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Janusz Lewandowski : "L'Europe doit investir pour promouvoir la croissance et l'emploi"

Actualité 03.03.2011

Faut-il réduire le budget européen pour que l'Union fasse, à l'image des Etats membres, preuve d'austérité, ou au contraire l'augmenter pour relancer la compétitivité comme le demandent de nombreux eurodéputés ? Par quelles ressources le financer ? Comment éviter une Europe à deux vitesses ? Toute l'Europe a posé toutes ces questions au Commissaire européen chargé du Budget, Janusz Lewandowski. Découvrez ses réponses.

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Touteleurope.eu : La Commission européenne va présenter fin avril sa proposition de budget pour 2012. Vous préconisez une économie de 40 milliards d'euros. Quel genre de propositions faites-vous pour réduire ce budget ?

Janusz Lewandowski : Nous sommes à mi-chemin d'une procédure budgétaire annuelle que l'on peut désormais qualifier de tout à fait ordinaire puisque c’est la deuxième fois que nous réalisons cet exercice dans le cadre du traité de Lisbonne. Mais au-delà de l’aspect institutionnel, il y a le contexte économique et les temps difficiles que vivent les États membres.

Ceux-ci nous demandent que la proposition que nous présenterons le 20 avril soit très modeste, plus particulièrement en ce qui concerne les dépenses de fonctionnement, cible la plus facile des critiques visant le budget, mais aussi le projet européen. C'est pourquoi j'ai adressé une lettre à mes collègues de la Commission ainsi qu'aux autres institutions leur rappelant de faire preuve de la plus grande rigueur dans leur planification des dépenses de fonctionnement. Il y va de notre crédibilité.


Touteleurope.eu : Comment la Commission européenne négocie-t-elle avec les États membres ?

Janusz Lewandowski : Depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, les "deux bras" de l’autorité budgétaire comme on dit dans notre jargon, à savoir le Conseil – entendez les États membres – d'un côté et le Parlement européen de l'autre, sont sur un pied d’égalité. Le traité a également introduit le principe d’une seule lecture pour ces deux institutions. Chacune doit dès lors se montrer particulièrement responsable avant que n'intervienne la procédure de conciliation au mois de novembre.

En 2010, pour la première fois depuis 1984 cette procédure n’a pas abouti et cet échec s'il reflétait la tension entre les parlements et les gouvernements, témoignait aussi de l’âpreté des négociations financières. Heureusement, cette année, la procédure devrait avoir un tour moins politique et la conciliation devrait cette fois-ci aboutir sans passer par un nouveau projet de budget, nous évitant ainsi la pression de l'exercice précédent.


Touteleurope.eu : Certains députés estiment que les mesures d'austérité réduisent la compétitivité. Pensez-vous que l'UE doit augmenter son budget en vue de stimuler la compétitivité ?

Janusz Lewandowski : Il faut bien entendu des lignes budgétaires derrière les déclarations politiques. Le budget est le pendant chiffré de la politique. Des déclarations politiques sans budget ne sont que des vœux pieux. Ce dont nous devons être conscients, selon moi, c'est que l'on ne peut transférer telle quelle la logique régissant un budget national au budget européen.

Le budget européen est un budget sans déficit. L'UE n'a pas d'endettement. On ne peut nous reprocher une mauvaise gestion au niveau national. Certains pays, dont je tairai le nom pour ne pas les embarrasser, affichent un déficit budgétaire de plus de 140 milliards d'euros, soit l'équivalent du budget européen ! Mais, une chose encore plus importante en ce qui concerne la logique budgétaire européenne est l'échéancier de sa mise en œuvre. Les années 2007 et 2008, qui étaient les deux premières années du cadre de programmation pluriannuelle courant, ont été pratiquement perdues et les résultats en étaient difficilement visibles à un stade aussi précoce.

Aujourd’hui, les projets engagés viennent progressivement à échéance et les demandes de paiement affluent aujourd’hui de 27 pays, tant à l'est qu'à l'ouest, au nord qu’au sud. Nous ne pouvons en aucun cas faire défaut, nous perdrions toute crédibilité. Ces paiements vont aller croissant en 2011, 2012 et 2013 à mesure que les projets arrivent à échéance. Et cela, les gouvernements ont beaucoup de difficultés à le comprendre.


Touteleurope.eu : Que pensez-vous du "pacte de compétitivité" franco-allemand ? Comment pourrions-nous éviter une Europe à deux vitesses ?

Janusz Lewandowski : C'est un paradoxe. Étant moi-même né derrière le Rideau de fer, je sais combien le parcours de l'adhésion a été difficile pour des pays comme la Pologne, la République tchèque ou encore la Hongrie. La zone euro doit se doter de règles propres, bien plus rigides qu'auparavant afin d'éviter les crises comme celle que nous connaissons aujourd’hui.

C'est une des leçons de la crise et il est important pour l'Union européenne d’en tirer des enseignements. La crise pourrait être un catalyseur de changement. Mais pour nous, pays extérieurs à la zone euro, cela signifie que nous sommes en quelque sorte "sur le pas de la porte", avec le risque que le processus décisionnel de l'Union européenne soit l'affaire de 17 États membres. Voilà pourquoi je conseillerais à Prague ou à Budapest d'être partie prenante à ce mécanisme décisionnel, de contribuer sur une base volontaire au mécanisme anti-crise afin de ne pas rester à l’écart et d'éviter l’émergence d’une Europe à deux vitesses.


Touteleurope.eu : Quel genre de nouvelles ressources pourraient financer le budget de l'UE ?

Janusz Lewandowski : J'ai visité les capitales européennes pour sonder les sentiments des acteurs concernés, grands ou petits. Nous savons qu’en période d'austérité, il y a une nécessité impérieuse de réduire la contribution directe des budgets nationaux au budget européen. Ce n'est cependant pas toujours possible car le traité de Lisbonne a institué de nouvelles compétences.
Les dépenses de fonctionnement ne représentent que 6 % du budget, les 94 % qui restent sont donc dépensés ailleurs qu’à Bruxelles, dans les 27 pays, pour financer les petites et moyennes entreprises, les bourses Érasmus et les programmes de formation tout au long de la vie par exemple.

Il est important d'ouvrir le débat sur le financement en s’interrogeant sur la façon de trouver pour le budget européen de nouvelles ressources qui correspondent davantage à l'esprit des traités et également à la vision des pères fondateurs.

Je suis parfaitement conscient que la question est sensible. Je sais que le Parlement souhaite que la Commission présente la proposition. Nous en sommes maintenant au dernier niveau de l'analyse technique, une analyse d'environ 200 pages qui touche la fiscalité, les ressources propres, le commerce, les programmes de réduction des émissions de CO2 et la TVA. En juin, dans le cadre d'une proposition pour l'avenir, pour l'Europe d'après 2013, nous devons présenter des pistes pour de nouvelles ressources propres. Je prévois des débats houleux, mais je suis favorable à des discussions ouvertes, sans tabous.

Nous venons avec des propositions qui portent entre autres sur de nouvelles ressources propres ; elles ne remplaceront évidemment pas entièrement les contributions nationales. Les contributions nationales sont la part stable du budget – c'est un autre enseignement du passé − mais de nouvelles ressources peuvent apporter un complément qui soulagera utilement les ministres des finances nationaux en période d'austérité. C'est tout ce qu'il y a à dire sur les nouvelles ressources.


Touteleurope.eu : Quelles seront les principales priorités du budget de l'année prochaine ?

Janusz Lewandowski : Le projet européen devrait aujourd'hui être axé sur la compétitivité, la croissance et l'emploi, ce qui s'accorde fort heureusement avec la nature du budget européen. Les budgets nationaux sont, par nature, davantage tournés vers les transferts sociaux. Ils obéissent à une logique de programmation annuelle.

Le budget européen et son cadre de programmation pluriannuel sont davantage orientés vers l'investissement en vue de promouvoir la croissance et l'emploi. Il nous faut des investissements. Nous avons besoin de l'effet de levier du projet européen. Coopérer est indispensable. Je crois que ce sont sur ces dimensions que nous devons absolument nous concentrer dans les années à venir.



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