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Jacques Dermagne: "la sortie de la crise financière ne peut se faire qu'au niveau continental"

Actualité 08.09.2010

Vendredi 10 septembre est organisée au Palais d'Iéna une grande conférence intitulée "Europe 2020 et la France : au-delà de la crise, préparer l’avenir", avec notamment Michel Barnier, Commissaire européen au Marché intérieur et aux Services. Jacques Dermagne, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) revient pour nous sur les enjeux de la stratégie Europe 2020.

Toute l'Europe : Pourquoi le CESE a-t-il choisi d'accueillir la conférence "Europe 2020 et la France : Au-delà de la crise, préparer l’avenir"?

Jacques Dermagne : Il y a plusieurs raisons. Je citerai d'abord notre implication dans ce qui touche aux problèmes de l'Europe qui nous a amené, il y a 10 ans,  à créer une délégation pour l'Union européenne. Elle est permanente et transversale et inspire l’ensemble des travaux du CESE.

En second lieu, nous sommes évidemment préoccupés par la capacité de la France et de l’Europe à surmonter une crise dont les manifestations sont multiples et successives (crise financière, crise économique et sociale, crise des finances publiques).  

Nous avons donc décidé, au début de cette année, de nous saisir des perspectives d’avenir de la France par rapport à cette crise. Dans nos analyses et nos préconisations nous avons évidemment privilégié la dimension européenne et solidaire dans les réponses aux graves difficultés que nous traversons.

Dans ces conditions, vous comprendrez que l’accueil d’initiatives en lien étroit avec le projet européen fasse partie du quotidien de cette assemblée.

J’ajouterai que les représentants de la société civile doivent s’impliquer dans la construction européenne d’autant plus fortement que la "société politique" n'a pas forcément brillé par son efficacité dans ce domaine au cours des dernières années. La tendance a plutôt été de renationaliser des problèmes essentiels alors que l’on savait pertinemment que les solutions se trouvaient au niveau communautaire. Par conséquent, des institutions comme les Conseils économiques et sociaux ont tout intérêt à se rapprocher des structures associatives investies dans le devenir de l'Europe afin de faire prévaloir le projet d'une Union européenne cohérente et puissante sur le terrain économique et social.

Voici tout ce qui nous amène à accueillir volontiers cette conférence.

Toute l'Europe : Par rapport à la stratégie 2020, est-ce que ce type de stratégie européenne et ambitieuse est nécessaire pour améliorer notre situation économique ?

Jacques Dermagne : Nous ne sortirons pas nos pays de cette crise de manière isolée. Cela ne peut se faire qu'à l'échelle continentale. En fait, les solutions seront mondiales. Ce ne seront pas l'Allemagne, la France, l'Angleterre ou l'Espagne qui, seules, influenceront la mise en place d'une gouvernance mondiale qui permettra d'éviter les aberrations que nous avons subies dans le domaine financier. C’est bien à l’échelle continentale que se joue la capacité à influencer une politique mondiale qui porterait à une gouvernance mondiale.

Je suis absolument convaincu que la crise larvée que nous vivons n'a de chance d'être maîtrisée que si nous sommes Européens et que les grands pays de ce continent travaillent ensemble. Sinon, nous serons définitivement surclassés  par des pays qui effectuent un rattrapage spectaculaire et qui aujourd’hui font la course en tête en s’appuyant sur leur force démographique et leur génie productif.

Toute l'Europe : Quelles sont les différences pour vous entre la stratégie 2020 et celle de Lisbonne?

Jacques Dermagne : La stratégie de Lisbonne n'a pas eu de très bons résultats parce que les gouvernements l'ont utilisée comme un prétexte plutôt que comme un vecteur de progrès. Il y a eu parfois, de la part des Etats de bonnes raisons de voir la stratégie de Lisbonne réalisée a minima.

Ceci étant dit, même si les buts affichés n'ont pas été atteints, beaucoup d’éléments positifs sont à retenir notamment en ce qui concerne la promotion de la recherche et l’innovation. La nouvelle stratégie à l'horizon 2020 s’inscrit évidemment dans la continuité de la précédente mais elle apparaît aussi plus pratique et plus proche des citoyens.

Donc notre responsabilité à la tête d'une institution comme le Conseil économique, social et environnemental, est d'accompagner cette nouvelle stratégie moins incantatoire, plus concrète, en espérant que cette fois les responsables politiques qui comptent en Europe la soutiendront jusqu’au bout.

Toute l'Europe : Que pensez-vous de la question de la mise en place d'un impôt européen, idée présentée par un Commissaire européen et soutenue par des eurodéputés (Gilles Savary, Alain Lamassoure,...) ?

Jacques Dermagne : Il y a cinq ans, le Conseil économique, social et environnemental a voté un avis,  présenté par M. Georges de La Loyère qui allait dans le sens d’une autonomie budgétaire renforcée pour l’Union européenne, par l’augmentation de la part des ressources propres. Ce n’est sans doute pas la solution à tous les problèmes mais ce serait un facteur de dynamisme indéniable. Surtout, une telle réforme ferait naître une citoyenneté fiscale européenne qui conduirait sans doute les gens à mieux identifier les réalisations de l’Europe pour leur vie quotidienne.

Oui nous y sommes favorables.  D'autant plus que cet avis avait été voté à une large majorité des organisations représentées au Conseil.

Toute l'Europe : Comment prenez-vous en compte la dimension européenne de vos travaux?

logo du Conseil économique, social et environnementalJacques Dermagne : L'organisation d'une institution comme la nôtre fait que nous traitons des affaires financières, sociales, internationales, de l'aménagement du territoire... Chaque instance de travail spécialisée peut très bien vivre, enfermée dans son domaine et de surcroît avec une vision plutôt hexagonale des choses.

C’est précisément ce que nous avons voulu éviter lorsque nous avons créé, il y a dix ans, une délégation pour l'Union européenne. Nous lui avons donné le pouvoir d'intervenir dans toutes les sections spécialisées pour veiller, sur chaque dossier, à la prise en considération de la dimension européenne en termes politiques et juridiques.  Cela s’est traduit par un véritable enrichissement des travaux de notre Institution.

Toute l'Europe : Avez-vous un lien avec le Conseil économique et social européen, l’autre "CESE" ?

Jacques Dermagne : Nous avons des relations suivies, même si nous n'avons pas formellement de lien organique avec lui. Cependant, le gouvernement français a veillé à ce que nous ayons un représentant au Comité économique et social européen. Dans le passé, le Président y était désigné. Mais comme sa présence à Bruxelles était difficilement compatible en termes d’agenda avec ses responsabilités à Paris, j'ai préféré, après ma prise de fonctions, faire en sorte que ce soit la présidente de la délégation à l'Union européenne qui représente notre institution au Comité.

Nous avons donc ce lien permanent et régulièrement, nous réalisons des opérations conjointes sur des sujets européens ou mondiaux. Je pense qu'on peut encore faire mieux. Un des problèmes actuels est qu'aucune décision n'a été prise pour que les membres du Comité européen viennent des CES nationaux. Il est vrai que deux grands pays en Europe sont dépourvus de CES ou d’institutions similaires. L'Angleterre où il a été supprimé dans les années quatre-vingt par Mme Thatcher qui craignait qu’il ne gêne la mise en oeuvre de sa politique et l’ Allemagne qui n’a pas retrouvé le Conseil économique de la République de Weimar dans sa Constitution actuelle...

En tous les cas, nous efforçons d'être omniprésents en multipliant les contacts avec les représentants des autres pays.


En savoir plus :

 

lire l'interview de Mme Houtman, de la Représentation  en France de la Commission européenne.

lire l'interview de Mme Lenoir, présidente de l'Institut de l'Europe d'HEC.

présentation de la conférence sur le site de la représentation en France de la Commission européenne

http://www.hec.fr/Institut-de-l-Europe/le site du Conseil économique et social

Europe 2020 : une stratégie pour une croissance intelligente, durable et inclusive - Touteleurope.eu

présentation de la stratégie Europe 2020 - site de la Commission européenne