Derniers articles publiés

Jean Leonetti : "Le danger auquel nous faisons face, c'est l'incapacité à définir l'Europe de demain"

Actualité 20.01.2012

Mercredi 18 janvier, le café La Rotonde (Paris) a accueilli un "Café-débat européen" avec le ministre chargé des Affaires européennes, Jean Leonetti. Organisé par le Mouvement européen – France (ME-F) présidé par Jean-Marie Cavada, cette rencontre avait pour thème  "L’Euro : 10 ans après, bilan et perspectives". Ce "café-débat" a été l'occasion d'entendre les points de vue de MM. Leonetti et Cavada sur la monnaie unique, mais également de nous faire part de leurs avis sur les nombreux événements que traverse l'Union européenne en ce moment, avant que les membres de l'assemblée puissent intervenir et interroger le ministre.

Une triple crise

Pour le président du ME-F Jean-Marie Cavada, la crise que traverse l'Union européenne est de trois types :
politique tout d'abord : les obstacles politiques à l'intervention fédérale ont servi la politique mais dans le mauvais sens du terme. Pourtant selon lui, "déléguer davantage à une autorité supérieure n'entrainerait pas un amoindrissement de la souveraineté française."
Il prend l'exemple des Etats-Unis, pays le plus endetté au monde, dont la monnaie n'est pourtant pas contestée car le dollar américain est garanti par la puissance économique et militaire du pays.
L'Euro sera balloté tant que l'Union européenne ne participera pas au rétablissement de la paix.
Nous avons besoin de résoudre la crise par la confiance.
économique, avec  des pans entiers du secteur de l'emploi qui sont liquidés.
sociale: d'après le président du ME-F, "petit à petit, partout sur le territoire européen des forces réactionnaires se mettent en place, et font campagne sur la peur". L'extrême-droite et l'extrême-gauche prônent la sortie de l'Euro, or un retour au franc entrainerait 25 à 30 % de dévaluation…

Bien que l'histoire de l'Union européenne se soit souvent construite à travers les crises, M. Leonetti oscille, entre optimisme et inquiétudes. La crise actuelle doit être cependant l'occasion de "saisir une opportunité pour construire une nouvelle Europe, celle dont on rêve depuis longtemps".

Le courage du peuple hongrois

Concernant le problème hongrois, M. Cavada salue le peuple hongrois, qu'il qualifie d'"héroïque". Il considère que la Commission a trop attendu pour réagir, les dérives de Viktor Orban ayant commencé il y a un an et demi, lorsque celui-ci a licencié des journalistes et retiré des licences.
Selon M. Cavada, "l'Union européenne se caractérise par un "bien vivre" ensemble : nos ancêtres se sont battus pour que nous puissions conserver nos libertés."

Jean Leonetti, qui revenait d'une rencontre avec son homologue hongrois, a lui aussi salué le peuple hongrois, malheureusement habitué à résister. La Commission a envoyé trois lettres de mise en demeure le 17 janvier. Même si elle a tardé à agir, la Commission dispose de plusieurs possibilités de sanctions. C'est pourquoi il n'est pas dans l'intérêt de la Hongrie de ne pas agir, pour lui "on a toujours intérêt au dialogue".

Sur les 10 ans de la monnaie unique

Concernant le passé de l'euro, le ministre aux Affaires européennes a rappelé que depuis sa mise en œuvre, en 10 ans les prix avaient augmenté de 27 %, soit une hausse semblable à celle qu'ont connue les prix entre 1990 et les années 2000. Selon lui, dans cette rigueur monétaire, on a réussi à stabiliser le pouvoir d'achat des français. Il ajoute que "l'euro a diminué le prix des échanges, et amené la croissance, y compris pour l'Allemagne."

Pour M. Leonetti, il y a actuellement une incapacité pour l'Union européenne à surmonter ses crises. Selon lui, quand on frappe monnaie, on doit mettre en place une gouvernance de la monnaie.
Après la faillite des banques, la faillite des Etats risque d'intervenir, ce qui signifie une absence de prêts, donc un Etat qui stagne pendant plusieurs années. La crise déclenchée en Argentine en 2001 a duré 15 ans, mais le pays continuait d'exporter. La Grèce a contrario n'exporte plus, si elle sortait de la zone euro, sa situation n'en serait que plus dramatique.
Pour Jean Leonetti, "la discipline budgétaire est le bon sens, mais à côté de cette discipline nécessaire, il faut une solidarité, qui est la base de la démocratie".

Concernant l'avenir, l'Europe de demain ne pourra pas se passer d'une plus forte démocratie. Mais en Europe, deux projets sont en concurrence : du côté de la France et de l'Allemagne, on veut "plus d'Europe" (régulation du marché financier, taxation sur les transactions financières…), face à la Grande-Bretagne… On ne peut pas continuer à cohabiter dans l'immobilisme.

L'Europe, la voie vers la démocratie

M. Leonetti s'interroge sur l'espace que nous voulons, car "à force d'élargir, on a oublié d'approfondir". Pour nous, l'Europe est une civilisation, avec une référence particulière, ses pays ont acquis la démocratie en se battant. Il ajoute que la perspective de rejoindre l'Europe crée la démocratie : les Balkans seraient certainement encore en guerre sans cette possibilité d'adhérer à l'Union européenne. Sur la question de l'élargissement, M. le Ministre considère que l'Europe est une communauté de destin, et est porteuse de paix.

Le danger auquel nous faisons face, "c'est d'être incapable de définir l'Europe de demain", il faut convaincre que notre souveraineté française ne peut que s'exprimer qu'à l'étage d'un continent. M. Leonetti ajoute encore qu'il faut faire de l'Europe un "Etat-continent" doté d'une efficacité économique.

Les agences de notation

Par la suite, les participants au café débat ont eu l'opportunité d'interroger le ministre.
En réponse à une question sur les agences de notation, M. Leonetti a déclaré que leurs pouvoirs ont été surestimés, et qu'il faut considérer ces dernières pour ce qu'elles sont : des indicateurs. Sur l'éventualité de créer une Agence indépendante, M. Leonetti émet des doutes quant à son objectivité. Selon lui, ce n'est pas parce que l'Europe se dote d'une agence, que cette dernière serait forcément objective.

Crise et solidarité

Pour le ministre des Affaires européennes, "le monde globalisé traduit une évidence : tout le monde a besoin de tout le monde." La solidarité en Europe peut être satisfaite même en temps de crise. Il y a une prise de conscience, notamment de l'Allemagne, sans l'euro elle risque de perdre sa compétitivité. "Le monde globalisé a apporté une solidarité égoïste, une générosité intelligente".

Les questions du public

Sur la question du comportement des élites en Grèce, où par exemple les armateurs et les Eglises ne payent pas d'impôt, M. Leonetti a répondu que le problème en Grèce provenait du fait qu'elle n'a pas réalisé les réformes nécessaires lors de son entrée sans la zone euro, elle est incapable de mesurer l'impôt et manque des structures pour le faire.

A la réponse d'un participant au café-débat selon lequel Catherine Ashton, la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères, n'était pas convaincante dans ce rôle, M. Leonetti a mis en avant la difficulté que représentait l'exercice d'une diplomatie européenne. "L'Europe est trop souvent tenue pour responsable en cas de mauvaise nouvelle." Il a pris l'exemple du Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD). Avant que ne soit envisagé sa suppression, personne n'était au courant que l'Union européenne versait chaque année une aide alimentaire, qui s'est élevée à plus de 13 millions de personnes dans 19 des 27 États de l'Union européenne en 2011.

Une autre personne a exprimé son sentiment selon lequel le Parlement européen, bien que pourtant légitime, n'était pas suffisamment pris en compte.

La question d'une Europe à deux vitesses a également été soulevée. Selon M. le Ministre, il faut l'assumer. Il a rappelé que le couple franco-allemand, et demain le couple franco-allemand-italien, représente tout de même 50 % du PIB de la zone euro. L'avancée des uns est nécessaire pour entraîner les autres. 
M. Leonetti est également favorable à la création d'un Parlement de la zone euro, qui contrôlerait davantage la gouvernance économique des pays dotés de la monnaie unique. Il ne veut pas pour autant que l'eurozone devienne un "Etat-continent" où les frontières et identités seraient effacées. Il rappelle que "les différences sont indispensables en Europe, cette diversité fût notre richesse."

Quant à la question de la convergence fiscale, le couple franco-allemand s'apprête à remettre, le 23 janvier, leurs propositions et calendrier sur la convergence de leurs impôts sur les sociétés. Pour M. Leonetti, il n'est pas normal que l'impôt sur les sociétés en Irlande soit de 12,5 % contre une moyenne de 25 % dans la zone euro.

(C) Mouvement Européen-France/CarpCorp