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Ingrid Hedström: "le scrutin du 19 septembre sera historique quel que soit le résultat pour la Suède"

Actualité 14.09.2010

A l'occasion d'un petit-déjeuner de presse organisé par l'ambassade de Suède, Touteleurope.eu a interrogé Ingrid Hedström sur les élections législatives qui se dérouleront le dimanche 19 septembre 2010 en Suède. Pour cette journaliste du quotidien Dagens Nyheter, ce scrutin sera, quel que soit le résultat, historique.

Touteleurope.eu : Quels sont les grands enjeux du scrutin du 19 septembre ?

Ingrid Hedström: Il peut sembler un peu banal de se dire que le principal enjeu est de savoir qui va gouverner la Suède. Pourtant cette fois, le choix entre les deux alternatives a vraiment une dimension historique. Il y a beaucoup de "première fois" potentielles dans le scrutin du 19 septembre.

C'est la première fois que deux coalitions s'opposent. Si la coalition rouge-verte gagne, la Suède aura à sa tête pour la première fois une femme, Mme Mona Sahlin, la présidente du parti social-démocrate. Si l'opposition de gauche gagne, les sociaux-démocrates le feront pour la première fois en coalition. De même, l'ancien parti communiste, le parti de gauche, entrerait pour la première fois au gouvernement.

Gauche: Socialdemokratiska Arbetarepartiet (SAP) : sociaux-démocrates / Vänsterpartiet (Vp) : ancien parti communiste suédois / Miljöpartiet de Gröna (MP) : verts.
Ces trois partis composent la coalition rouge-verte.

Droite:
Moderata Samlingspartiet (M) : parti modéré classé à droite / Folkpartiet Liberalerna : parti populaire libéral (Fp) / Kristdemokraterna (KD) : parti chrétien-conservateur / Centerpartiet (C) : parti du centre.
Ces quatre partis forment "l'Alliance".

Au contraire, si le gouvernement de centre-droit l'emporte, cela pourrait marquer vraiment la fin de la longue période d'hégémonie sociale-démocrate. Enfin, cela pourrait être la première fois que l'extrême-droite entre au Parlement, le Riksdag. Cela pourrait bouleverser beaucoup de choses, surtout si les petits partis de la coalition de centre-droit, l'Alliance, n'obtiennent aucun député en dépassant pas les 4% des voix.

Quant au sujet de débat dominant, c'est de savoir qui sera le meilleur pour gérer l'économie suédoise pour que l'emploi augmente et que le chômage baisse. C'est le principal thème de cette élection.


Touteleurope.eu : Quel est le bilan du gouvernement de centre-droit en place depuis 2006 ?

I. H. : c'est un bilan étonnamment positif. C'est seulement la troisième fois que nous avons un gouvernement de centre-droit en Suède depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Les deux expériences précédentes ont été marquées par leur incapacité à gérer. A chaque fois, il est vrai qu'ils avait dû faire face à une crise économique internationale et n'avaient pas su gérer au mieux la situation.

Cette fois, au contraire, le gouvernement a très bien su faire face à la crise selon la Commission européenne. En mai, la Suède a eu la meilleure croissance de l'UE ainsi que les meilleures finances publiques. C'est un bilan positif.

L'opposition n'est évidement pas d'accord avec ce diagnostic ... Pour eux, il y a eu notamment une augmentation des clivages sociaux. Surtout avec le durcissement de l'octroi des aides pour les chômeurs et les personnes en longue maladie.


Touteleurope.eu : En France, on a souvent l’image d’un débat politique suédois très consensuel. L’opposition sociale-démocrate et des Verts propose-t-elle une réelle alternative ?

I. H. : Pas vraiment. Sociologiquement et psychologiquement, les Suédois préfèrent le consensus à la confrontation. Mais cette fois, le scrutin va être très serré. Les deux coalitions se disputent les électeurs indécis du centre. Ce sont des électeurs des grandes villes et de classe moyenne.

Les programmes des deux coalitions se ressemblent beaucoup : diminuer la taxe sur la restauration, diminuer les impôts pour les retraités... Il y a peu de propositions très différentes.


Touteleurope.eu : Cela va donc se jouer plus sur les personnalités que sur le programme des partis ?

I. H. : Les deux blocs se ressemblent tellement sur les programmes que cela va se jouer sur la personnalité du meilleur candidat au poste de Premier ministre. Ce n'est d'ailleurs pas à l'avantage de la coalition rouge-verte avec à sa tête Mona Sahlin. La présidente des sociaux-démocrates suscite énormément de méfiances, mais cela s'explique difficilement.

Au contraire, l'actuel Premier ministre Fredrik Reinfeldt (leader du parti Modéré, principal parti de l'Alliance) inspire énormément de confiance. Même chez les électeurs de gauche si l'on en croit les sondages.


Touteleurope.eu : Quelles seraient les conséquences pour l’Union européenne du maintien ou non de l’actuelle coalition au pouvoir ? Y a-t-il un consensus sur les questions européennes ?

I. H. : On peut se poser la question quant à la coalition rouge-verte. En son sein, le Parti de gauche a toujours dans son programme la sortie de la Suède de l'Union européenne. Les Verts avaient la même position jusqu'à leur dernier congrès en 2008 avant de changer radicalement de position. Ces deux formations étaient marquées comme anti-européennes jusqu'à il y a encore peu.

Pourtant, je ne prévois pas de changements importants dans la politique européenne de la Suède. Tout d'abord, il y a quand même un consensus étonnamment grand sur plusieurs questions européennes. Sur l'adhésion de la Turquie, tous les partis sont en faveur de l'arrivée de ce pays dans l'Union européenne.

Le consensus le plus grand dans la politique suédoise se situe par ailleurs sur la question du besoin d'une grande réforme de la politique agricole commune.

Avec un gouvernement rouge-vert, la Suède restera sur sa ligne en faveur d'une Europe libre-échangiste. Il faut noter que dans leur accord de coalition, les sociaux-démocrates ont imposé aux deux autres composantes d'accepter par écrit les dispositions du traité de Lisbonne, alors qu'elles étaient clairement contre.


Touteleurope.eu : Les questions européennes ne sont donc pas un marqueur important dans cette élection ?

I. H. : Non, parce qu'on ne discute presque jamais de l'Europe dans les élections parlementaires suédoises. C'est une question qui divise par trop tous les partis en leur sein, même les Modérés.

Le seul parti pro-européen est le parti libéral. Leur chef, Jan Björklung, est le seul a avoir introduit dans le programme de son parti une question européenne : il a proposé qu'il y ait un référendum sur l'euro durant la prochaine législature. Mais il est vraiment isolé sur cette question.



En savoir plus

Présentation de la Suède - Touteleurope.eu

La carte des élections en Europe - Touteleurope.eu

Site de l'ambassade de Suède en France