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Jean-Luc Sauron : "Si dans les semaines qui viennent, les Etats membres ne réussissent pas à se projeter dans une architecture crédible, c’est l’UE qui disparaîtra"

Actualité 06.12.2011

A l'occasion de la sortie de son nouvel ouvrage, "L’Europe est-elle toujours une bonne idée ?" Jean-Luc Sauron, Haut fonctionnaire, professeur associé à l'université Paris-Dauphine, donne sa vision fédéraliste sur l'avenir de l'UE et revient sur l'accord franco-allemand relatif à la réforme des traités présenté lundi 5 décembre par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy.

Touteleurope.eu : Vous publiez aujourd’hui un ouvrage intitulé "L’Europe est-elle toujours une bonne idée ?". L’avenir de l’UE est-il vraiment en péril ?

Jean-Luc Sauron : Nous sommes arrivés à une fin de cycle. Il faut refonder, reconstruire, redistribuer les cartes sinon l’UE en tant que puissance d’un monde multipolaire ne pourra plus fonctionner. L’Europe ne sera pas actrice mais sujet de la mondialisation.

Les gouvernements européens ont du mal à mettre en place un projet d’ensemble. Si dans les semaines qui viennent, ils ne réussissent pas à se projeter dans une architecture crédible, c’est l’UE qui disparaîtra.

Ce qui ressort des sondages est fascinant. Il y a une distance qui est prise par rapport à l’Europe. Il y a le groupe de fervents partisans, celui des fervents opposants et une majorité de citoyens qui vivent à côté de l’UE. Ils ne se posent pas de questions sur l’avenir, ni sur leur présent en terme européen.

En 2005, nous sommes passés de "l’Europe comme une évidence" à une indifférence. Ce qui nous menace aujourd’hui c’est la méfiance et le rejet.

Touteleurope.eu : Que pensez-vous du résultat des négociations entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sur la réforme des traités ?

Jean-Luc Sauron : Trois propositions sont actuellement sur la table : une règle d’or généralisée, des sanctions plus automatiques et une avancée du mécanisme de stabilité dans le temps. Il s’agit d’un accord très technique et partiel, qui ne vise qu’à resserrer les boulons budgétaires sans grandes perspectives.

Le volet solidarité aurait dû être présent et il n’y a qu’un mécanisme punitif et sanctionnateur sous couvert d’un fédéralisme budgétaire.

"Seule la construction d’une Europe fédérale, ambitieuse, adaptée aux temps actuels et ancrée dans la mondialisation apportera le cadre nécessaire à l’épanouissement d’une solidarité et d’un patriotisme européen".

Extrait de "L'Europe est-elle toujours une bonne idée ?", Jean-Luc Sauron - Gualino éditeur

Le fédéralisme ne se résout pas à un règlement de copropriété avec des règles plus strictes. Les dirigeants français et allemand ont manqué de vision d’ampleur. Il fallait prendre des positions plus fortes et plus globales car si nous nous limitons à ces propositions, de nouvelles discussions s’imposeront à nouveau dans quelques mois.

La France, et désormais l'Allemagne, sont mises sous haute pression. Standard & Poor's (S&P) a annoncé lundi 5 décembre une mise sous surveillance avec implication négative des six pays "AAA" de la zone euro. Les propositions franco-allemandes ne répondent pas à la situation.

Touteleurope.eu : Face à la crise, vous proposez un chemin original vers la création des Etats-Unis d'Europe. Quelles en seraient les étapes ?

Jean-Luc Sauron : Il s’agit de la méthode Jean Monnet/Robert Schuman qui consiste à partir d’un groupe d’Etats (France, Allemagne, les 3 pays du Benelux) pour refondre le Pacte social européen. Sur ce socle, qui reposerait sur une fédération rhénane qui est le cœur de l’Europe historique, une structure solide serait organisée.

Je propose que ces Etats créent entre eux un Etat fédéral et qu’ils restent dans l’UE. Il y aurait 22 Etats membres plus cet Etat fédéral composé de 5 Etats. Ceux qui souhaiteraient y adhérer pourraient le faire. Au fur et à mesure de l’adhésion des autres Etats membres, cet Etat fédéral absorberait à terme les autres Etats pour devenir les Etats-Unis d’Europe.

Avec le tandem franco-allemand, nous avons actuellement un fédéralisme limité au budgétaire. Avec cet Etat fédéral, nous aurions des compétences exercées par le gouvernement fédéral. Les 5 Etats seraient représentés au Conseil européen par un représentant de l’Etat fédéral. Ce serait le pivot de l’ensemble de la mécanique.

Il faut donner un sens à l’UE et mobiliser les citoyens sur un vrai projet politique.