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Jean-Marie Cavada : "voter pour Barroso ne doit pas être obligatoire mais motivé"

Actualité 09.09.2009

 

Jean-Marie Cavada a été réélu le 7 juin dernier sur la liste de la majorité présidentielle en Ile de France. Après un premier mandat au Parlement européen au sein de l'ALDE, il travaille désormais dans le groupe du PPE, où il a pris la présidence de la délégation du Nouveau Centre. L'eurodéputé nous a fait part de ses impressions sur le programme politique de José Manuel Barroso, qui brigue un second mandat à la tête de la Commission.

 

L'eurodéputé a fortement insisté sur la nécessité d'indépendance de la Commission pour l'équilibre institutionnel de l'Union Européenne et l'importance d'une nouvelle régulation des systèmes bancaires et financiers. Il s'est montré prêt à accorder sa confiance à M. Barroso, si et seulement si des engagements précis étaient pris sur les orientations générales proposées. Un programme sur la bonne voie mais qui manque de garanties pour convaincre tout à fait le nouveau centre.

"Lors du congrès du PPE à Athènes, nous avions été quelques uns à lui demander d'établir un programme politique en présentant sa candidature. Il l'a fait. Indiscutablement, le programme est un peu plus précis et répond à certaines questions", explique l'eurodéputé."

Les points crédités

"Il y a dans le document qu'il nous a remis une démarche volontariste pour faire un virage vers la régulation nécessaire en Europe, notamment dans les systèmes économiques et financiers. On trouve aussi des éléments pour essayer de relancer la croissance avec tous les instruments dont il pourra disposer, nous verrons ce que cela donnera.

Enfin, on peut lui faire crédit d'avoir bien pris le virage écologique dont l'Europe a besoin avec les investissements nouveaux que cela suppose. Il y a donc un certain nombre de points dont on peut lui faire crédit. "

Les points clés à approfondir

"Les centristes raisonnent aussi par rapport à l'avant crise et l'après crise. Avant la crise, M. Barroso s'est surtout caractérisé comme une sorte d'Européen atlantiste. Nous avons, de tout temps, réclamé un Européen continental, quelqu'un qui accepte de faire évoluer positivement les pouvoirs politiques de l'Union et qui interprète les traités à maxima et non pas à media ou a minima.

La question qui se pose donc autour de la personnalité de M. Barroso, étant donné son parcours politique, est la suivante : peut il opérer un virage à 180 degrés et se présenter comme un bon régulateur ? Est-ce qu'il peut être ce quelqu'un qui se battra pour imposer une régulation financière et bancaire à des établissements et  à un système, qui ont failli nous détruire dans cette crise ?

Il y a des points où il y a quelques doutes, notamment qu'est ce qu'à ses yeux, l'économie sociale du marché. Le mot social doit avoir des répercussions claires et on doit savoir quelle politique il veut appliquer pour réaliser cet aspect social de l'économie de marché, que nous attendons et dont nous avons besoin.

Par conséquent un certain nombre de questions restent posées, nous sommes entrain d'en débattre au sein du nouveau centre. J'ai déposé hier, avec mes deux camarades députés c'est-à-dire Damien Abad et Sophie Briard Auconie, la question au comité exécutif. De cela dépendra notre vote, qui ne sera pas un vote suivi mais un vote conforme à l'héritage et aux soucis que  nous avons de bien faire gérer l'Europe pendant cette crise."

Le grand danger de la candidature unique

"Pour nous, les centristes de la délégation française, le problème se pose de la façon suivante : nous sommes quand même les héritiers de la famille politique fondatrice de l'Europe, de Schuman, Gaspieri et autres, et pour nous, l'équilibre institutionnel des pouvoirs en Europe est très important.

Le Conseil représente l'intérêt des états. La Commission représente l'intérêt communautaire globalement considéré, ce qui veut dire que parfois l'intérêt de l'Union peut aller contre l'intérêt d'un état. L'unanimité qui se fait autour de M. Barroso est à la fois une bonne opportunité et en même temps on peut laisser supposer qu'il n'aura pas les coudées franches par rapport au Conseil et qu'il manquera de pouvoir.

Le fait qu'il soit l'unique candidat lui donne un poids tout à fait  important. Pour autant, il faut faire attention à ce que cela ne devienne pas un piège et qu'on ne s'oriente pas vers une sorte de vote obligatoire, faute de mieux ou faute de quelqu'un d'autre.

Je crois que ce vote, si il est désigné, doit désigner un homme responsable avec à sa disposition une commission qu'il n'utilise pas comme un appareil mais comme un collège politique, ce qui n'a pas été le cas dans les cinq années qui viennent de s'écouler. Il ne doit pas être le jouet du Conseil même si le Conseil a toujours un peu la tentation de le pousser sur cette voie.  C'est le jeu normal et régulier des pouvoirs.

Nous voulons une Commission qui se situe à mi chemin entre le Conseil et le Parlement. Nous ne voulons pas d'un face à face entre le Conseil et le Parlement. La Commission doit être au milieu, et éventuellement même le plus souvent possible l'allié du Parlement.

C'est comme cela que fonctionne le système. Cependant les outils qu'ils proposent dans son chapitre sur le partenariat "Parlement Commission", comme l'heure de questions réponses, sont de bons outils et on ne peut pas douter que cela sera utile."