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Jean-Claude Juncker officiellement élu président de la Commission européenne

Actualité 15.07.2014

Ce devait être une formalité. Après les chefs d’Etat et de gouvernement, mardi 15 juillet c’était au tour des eurodéputés de se prononcer favorablement (422 voix "pour" et 250 "contre") sur la nomination de Jean-Claude Juncker au poste de président de la Commission européenne. Une élection qui entérine, peut-être définitivement, l’avancée démocratique selon laquelle la tête de liste du parti arrivé premier des élections européennes obtient la direction de l’exécutif européen.

Juncker élu au Parlement européen

422 voix "pour"

David Cameron, qui a lutté bec et ongle contre la nomination de Jean-Claude Juncker, cet europhile luxembourgeois à la lisière du fédéralisme, n’a pas été sauvé par le Parlement européen. Ce dernier a, assez largement, confirmé la décision des chefs d’Etat et de gouvernement de nommer M. Juncker à la tête de l’exécutif européen.

Ce midi, à l’heure du vote, l’hémicycle de Strasbourg était presque au complet. Les eurodéputés ont été 422 à voter "pour", 250 à se prononcer "contre", 47 à s’abstenir et 10 à insérer un bulletin nul dans l’urne. Le suffrage, à bulletin secret, a ainsi conféré la majorité qualifiée (soit 376 voix) que l’ancien président de l’Eurogroupe briguait.

Jean-Claude Juncker est le nouveau président de la Commission européenne.
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Pour ce faire, Jean-Claude Juncker n’a pas ménagé ses efforts. Après les longues tractations avec les différents dirigeants européens, il a en effet rencontré l’ensemble des groupes politiques du Parlement européen. Une stratégie manifestement payante. Si l’ensemble des députés européens n’a évidemment pas été convaincu, ils sont extrêmement nombreux, même parmi ses détracteurs, à reconnaître le progrès démocratique que son élection représente. Dorénavant, le choix du titulaire de ce poste clé des institutions ne sera plus discrétionnaire. La tête de liste du parti arrivé en tête des élections européennes doit avoir la priorité pour rechercher une majorité puis pour défendre son projet devant le Parlement.

250 voix "contre"

C’est donc le programme et non le processus électoral que certains eurodéputés, comme les socialistes français ou encore les verts, ont contesté. Les premiers se sont unanimement abstenus, les seconds sont même parfois allés jusqu’à votre "contre". Comme l’a expliqué Pervenche Berès, chef de la délégation française socialiste, le choix d’une abstention "constructive" s’est imposé comme la seule voie possible. La gauche européenne a "de l’or entre les mains" pour mettre en œuvre la "réorientation" économique et politique de l’Europe et, en l’état actuel actuel des choses, "le compte n’y est pas" dans les engagements pris par Jean-Claude Juncker. Les gages en faveur de l’assouplissement des politiques d’austérité ou en faveur de la lutte contre le chômage des jeunes n’ont pas été jugés suffisants. Une opinion partagée par les écologistes français comme Michèle Rivasi ou Karima Delli, deux eurodéputées qui ont également regretté le flou entourant ses propositions concernant la transition énergétique ainsi que le traité transatlantique (TTIP).

Des préoccupations donc, un refus de "signer un chèque en blanc", pour reprendre les mots de Guillaume Balas, nouvel eurodéputé socialiste. Mais insuffisant pour renverser la vapeur. Naturellement le Parti populaire européen, dont M. Juncker est issu, a voté en sa faveur. Tout comme le groupe des Libéraux et Démocrates, situé au centre de l’échiquier politique européen. Ces derniers ont d’ailleurs confirmé qu’ils auront un rôle prépondérant à jouer dans la constitution de majorités au sein du nouveau Parlement européen. Ils ont indiqué que "la raison" les a conduit à apporter leur confiance à Jean-Claude Juncker, personnalité partageant leur détermination à "développer une stratégie fondée à la fois sur la discipline budgétaire et une nouvelle croissance". 

Combien de femmes au sein de la prochaine Commission ?

Son élection désormais acquise, le nouveau président de la Commission européenne va pouvoir s’atteler à la tâche ardue de l’attribution des portefeuilles. Pour ce faire, Jean-Claude Juncker se rendra dès demain à Bruxelles pour discuter de cette question avec les chefs d’Etat et de gouvernement qui se réunissent dans le cadre d’un Conseil européen exceptionnel d’une journée. Une fois encore, les négociations sont appelées à être fastidieuses. C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre M. Juncker lors de la conférence de presse qui a suivi son élection. L’un des principaux points d’achoppement est celui du nombre de femmes présentes au sein de la prochaine Commission, que le nouveau président espère le plus élevé possible. Martin Schulz, réélu président du Parlement européen s’est également exprimé sur cet enjeu et a affirmé que les eurodéputés ne donneront pas leur confiance à une Commission où la place des femmes serait réduite à la portion congrue.

Ce sujet devrait donner une première opportunité à M. Juncker d’affirmer son style face aux dirigeants européens, qu’il souhaite différent – comprendre plus offensif – de celui de son prédécesseur José Manuel Barroso.

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