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Jeune, "rose" et européen, Renzi présente son nouveau gouvernement

Actualité 24.02.2014

Le nouveau Premier ministre italien, Matteo Renzi, se présente aujourd'hui au Sénat pour se soumettre à un vote de confiance. L'ancien maire de Florence et actuel secrétaire du Parti démocrate (centre-gauche) se retrouve à la tête d'un gouvernement de coalition formé par 16 ministres, dont huit femmes. Prenant la place du démissionnaire gouvernement Letta, l'équipe de Renzi devrait rester au pouvoir jusqu'à la fin de la législature, en 2018. Il s'agit du 63e gouvernement depuis la naissance de la République italienne en 1948.

Matteo Renzi

Une équipe en discontinuité… ou presque

"De jeunes et de femmes". La plupart de la presse italienne commente ainsi la création du nouveau gouvernement : l'exécutif le plus "jeune" et le plus "rose" dans l'histoire du pays. Comme l'a annoncé Matteo Renzi, le nouveau président du Conseil italien, son équipe compte 50% de femmes et un âge moyen inférieur à 48 ans. Le Premier ministre, âgé de 39 ans, est lui-même parmi les plus jeunes. "C'est un signal pour tous les jeunes qui disent que rien n'est possible dans ce pays", a lancé vendredi soir M. Renzi.

C'est également un signe de discontinuité avec le gouvernement de son prédécesseur, Enrico Letta, contraint de démissionner par son propre parti. Un signe que la presse italienne n'hésite pas à mettre en avant : le nouvel exécutif compte 6 ministres en moins par rapport au précédent, ainsi que 20% de femmes en plus et un âge moyen six ans plus jeune, précise le quotidien La Stampa dans une infographie. Les personnalités dites "techniques" y sont moins nombreuses (seules trois n'ont pas un parcours politique), tandis que trois ministres ont déjà été maire d'une ville (ce qui serait un signe positif selon le nouveau chef du gouvernement).

Cependant, au-delà des effets d'annonce, la discontinuité n'est pas si complète, relèvent certains observateurs. D'abord, neuf ministres du nouveau gouvernement figuraient déjà dans l'exécutif de M. Letta. Ils proviennent notamment du centre, du centre-droit et des autres forces politiques qui soutiennent le gouvernement, dont l'actionnaire de majorité reste le Parti démocrate. En outre, le maire de Florence a renoncé à nommer des hommes politiques à la tête de trois ministères cruciaux : Economie, Travail et Développement économique. M. Renzi a par exemple choisi une "personnalité technique" comme Pier Carlo Padoan pour le poste de ministre de l'Economie. Ancien président de l'ISTAT (l'INSEE italien) et chef économiste à l'OCDE, M. Padoan n'aura pas de difficultés à rassurer les marchés financiers et les partenaires européens.

Aux affaires étrangères, le nouveau gouvernement ne confirme pas Emma Bonino, ancienne commissaire européen et ministre sortant. Sa place est prise par Federica Mogherini, 41 ans, présidente de la délégation italienne à l'OTAN et membre du Parti démocrate. Mme Mogherini devra notamment s'occuper de la présidence italienne du semestre européen, qui débutera le 1er juillet prochain. Le vice premier ministre est Graziano Delrio, ancien maire de Reggio Emilia (petite ville proche de Bologne) et ministre aux Affaires régionales dans le gouvernement Letta. Médecin et père de neuf enfants, Delrio est considéré comme le bras droit de Matteo Renzi. Enfin, le ministre de l'Intérieur reste Angelino Alfano, chef du parti "Nouveau centre-droit" et ancien allié de Berlusconi. Avec ses 31 sénateurs et 29 députés, M. Alfano est le principal allié du Parti démocrate au gouvernement.

Un programme vaste et un timing serré

Lors de son discours aujourd'hui au Sénat, Matteo Renzi a annoncé un vaste programme de réformes : travail, fiscalité, administration publique, éducation, mais aussi réformes constitutionnelles et nouvelle loi électorale. Il s'agit des priorités qu'il avait dévoilées lors de la présentation du nouveau gouvernement la semaine dernière. Selon les intentions du président du conseil, le gouvernement devrait adopter un calendrier assez serré pour réaliser toutes ces réformes avant le 1er juillet.

"Nous présenterons un plan de réformes pour le travail d'ici le mois de mars", a déclaré le nouveau premier ministre italien. La nouvelle loi électorale devrait également être discutée à la Chambre des députés le mois prochain, tout comme les réformes constitutionnelles. Il s'agit notamment de la suppression des "provinces" (110, les départements italiens), de la transformation du Sénat en une chambre de délégués locaux et d'un rééquilibre des compétences législatives de l'Etat et des régions. Enfin, l'"Italicum", la nouvelle loi électorale sur laquelle Renzi a obtenu l'accord de Berlusconi, "est prête pour être présentée à la Chambre des députés", a affirmé aujourd'hui le chef du Parti démocrate. Elle pourrait être votée avec une majorité différente de celle qui soutient le gouvernement.

Le "ius soli", c'est-à-dire une loi qui permette aux étrangers nés en Italie d'avoir la nationalité italienne, fait également partie du programme. Tout comme l'introduction de la reconnaissance des unions civiles : l'Italie ne prévoit actuellement aucune possibilité d'union hors mariage. Enfin, parmi les autres mesures annoncées dans le cadre plus général des réformes, il y aurait une baisse de l'impôt sur le travail d'au moins 10%, des aides financières aux petites et moyennes entreprises et des investissements dans le renouvellement des bâtiments de l'éducation nationale.

"La génération ERASMUS est représentée dans ce gouvernement"

Concernant l'Europe, Matteo Renzi a adressé des messages très clairs aux sénateurs : "je sais qu'à l'intérieur de cette Assemblée, comme à la Chambre des Députés, et dans l'opinion publique, il y a une tendance facile à considérer l'Europe comme la mère de tous nos problèmes. Je voudrais dire que non seulement pour moi et pour le gouvernement que j'ai l'honneur de présider ce n'est pas le cas, mais que la meilleure partie de l'Italie est dans sa tradition européenne et européiste". Le président du Conseil a ensuite fait référence à Altiero Spinelli, l'un des pères fondateurs de l'Union européenne : "quand je pense à cet homme qui imaginait, depuis une petite île, les Etats-Unis d'Europe alors que la guerre éclatait […] je me sens fier d'appartenir à l'histoire italienne".

C'est pourquoi, Matteo Renzi souhaite que le pays soit "prêt" pour la présidence tournante de l'Union européenne. "Nous arriverons au 1er juillet en ayant fait nos devoirs", a affirmé le Premier ministre, avant de préciser que "ce n'est pas Merkel ou Draghi qui nous demandent d'être rigoureux avec notre dette publique : c'est le respect que nous devons à nos enfants et aux générations futures". Le semestre européen est donc une "opportunité", dit le président du conseil, pour élaborer "une proposition afin que d'ici vingt ans nous puissions gouverner politiquement l'Europe". L'Italie prendra la place de la Grèce à la tête de la présidence de l'UE le 1er juillet prochain, et aura donc la responsabilité de mener cette présidence dans un moment très important pour l'Union : celui du passage de la 7e à la 8e législature, après les élections européennes de mai.

"Il n'y a plus d'alibis, s'il y aura un échec, ce ne sera que de ma faute" a conclu le président du conseil, avant d'appeler les sénateurs à soutenir un gouvernement de changement. Alors que les élus posent maintenant leurs questions au chef du gouvernement, ce soir à 20 heures nous saurons si Matteo Renzi aura convaincu la majorité des représentants du Sénat. Selon les estimations des journaux, le gouvernement devrait compter sur 175 sénateurs sur un total de 320 (315 plus 5 sénateurs à vie). A la chambre des députés, où le président du Conseil se présentera demain, la situation est plus favorable : le Parti démocrate dispose de 293 élus sur un total de 630 et devrait largement arriver à la majorité absolue avec le soutien de ses alliés.