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Jean-Claude Trichet : retour sur huit années à la tête de la BCE

Actualité 21.10.2011

Alors que mercredi Jean-Claude Trichet faisait ses adieux à la Banque Centrale Européenne (BCE) dont il assurait la direction depuis 2003, Toute l'Europe vous propose de revenir sur sa carrière et son mandat en tant que président de la BCE.

 

Un mandat salué par le gratin de la finance européenne

De nombreuses personnalités s'étaient réunies mercredi 19 octobre à Francfort pour rendre hommage à Jean-Claude Trichet, qui achève fin octobre un mandat de huit ans à la tête de la BCE.La BCE constitue, avec les 27 banques centrales nationales (BCN) des pays membres de l'Union européenne le Système européen de banques centrales (SEBC). La BCE a pour mission principale de maintenir la stabilité des prix au sein de la zone euro et, par conséquent, de préserver le pouvoir d’achat de l’euro. La zone euro comprend les dix-sept pays de l'UE qui ont introduit l’euro depuis 1999.

Le directeur de la BCE a été salué par de nombreuses personnalités européennes et internationales de la sphère économique. Son successeur, l'Italien Mario Draghi a ainsi déclaré que par sa "détermination et son pragmatisme, sa finesse et sa fermeté (...), Jean-Claude (Trichet) est un exemple pour nous tous".

L'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing et l'ancien chancelier allemand Helmut Schmidt ont également fait l'éloge de M. Trichet, de même que Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe qui a reconnu sa réputation d'"érudit" et d'"Européen convaincu".

Reprenant l'un des pères fondateurs de la Communauté européenne, Jean Monnet, selon qui "les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise", M. Trichet a rappelé dans son discours d'adieu l'urgence de réformer la gouvernance dans la zone euro.
Ce à quoi José Manuel Barroso, président de la Commission européenne a répondu "M. Trichet, nous vous avons entendu. Tout sera fait pour que l'Europe réalise un saut quantitatif et qualitatif".

Une brillante carrière dans la finance

Jean-Claude Trichet fait état d'une longue et riche carrière dans le domaine de la finance, notamment en tant que directeur de cabinet d'Édouard Balladur au ministère des Finances en 1986, directeur du Trésor de 1987 à 1993, puis gouverneur de la Banque de France pendant plus de 10 ans. Curriculum vitae :
M. Trichet fait état d'un solide cursus dans le domaine de la finance :
- diplôme d'ingénieur civil de l'Ecole nationale supérieure des Mines de Nancy en 1964
- titulaire d'une maitrise en sciences économiques à l'université de Paris en 1966
- diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris
- diplômé de l'Ecole nationale d'administration (ENA) en 1971

 Le couronnement de sa carrière d'inspecteur des finances intervient en novembre 2003 lorsqu'il est nommé pour succéder au néerlandais Wim Duisenberg à la présidence de la BCE.

Au cours de sa carrière il a reçu de nombreux prix et distinctions, dont la Légion d'honneur en France ou encore le titre de "personnalité de l'année" décerné par le Financial Times pour sa bonne gestion de la crise en 2007.

En 2008 M. Trichet est devenu le dixième destinataire du prix "la Vision pour l'Europe", honneur accordé annuellement par l'Edmond Israël Foundation afin d'exprimer "la reconnaissance de contributions exceptionnelles dans la modernisation de l'Europe".

Un mandat globalement salué par les salariés de la BCE   

"Compétent", "efficace" et "intègre", tels sont les qualificatifs qui reviennent à propos de M. Trichet suite à l'enquête menée auprès de 600 salariés de la BCE par le syndicat "International and European Public Services Organisation" (IPSO). Plus de 70 % des personnes interrogées estiment qu'il a amélioré la réputation de la BCE.

Bien que 55 % des personnes consultées estiment que Jean-Claude Trichet a fait sortir la BCE du cadre défini par son mandat, suite notamment au rachat d'obligations souveraines pour lutter contre la crise de la dette, elles considèrent toutefois à une large majorité que les décisions prises étaient nécessaires au vu de la tournure des événements.

Une direction cependant teintée par un "déficit démocratique"

Le mandat de M. Trichet fut toutefois assombri par la première grève dans l'histoire de la BCE, qui a eu lieu en juin 2009 pour dénoncer le "déficit démocratique" de la direction vis-à-vis de son personnel, et les messages contradictoires à leur égard.

Une politique monétaire européenne rigoureuse

Cette dernière dépend de la BCE et des banques centrales des Etats membres de la zone euro. En pratique Jean-Claude Trichet voulait traduire cette politique par un maintien de l’inflation de la zone euro en dessous de 2%, ainsi que par une stricte indépendance vis à vis des gouvernements des pays membres de cette même zone euro. 

Sa déclaration "I am not a Frenchman" – "je ne suis pas ici en tant que Français", lors de sa prise de fonction fin 2003 démontre bien l'importance que revêt l'indépendance de la BCE pour lui.

Les réponses apportées à la crise financière

Si les premières années à la direction de la BCE sont relativement tranquilles, la seconde phase de son mandat va être marquée par le sceau de la crise.
Pour faire face à la crise bancaire et financière que traverse l'économie mondiale en automne 2008, Jean-Paul Trichet a conduit une politique monétaire consistant notamment à baisser régulièrement le taux d’intérêt directeur de la BCE (1% en mai 2009 contre 4,25 % en octobre 2008), et à augmenter le nombre et la fréquence des opérations de refinancement des banques à plus long terme.

La décision contestée de rachat de titres de dette souveraine

Le 10 mai 2010, la BCE décide de permettre aux banques centrales de la zone euro d'acheter de la dette publique et de la dette privée sur les marchés secondaires. Cette décision entraine de profondes divisions au sein de cette institution, avec pour conséquence la démission de ses deux membres allemands, Axel Weber et Jürgen Stark.

Mais face à la "brutale perte de confiance qui a frappé simultanément l’économie financière et l’économie réelle, les pays industrialisés comme les pays émergents", selon M. Trichet, de telles mesures devaient être prises pour éviter que la crise grecque s'étende à l'Espagne, au Portugal voire à l'Italie.

Tout au long de ses huit années passées à la présidence de la BCE, Jean-Claude Trichet aura conservé sa ligne de conduite pragmatique dans une crise dont l'issue semble toujours incertaine, à l'orée du Conseil européen du 23 octobre qui s'annonce décisif pour la zone euro.

Quelles leçons tirer de la crise ?

D'après M. Trichet, une Union économique européenne est plus que jamais nécessaire, comme en témoigne sa proposition de créer un ministère européen des Finances. Jean-Claude Trichet a appelé les gouvernements européens à être plus responsable, en rappelant que "en aucun cas", la BCE ne peut "se substituer aux gouvernements".
Face à ses détracteurs, notamment allemands, il a mis l'accent sur son bon bilan en termes d'inflation, mais aussi sur la "prudence", la "circonspection" et la "mesure" avec laquelle il a géré la politique monétaire de la zone euro.


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