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Jean-Christophe Adler : "Les orientations de la Commission renforceront les conditions d’exercice du lobbying"

Actualité 19.06.2006

Le Livre vert sur l'initiative européenne en matière de transparence, rendu public par la Commission européenne le 3 mai 2006, vise à engager avec l'ensemble des parties concernées un débat sur les moyens d'améliorer la transparence dans l'Union européenne. Jean-Christophe Adler, président de l'Association Française des Conseils en Lobbying (AFCL) et gérant du cabinet Affaires Publiques Consultants, répond aux questions de Touteleurope.fr.

 

Comment recevez-vous les propositions de la Commission européenne qui, dans le Livre vert sur la transparence, propose notamment de renforcer les incitations faites aux lobbies à se déclarer ?

 

Nous avons dès l’origine été partie prenante au processus initié par la Commission européenne car cette initiative touche au principe même de ce qui réunit les membres de l’Association Française des Conseils en Lobbying et affaires publiques (www.afcl.net) depuis 15 ans : la déontologie. C’est en effet en 1991 que nous nous sommes réunis autour d’une charte fixant un certain nombre de règles devant s’appliquer à toute démarche de lobbying.

S’agissant de "se déclarer", nous avons pris le double engagement de déclarer systématiquement l’intérêt que nous représentons dans nos relations avec les institutions (art 7) et de tenir à la disposition des bureaux des assemblées parlementaires, nationales et européenne, l’identité de nos clients et employeurs (art 8).

Nous recevons donc positivement les orientations de la Commission qui renforceront les conditions d’exercice de notre métier et en conséquence son institutionnalisation. S’agissant des modalités pratiques, c’est aussi l’objet de la concertation qui s’ouvre. L’AFCL y participera pleinement.

 

Pour le Commissaire Kallas, "rien de pire ne pourrait arriver à Bruxelles qu’un scandale du type Abramoff, qui entacherait l’ensemble de la profession". Il est dès lors "dans l’intérêt même de l’ensemble des groupes de pression de faire acte de davantage de transparence quant à leur rôle, leurs membres, l’argent qui sert à financer leurs actions". Qu’en pensez-vous ? Quels garde-fous votre profession a-t-elle conçus pour prévenir ce type de crises ?

 

Notre conviction est que l’avenir du lobbying passe par la déontologie.  Nous souscrivons donc pleinement aux objectifs de transparence de la Commission. De ce point de vue d’ailleurs, les consultants membres de l’AFCL ont, en adoptant des engagements contraignants, pris une longueur d’avance par rapport à d’autres acteurs présents sur ce marché, qu’il s’agisse des ONG ou des cabinets d’avocats par exemple.

L’une des orientations de la Commission devra être, en conséquence, de loger l’ensemble des intervenants sur le même plan en bâtissant une plate-forme déontologique multipartite. Tous ceux qui font profession de lobbyiste devront se soumettre aux mêmes exigences. L’AFCL a entrepris cette démarche en France où elle réunit 80 % des sociétés de conseil intervenant dans ce domaine. Ses membres s’engagent ainsi à ne pas exercer de fonction au sein de cabinets ministériels ni de mandat électif national ou européen.

 

L’EPACA, qui représente votre profession au niveau européen, a anticipé les prochaines actions de la Commission européenne en désignant, tout récemment, une commission pour veiller au respect de son code d'éthique. Concrètement, comment convainc t-on les organismes de lobbying d’adopter de tels codes ? Comment veille-t-on à leur application ?

 

S’agissant d’anticiper les actions de la Commission, nous pensons que l’AFCL, en adoptant un code déontologique voici 15 ans a fait figure de précurseur car ce type d’engagements, exception faite du Royaume-Uni, était relativement inédit à cette époque.

Quoi qu’il en soit, il est de l’intérêt des organismes rassemblant les professionnels du lobbying de s’engager dans la voie de l’autorégulation pour affirmer la transparence et la légitimité de leur action dans le processus démocratique, comme le rappelle d’ailleurs la Commission dans son initiative.