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Jean-Marc Daniel : "L'un des grands enjeux pour la Grèce est que la croissance revienne"

Actualité 22.02.2012

Après de longues heures de négociations, les ministres des Finances de la zone euro ont donné leur feu vert, dans la nuit de lundi à mardi, au deuxième plan de soutien à la Grèce. Cet accord comprend un volet public de 130 milliards d'euros et un effacement partiel de la dette détenue par les créanciers privés à hauteur de 100 milliards. Dans un entretien à Toute l'Europe, Jean-Marc Daniel, économiste et chroniqueur pour BFM, commente les grandes lignes du programme.

Touteleurope : Le nouveau plan de sauvetage sur lequel l’Eurogroupe s’est mis d’accord règle-t-il le problème de la dette grecque ?

Jean-Marc Daniel : Le problème de la dette grecque est fonction de l’évolution de la croissance économique en Grèce. Contrairement à ce que l'opinion publique pense, la Grèce possède une économie beaucoup plus élaborée qu’on ne le dit avec un fort potentiel. Il suffit de regarder sa situation économique avant 2007.

Aujourd'hui, on a pratiquement effacé tous les bénéfices dont avait pu tirer la Grèce de son adhésion à la zone euro. L'un des grands enjeux aujourd'hui pour le pays est que la croissance revienne et gagne en crédibilité.

Le plan d'aide est prévu pour les huit prochaines années avec l'objectif pour cette période qu'il y ait un taux d'endettement à 120% du PIB, avec des réformes structurelles jusqu'en 2020. On peut penser qu'à ce moment là, l'Europe redémarrera un nouveau cycle et y verra plus clair.

Touteleurope : Après de longues discussions, les créanciers privés ont fini par accepter de subir une décote de 53,5% sur la dette grecque au lieu de 50% prévu initialement, soit 107 milliards sur un total de 200 milliards. Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ?

Jean-Marc Daniel : Les créanciers ont accepté une perte de la valeur du capitale de la dette grecque. Cette décote va jusqu’à 60 %. Concrètement, les créanciers ont confirmé sur leur dette ce qu’ils avaient déjà prévu dans leurs comptes.

En réalité, quand on arrive à la situation actuelle, le but de la négociation c’est moins de se mettre d’accord sur un dispositif que de mettre un terme à une dérive.

Le véritable enjeu était moins le montant de la perte que le fait que la perte soit clairement identifiée, chiffrée et mesurée. Maintenant, il faut observer comment les marchés vont réagir.

Touteleurope : La zone euro va mettre sur pied un compte bloqué sur lequel sera versée une partie des fonds prêtés à la Grèce afin qu'ils servent en priorité au remboursement de la dette publique. Comment ce mécanisme va-t-il fonctionner ?

Jean-Marc Daniel : Les aides qui sont immobilisées par l’UE et par le FMI seront versées sur ce compte qui sera exclusivement consacré à payer les intérêts sur la dette qui existent déjà et à faire souscrire la dette quand elle est émise par le FESF et le MES. Il y a une forme de dissociation dans les comptes grecs entre la gestion de la dette d’une part et la gestion des finances publiques courantes d'autre part.

La mise sous tutelle de la Grèce sur toute la partie gestion stricto sensu de la partie dette a pour objectif de garantir aux créanciers qu’une fois qu’ils auront fait leur effort d’abandon, ce qui reste sera effectivement payé et consolidé.

Touteleurope : Le FMI va-t-il continuer à soutenir la Grèce ?

Jean-Marc Daniel : Il y a un débat politique en cours et trois positions se dégagent. Il y a celle des Anglais et des Américains qui consiste à dire que le FMI n’a pas été prévu pour s'occuper de déficits budgétaires et qu’il y aurait une sorte de dévoiement de l’outil.

Il y a une autre position, selon laquelle le FMI devrait s’occuper des pays émergents et non pas de l’Union européenne, qui est la zone la plus riche du monde.

Et enfin il y a ceux qui estiment que le FMI a été appelé en pompier pour venir en aide à la Grèce mais que ce rôle est terminé et qu’il doit se retirer progressivement de la zone euro.

Certains au FMI regrettent également que l’UE ne s’intéresse pas assez à ce que fait l'institution dans d’autres pays comme en Roumanie et en Hongrie par exemple.

Touteleurope : Il y a un clivage entre les pays du Nord qui souhaitent plus de concessions de la part de la Grèce et ceux du Sud qui craignent une contagion de la crise grecque dans leur pays. Ces pays vont-ils vivre la même situation ?

Jean-Marc Daniel : La situation de l’Espagne et du Portugal est moins dramatique que celle de la Grèce. Le Portugal a connu une croissance moins importante que la Grèce mais a toujours joué le jeu des politiques d’austérité. Avec une force de frappe de 750 milliards d’euros, le MES devrait faire face au problème portugais.

En Espagne et en Italie il y a une redéfinition des conditions générales de l’économie. C’est à la fois rassurant, car les réformes devraient porter leurs fruits mais c’est en même temps inquiétant car il n’y a pas de réponse immédiate à la crise et les Européens vont peut-être devoir venir à la rescousse.

Touteleurope : Que pensez-vous du Mécanisme européen de stabilité qui fait l'objet d'un débat politique en France ?

Jean-Marc Daniel : Il est clairement indiqué dans l'exposé des motifs qu'il y a un lien entre le Mécanisme européen de stabilité (MES) et le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance.

Les engagements sur les règles budgétaires ont déjà été prévues. Ce qu’apporte ce nouveau texte, c'est qu'il définit le déficit de référence comme un déficit structurel, qui ne dépend pas de la conjoncture économique. Il adopte ce que soutiennent les économistes : il ne faut pas raisonner sur une situation économique instantanée mais inscrire cette situation dans la logique des cycles que l'on constate dans les économies développées.

Il faut que le nouveau pacte soit respecté. La nature juridique de ce mécanisme n'est pas différente des règles qui existaient avant mais maintenant il est dit clairement que nous ne pouvons plus nous permettre les écarts que l’on a connus dans les années 90.

La logique est la suivante : on viendra à votre secours à condition de respecter les règles que vous vous êtes données.