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Investissement : succès pour le plan Juncker en 2017

Actualité 26.01.2018 Jules Lastennet

Le plan d'investissement de l'Union européenne, également appelé "plan Juncker", poursuit son rapide déploiement et devrait atteindre l'objectif de 315 milliards d'euros d'ici à juillet prochain. C'est ce qu'a annoncé la Banque européenne d'investissement, bras financier de l'UE, lors de la publication de son bilan pour l'année 2017, le 18 janvier dernier. Présenté comme un "succès" par Ambroise Fayolle, vice-président de la Banque, le plan Juncker va être prolongé jusqu'en 2020 et son objectif porté à 500 milliards d'euros.

Jean-Claude Juncker

Jean-Claude Juncker - Crédits : Parlement européen

257 milliards d'euros

Au 1er janvier 2018, le plan Juncker a permis de lever un total de 257 milliards d'euros au sein de l'Union européenne. Ce chiffre représente exactement 82% de l'objectif de 315 milliards d'euros, à atteindre d'ici juillet prochain.

Pour reprendre les mots de la Banque européenne d'investissement (BEI), bras financier de l'UE, le déploiement du plan est donc "dans les clous". Ce qui n'avait rien d'une évidence en 2015 au moment de son lancement. La mise initiale des Européens de 21 milliards n'était en effet pas jugée suffisante pour, in fine, permettre d'atteindre l'objectif de 315 milliards, soit un effet de levier de 1 à 15.

Deux ans et demi plus tard, le scepticisme est donc levé. Au total, la BEI a ainsi approuvé plus de 51 milliards d'euros de financements dans le cadre du plan Juncker depuis septembre 2015, soutenant 717 opérations.

Qu'est-ce que le plan Juncker ?

La France apparaît à cet égard comme le premier bénéficiaire en volume, avec 8,7 milliards de financements reçus. Le pays devance l'Italie (6,6 milliards) et l'Espagne (5,6 milliards). Plus de la moitié de ces financements en France ont été réalisés au cours de la seule année 2017, ce qui illustre une "montée en puissance sensible" du plan Juncker, a fait valoir Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI.

Changement culturel

D'autant plus que le plan d'investissement européen a permis de toucher un vaste spectre de secteurs économiques, qui n'étaient pour la plupart pas concernés par l'action de la BEI par le passé. De fait, comme l'explique M. Fayolle pour Toute l'Europe, la Banque était jusqu'ici "habituée à faire des projets de grande taille à faible risque". Désormais, elle participe également à "des projets de plus petite taille avec un niveau de risque plus élevé". Pour le vice-président de la BEI, il s'agit d'un "changement culturel majeur" pour l'institution, qu'il convient de voir comme un "succès très fort".

La Banque européenne d'investissement

75% des opérations réalisées par la BEI dans le cadre du plan Juncker en 2017 en France l'ont ainsi été avec de nouveaux clients. Ces derniers viennent aussi bien de l'industrie que de la culture, avec un nombre croissant de petites et moyennes entreprises (PME) et d'entreprises de taille intermédiaire (ETI) concernées.

Au cours des mois à venir, l'accent pourrait également être mis sur la formation, un autre secteur qui ne relève traditionnellement pas du champ d'action de la BEI. Dans le cadre du plan Juncker, la Banque intervient déjà dans ce domaine. En 2017, c'est 1,15 milliard d'euros qui a été débloqué pour les collèges et les lycées, notamment de Seine-Saint-Denis et de Paris, ainsi que 445 millions d'euros pour les campus de Lorraine, d'Aix-Marseille, de Toulouse, de Montpellier, de Bordeaux et de Saclay. Et à l'occasion du sommet consacré aux droits sociaux, de Göteborg (Suède) en novembre dernier, Emmanuel Macron a fait part de sa volonté d'utiliser davantage le plan d'investissement européen dans cette direction. Une perspective qui suscite un grand intérêt à la BEI, assure Ambroise Fayolle.

Les principaux bénéficiaires du plan Juncker, en volume

Spécificités nationales

Dans un pays comme la France, outre un soutien aux PME et ETI ainsi qu'à la formation, le plan Juncker a principalement été utilisé dans la lutte contre le changement climatique et pour l'innovation. Le développement des énergies renouvelables, les opérations d'amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments, ou encore le soutien à la recherche et développement des entreprises font partie des projets les plus récurrents parmi ceux approuvés en France.

Les biotechnologies ont par exemple bénéficié des capacités de financement de la BEI, particulièrement pour "sécuriser le financement de la recherche et développement", indique Ambroise Fayolle. "Ce sont des projets qu'on ne finançait pas avant et qui sont stratégiques pour la croissance de demain", ainsi que "pour garder nos pépites en Europe", explique-t-il encore.

Cette configuration n'est cependant pas la même partout en Europe. En effet, alors que les pays scandinaves ont recours au plan Juncker également pour le développement des énergies renouvelables et l'Allemagne pour financer l'innovation, les pays méditerranéens ont pour leur part davantage besoin de compenser les faibles capacités de prêt des banques aux PME. Cette diversité démontre "que la BEI n'impose pas ses priorités", en conclut Ambroise Fayolle, qui souligne également que le plan d'investissement touche l'ensemble du territoire européen et n'est pas réservé aux pays dont l'économie est déjà robuste.

Par rapport au niveau de richesse des pays, le plan Juncker a en effet principalement bénéficié à l'Estonie, à la Grèce, à la Bulgarie, au Portugal et à l'Espagne. Première bénéficiaire en volume, la France descend alors à la 11e place en Europe, tandis que l'Allemagne se trouve en bas de la liste. En revanche, d'autre Etats membres moins prospères comme Chypre et la Roumanie apparaissent aussi parmi ceux ayant reçu le moins de fonds.

Des subventions aux garanties

Dans ce contexte, la prolongation du plan jusqu'en 2020 apparaît logique. A cet horizon, l'objectif sera d'avoir permis un total de 500 milliards d'euros de financements, et donc de poursuivre le rattrapage du déficit d'investissements accumulé depuis la crise de 2008 et pas encore résorbé une décennie plus tard.

Feu vert pour le plan Juncker 2.0

La réussite du plan Juncker pourrait à cet égard être une source d'inspiration pour les institutions européennes. Comme le résume Ambroise Fayolle, nous sommes en effet passés "d'un environnement de subventions à un environnement de garanties". Un changement de paradigme qui porte ses fruits, à en croire le vice-président de la BEI, car il permet de lever davantage de fonds auprès des investisseurs. Ces derniers sont incités à s'engager dans la mesure où les premières pertes éventuelles ne leur reviennent pas et sont assumées par la BEI.

Un nombre croissant de régions européennes sont par conséquent tentées d'adapter ce fonctionnement aux fonds structurels de l'UE. En France, c'est notamment le cas de l'Occitanie ou encore de la Réunion. Le système, particulièrement "efficace pour les PME ou le secteur agricole" précise Ambroise Fayolle, est donc susceptible de se généraliser dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel européen pour la période 2021-2027, qui suscite d'ores et déjà d'intenses discussions.

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