Il est évident qu'aucun des grands pays ne peut à lui seul faire face à cet enjeu, qui est véritablement un enjeu global. C'est un domaine où la dimension européenne s'avère indispensable.

C'est pourquoi je demande aux chefs d'Etat et de gouvernement, qui préparent une déclaration pour les 50 ans du Traité de Rome, le 25 mars prochain, d'inclure parmi les missions de l'Union au XXIe siècle le développement durable, la défense de l'environnement et la lutte contre le réchauffement climatique. Je crois que c'est important sur le plan politique, parce que cela peut réconcilier l'Europe avec les nouvelles générations qui parfois ne se reconnaissent pas dans notre action.


De nombreuses enquêtes d'opinion le montrent, particulièrement en France : les citoyens européens réclament aujourd'hui davantage de protection face à certains aléas de la mondialisation tant en matière d'économie, que de santé ou d'environnement. La Commission européenne est-elle en mesure de répondre à ces attentes ?
 
Je sais bien que le terme "mondialisation" est parfois perçu négativement. Pour ma part, j'ai tendance à voir dans la mondialisation une grande opportunité. Prenez la question de la conscience écologique : c'est déjà un effet de la mondialisation. Quand on parle d'écologie, la première image qui nous vient en tête, c'est celle de la planète Terre.

Nous sommes à un stade où il faut comprendre que la mondialisation se fera, qu'on le veuille ou non. Ce qui est important, c'est d'avoir une mondialisation avec les valeurs européennes, les valeurs humanistes. L'Europe est le levier indispensable pour une gouvernance globale. C'est pourquoi je demande à tous mes concitoyens européens de voir dans la mondialisation une grande opportunité, pour qu'avec nos valeurs nous puissions aider ce monde à devenir plus libre et plus juste.

Revenons aux problèmes concrets que vous avez évoqués. En matière de santé publique, l'Europe donne des réponses d'ensemble à des problèmes auxquels les Etats membres ne peuvent faire face seuls. Devant la menace de la grippe aviaire, pour dialoguer avec les Américains, c'est mieux d'avoir un seul point d'ancrage en Europe plutôt que 27 administrations différentes. Je pourrais multiplier les exemples dans les différents secteurs que vous avez cités. Nous avons besoin d'une approche européenne commune, pas par fétichisme des institutions, mais parce que c'est la seule réponse rationnelle.

Mais ne soyons pas naïfs. Nous savons que dans la mondialisation, il peut y avoir des perdants. Il nous faut donc avoir des politiques pour ces secteurs. C'est pourquoi j'ai proposé – et cela a été approuvé par les Etats membres – le Fonds d'ajustement à la mondialisation afin d'aider les travailleurs des entreprises qui pourraient être affectées par les délocalisations à trouver de nouvelles opportunités professionnelles. Mais encore une fois, la bonne réponse de l'Europe à la mondialisation, ce n'est pas de nous refermer sur nous-mêmes, de nier la réalité, mais d'essayer de faire face à cette nouvelle situation.

 

Propos recueillis le 02/02/07