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Jean Bertsch : "Il faut développer 'l'esprit mobilité' chez les jeunes"

Actualité 14.06.2010

Depuis maintenant un an, Jean Bertsch dirige l’Agence Europe Education Formation France (dite "2e2f"), responsable de l’application en France de la mise en oeuvre des programmes européens d’éducation et de formation. Erasmus, Europass, processus de Bologne…  Jean Bertsch a pour objectif de diffuser "l’esprit mobilité". En amont du congrès des 28 et 29 juin consacré à la mobilité internationale, il nous fait part de sa mission… et dévoile les derniers chiffres français de la mobilité européenne.

 

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Touteleurope.fr : Quels sont les objectifs du Congrès des 28 et 29 juin "Mobilité internationale : la lettre et l’esprit" ?

 

Jean Bertsch : Ce congrès se situe dans le panorama des événements que l’agence 2E2F organise sur l’année. Nous organisons tous les ans une conférence de valorisation de l’année européenne, qui cette année adapte le thème de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale au monde éducatif et scolaire, et aura donc lieu du 14 au 16 novembre 2010 sur le thème des marginalités, de l’échec scolaire, de l’illettrisme, etc. 

 

Le Congrès mobilité internationale : la lettre et l’esprit aura lieu au Centre des Congrès de Bordeaux les 28 et 29 juin. Inscriptions jusqu'au 20 juin à congres.mobilite@2e2f.fr

Dans ce cadre, nous regroupons nos événements dans un grand congrès, les 28 et 29 juin à Bordeaux, qui tombe également le jour des 10 ans de l’agence (même si le fonctionnement est antérieur), des 10 ans de Grundtvig et des 5 ans d’Europass. Il s’agit ainsi d’un grand événement autour de notre cœur de métier : la mobilité, qui sera abordée autour de quelques idées clés : quel est la plus-value de la mobilité sur les plans personnel, professionnel, méthodologique. C’est donc une vaste réflexion avec tous les acteurs engagés autour de la mobilité.

 

Pourquoi "la lettre et l’esprit" ? "La lettre", parce qu’il s’agit de mettre à disposition des jeunes l’ensemble des dispositifs européens et français de mobilité (connus ou moins). "L’esprit", parce que l’on souhaite transmettre aux jeunes l’envie, la motivation et le besoin de mobilité.

 

 

TLE : Quels seront les thèmes discutés au cours de cette conférence ?

 

J.B. : Les débats s’interrogeront de manière générale sur la fonctionnalité de la mobilité : à quoi elle sert, notamment dans le cadre de l’insertion professionnelle.

 

Les trois grandes thématiques, articulées autour de différents ateliers, conférences plénières, tables rondes, ou même de discussions dans des stands, seront :

 

 

  • La mobilité et la gestion des transitions professionnelles : les jeunes vont être obligés, au cours de leur vie, de changer entre 10 et 15 fois de lieu de vie et au moins 5 fois de métier, ils auront forcément à franchir des transitions professionnelles. La mobilité peut être un moyen de passer ces transitions, mais aussi de faire fructifier l’avenir professionnel.
  • Les compétences que développe la mobilité : linguistiques, méthodologiques, comportementales. Tout le monde est d’accord pour dire que la mobilité, c’est bien, mais pas nécessairement de manière précise et concrète.
  • L’impact de la mobilité sur le plan de la personne : sur le plan psychologique, de l’estime de soi, de la manière d’être, de l’initiative...

 

 

TLE : Qui peut y participer ?

 

J.B. : Le congrès est ouvert à tous moyennant inscription. Plus spécifiquement, nous pensons attirer les personnes du monde éducatif au sens large, du monde professionnel qui par un biais ou un autre sont concernées par l’idée de mobilité : personnes du monde de l’enseignement primaire au supérieur, de l’entreprise… nous attendons environ 300 personnes, puisqu’au-delà nous serions en manque de place !

 

 

TLE : Combien de jeunes profitent aujourd’hui d’une expérience de mobilité européenne ?

 

J.B. : Nous avons dévoilé le 1er juin, lors d’une conférence de presse avec la Ministre Valérie Pécresse, les derniers chiffres de la mobilité Erasmus pour l’année 2008-2009 : la France a fait partir 28 283 jeunes et devient le premier pays en Europe pour la mobilité sortante, devant l’Allemagne, l’Espagne. C’est la première fois depuis 10 ans que la France prend la tête de ce palmarès.

28 283 Français ont effectué un séjour Erasmus en 2008 - 2009

 

On peut y ajouter quelques milliers d’étudiants de master ou de doctorat qui profitent du programme Erasmus Mundus.

 

Au total, sur l’ensemble des programmes (Comenius, Erasmus Mundus, Leonardo da Vinci, Grundtvig…), nous avons fait partir l’an dernier 82 000 jeunes en mobilité organisée, structurée, et financée par les tutelles françaises.

 

Ainsi, quand on parle de "l’esprit" mobilité, qui insuffle aux jeunes l’idée de la mondialisation, d’européanisation, on voit que le concept est en train de prendre.

 

 

TLE : Comment peut-on augmenter ce nombre ?

 

J.B. : Je ne suis pas convaincu qu’il faille imposer, comme certains acteurs le souhaitent, la mobilité dans certains cursus ou formations. Tout ce qui en France est imposé est assez contre-productif. Par contre, il faut vraiment développer, et je le redis (c’est notre slogan de l’année !) "l’esprit mobilité". C’est par ce biais que l’on développe le goût de la mobilité : faire que ce soit un phénomène incontournable, que les jeunes considèrent que comme boire, manger, la mobilité est une évidence…

 

Les jeunes sont de plus en plus convaincus que l’Europe d’aujourd’hui n’est plus celle des pays refermés sur eux-mêmes, mais un grand ensemble structuré et organisé. Je demandais l’autre jour naïvement à un jeune bulgare comment il percevait l’ère post-communiste. Il m’a regardé avec de grands yeux en me disant : "je n’ai jamais rien connu d’autre que l’Europe, je suis Bulgare mais avant tout Européen, le reste c’est pour moi de la littérature".

 

Cela préfigure bien ce que ressent la jeunesse aujourd’hui. Le problème des langues n’en est plus un, tout le monde parle ou annone en Anglais et même en d’autres langues.

 

Evidemment, il y a encore un certain nombre de freins, il ne faut pas être utopiste et rêveur. Tout d’abord il y a des freins financiers à la mobilité, elle coûte cher. Les bourses Erasmus (auxquelles on peut ajouter les bourses sur critères sociaux) sont de l’ordre de 200 euros par mois, alors qu’on sait que la moindre mobilité coûte au moins 1000 euros mensuels. Et on est confronté à un dilemme : soit l’on augmente de manière significative cette bourse au détriment de leur nombre, soit l’on finance beaucoup plus de personnes, ce qui donne à chacun l’envie de partir : la politique envisagée souhaite concerner un maximum de monde.

 

A côté, on réfléchit à des cofinancements de la mobilité, par des régions, des chambres de commerce et d’industrie, des associations…

 

Un autre frein, qui consiste à penser qu’un séjour de mobilité est un semestre ou une année de rupture et qui était bien réel, a été progressivement levé par le processus de Bologne. Aujourd’hui, même s’il reste parfois quelques obstacles (surtout psychologiques de la part de certains professeurs), globalement l’équivalence des diplômes est reconnue à l’échelle du continent.

 

Enfin, quelques obstacles résident, comme le caractère un peu casanier de certaines cultures, le fait que les Français soient moins tournés vers les langues que d’autres… mais là encore tout évolue. Il ne faut pas regarder la problématique de la mobilité à l’échelle de 5 ou 10 ans, mais sur un demi-siècle : l’Europe ne se fera pas en 10 ou 20 ans. Si nous pouvions nous donner rendez-vous dans 50 ans, vous verriez très certainement que la notion d’Europe, de perméabilité complète des frontières, aura acquis un statu quasi-absolu.

 

 

TLE : Quels sont les autres projets de l’agence 2e2f ?

 

J.B. : L’agence, que j’ai l’honneur de diriger depuis un an, est en train de se réorganiser. Jusqu’à présent et pour son équilibre, c’était surtout un opérateur de moyens, avec une gestion équilibrée des deniers publics et européens.

 

Dans la conjoncture actuelle, et à la demande des ministres qui nous soutiennent, il nous semble devoir ajouter à l’agence une mission de développement : il faut "évangéliser" (c’est un terme que j’emploie souvent !) la jeunesse et tous les publics, ce qui nécessite d’avoir des axes forts de développement. Dans ce cadre, un département de développement sera mis en place à l’agence dès la rentrée.

 

Nous avons ensuite, à la demande du président de la Commission José Manuel Barroso, la responsabilité d’organiser le grand événement "Youth on the move" (la jeunesse en mouvement), qui sera basé sur deux pays : la France à Bordeaux, et la Hongrie à Budapest. Cette journée mobilisera entre 10 et 20 000 jeunes dans les rues, pour un événement festif autour de la mobilité, de la connaissance, à travers la musique, les arts, la culture. C’est un peu un "Woodstock" 2010 (sans les excès !), où la mobilité sera au cœur de la fête.

 

Enfin, l’agence va développer, à la demande du secrétaire d’Etat à l’emploi Laurent Wauquiez, un grand travail autour de la mobilité des apprentis en alternance. Nous allons développer des synergies avec l’ensemble des partenaires : l’APCM, les chambres de commerce et d’industrie… l’un des objectifs est de créer un guichet unique (mais pas géographique) de la mobilité. Force est de constater que la mise en mobilité relève malgré tout d’un grand labyrinthe et d’un maquis indéniables, c’est compliqué, il faut s’y prendre très en avance, ce n’est pas toujours facile de se repérer. Donc la notion de guichet unique va renvoyer à cette voie de facilitation. Un guichet unique rassemblerait ainsi dans un même endroit l’ensemble des modalités et des informations nécessaires pour les jeunes.

 

 

En savoir plus :

 

Congrès mobilité internationale : la lettre et l’esprit - Agence Europe Education Formation France

Site internet de l'Agence Europe Education Formation France

L'Europe de l'éducation et de la formation - Touteleurope.fr