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Immigration : l’Europe vers un accord avec l’Afrique du Nord

Actualité 21.08.2017

Le mini-sommet qui s'est déroulé à Paris le 28 août a marqué un premier pas vers un accord entre l’UE et l’Afrique du Nord. Quatre pays européens et trois pays africains se sont réunis pour discuter du contrôle des flux de migrants et de réfugiés qui traversent la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Alors que la France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne souhaiteraient la mise en place d’un accord semblable à celui qui a été ratifié au printemps 2016 avec la Turquie, sa mise en pratique, elle, sera plus difficile. Sans compter que l’Europe demeure partagée au sujet de l’accueil des personnes déjà présentes sur le continent.

Immigration : l’Europe vers un accord avec l’Afrique du Nord

La gestion des flux d’immigration se fera-t-elle en Afrique ?

L’Europe s’est donnée trois missions principales pour avancer sur le sujet brûlant de l’immigration : renforcer la coopération entre les pays européens, procéder à une révision des règlementations du traité de Dublin, mais surtout trouver un accord avec les pays africains pour qu’ils contrôlent, chez eux, les flux de migrants économiques et de réfugiés qui partent vers l’Europe. Ce sont les conclusions du sommet franco-germano-italo-espagnol à Paris, au cours duquel le président Emmanuel Macron a rencontré la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy et le président du Conseil italien Paolo Gentiloni, ainsi que les représentants du Tchad, du Niger et de la Libye. 

Cette réunion confirme et renforce le travail que l'Union européenne a initié depuis l'an passé et qui commence à porter ses fruits dans le sens d'une gestion commune, durable et respectueuse des droits de l'homme, d'un phénomène extrêmement complexe et qui nécessite un partenariat fort.

Federica Mogherini, le 28/08

Dans la déclaration conjointe de neuf pages, signée par les participants, les Européens s’engagent donc à renforcer davantage leur soutien aux pays de transit situés en Afrique, en échange d’un contrôle des flux, comme convenu avec la Turquie au printemps 2016, pour mettre fin à la "route des Balkans". On ne parle plus de "hot-spots" qu’il faudrait créer en Libye, comme l’avait suggéré le président français fin juillet, mais plutôt de "missions de protection" par le biais desquelles, d’après le chef de l'Etat, les autorités du Tchad et du Niger devraient "identifier sous supervision du UNHCR" les ressortissants "qui ont droit à l’asile".

Ce système devra cependant être testé sur le terrain avant que son efficacité ne soit prouvée. Le quotidien italien Il Foglio souligne en effet qu’aucun des trois pays de transit - Libye, Tchad, Niger - ne dispose d’un système de contrôle efficace, comme c’est le cas en Turquie. Après la rencontre d'hier, un nouveau sommet se tiendra en Espagne fin octobre-début novembre pour évoquer le volet "extérieur" de l’immigration, c’est-à-dire la gestion des flux provenant d'Afrique.

Le volet intérieur de la question migratoire : un problème européen

Cependant, du point de vue intérieur, un consensus entre les Etats membres n’a toujours pas été trouvé sur la gestion et la répartition sur le territoire européen des réfugiés et des migrants déjà présents. Les 28 peinent en effet à se mettre à l’unisson pour mener une politique commune efficace face à cette "crise migratoire", telle qu’elle est souvent nommée par la classe politique et les médias.

"La première bataille, c’est de loger tout le monde dignement. Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus. C’est une question de dignité. C’est une question d’humanité et d’efficacité là aussi", déclarait le 27 juillet dernier, le président français Emmanuel Macron. Le président français souhaite la mise en place d’un traitement administratif plus efficace, pour que les "dossiers de demandes d'asile soient traités et réglés en six mois", au lieu d’un an et plus aujourd’hui. Un projet de loi est attendu pour le mois de septembre en France, alors que les camps de migrants continuent d’être évacués. Le 18 août dernier, le camp de la Chapelle situé en plein coeur de Paris a été évacué pour la 35e fois en deux ans.

Et cette question ne se cantonne pas aux frontières de l’Hexagone. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus d'un million de personnes sont arrivées en Europe en 2015 (dont plus de 850 000 via les côtes grecques, venant en large majorité de Syrie, d'Afghanistan et d'Irak). En 2016,  le total d'arrivées s'élève à 387 000 (via la Grèce et l’Italie), tandis qu’en 2017 on atteint, au 20 août, le cap des 125 000 (surtout via l’Italie). Mais si la situation est alarmante, des fractures entre les Etats membres éclatent en plein jour.

Le groupe de Višegrad, réunissant la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie, s’oppose ouvertement aux propositions de Bruxelles qui vont dans le sens de la solidarité européenne. Et plusieurs pays mènent depuis deux ans leur propre politique sur le sujet. Fin 2015, la Hongrie achevait de dresser un mur à sa frontière avec la Serbie pour empêcher l’entrée de milliers de migrants. Au printemps 2016, c’était la route des Balkans qui se clôturait aux migrants alors que la Slovénie décidait de ne plus laisser passer de réfugiés par son territoire. La Croatie, la Serbie et la Macédoine, pays de la route des Balkans qui permettaient de rejoindre l’Europe du Nord, lui avaient emboîté le pas, bloquant de cette manière des milliers de personnes en Grèce, première étape de la route des Balkans.

Cette divergence s’est maintenue en 2017, laissant seuls les pays qui se trouvent "en première ligne" face aux flux de migrants et de réfugiés. De part sa situation géographique, la Grèce demeure l'une des premières portes d'entrée des migrants avec l’Italie, (et dernièrement l’Espagne) au point que, début juillet, les ministres de l'Intérieur italien, allemand et français se sont réunis pour discuter d'une "approche coordonnée" face au cri d’alarme de Rome qui affirmait que les ports italiens étaient sur-sollicités dans l'accueil des migrants et réfugiés. Au début de l'été, le ministre de l'Intérieur italien, Marco Minniti, alancé un appel à ses voisins européens : "Je suis un europhile et je serais fier si même un seul bateau, au lieu d'arriver en Italie, allait dans un autre port. Cela ne résoudrait pas le problème de l'Italie mais ce serait un signal extraordinaire".

L’Espagne connaît également depuis un nouvel afflux important de migrants. D'après les chiffres de l'OIM, 8 183 migrants sont arrivés en Espagne au 6 août 2017. L’année dernière, 2 500 migrants avaient été enregistrés à la même période. "Nous n'entendions pas beaucoup parler de l'Espagne, mais cette année c'est le cas", a déclaré Joel Millman, porte-parole de l'OIM, agence des Nations unies basée à Genève. Le gros du flux de migration continue de passer par l'Italie, mais "l'Espagne pourrait dépasser la Grèce cette année", a-t-il précisé.

Des solutions qui peinent à arriver

Alors que l’Italie appelait à l’aide, elle n’a pas vraiment été entendue au niveau européen (si on exclut le tout récent accord avec les trois pays africains). De même, Malte et Chypre ont été laissées seules face aux réfugiés arrivant sur leurs côtes. Ce manque de solidarité est dû en partie aux règles de Dublin qui prévoient que le pays d’arrivée est considéré comme le pays responsable de l’examen de la demande d’asile. Par conséquent, la très grande majorité des arrivées est enregistrée dans un petit nombre d’États membres comme la Grèce et l’Italie notamment, "ce qui soumet les systèmes d’asile de ces pays de première entrée à une pression énorme et la répartition des responsabilités n’est donc pas équitable", indique un rapport de la Commission européenne.

Pour sortir de cette impasse, des réformes des règles d'accueil des réfugiés ont été engagées, malgré le refus systématique de certains pays comme la Hongrie ou la Slovaquie d’en accueillir, proposant une compensation financière en retour. L’idée de ces réformes est de répartir les réfugiés dans toute l’UE depuis leur point d’arrivée en Europe. C’est ce qui avait été entrepris lors du plan de relocalisation adopté par l'UE en septembre 2015, avec des quotas de répartition de 160 000 réfugiés depuis la Grèce et l’Italie, où sont arrivés plus d'un million de migrants en 2015.

A l’heure actuelle, ce plan n'a cependant permis de répartir que près de 25 000 personnes avec une échéance fixée au mois de septembre 2017. Aussi, un accord conclu en mars 2016 avec la Turquie et la fermeture des frontières le long de la route des Balkans, ont contribué à une réduction du nombre d’arrivées par voie maritime sur les îles grecques de la mer Égée. Cependant, les bateaux provenant de l’Afrique du Nord vers l’Italie ont suivi le rythme des années précédentes, comme l’indique un rapport de Human Rights Watch.

Le sort des réfugiés en Europe

Au total, plus de 1,2 million demandes d'asile ont été recensées dans les pays de l'UE en 2016, soit un nombre proche du record de 1,26 million de 2015, selon Eurostat. Les principales nationalités des demandeurs restent les Syriens, les Afghans et les Irakiens. En raison des conflits et de la situation politique au sein de leur pays, ces trois nationalités sont protégées par le droit international, ce qui signifie que le statut de réfugié leur est accordé "parce qu’il est trop dangereux pour eux de regagner leur pays et qu’ils ont donc besoin de trouver refuge ailleurs", tel que l’explique l’UNHCR. En revanche, ce n’est pas le cas pour les personnes venues principalement d’Afrique du Nord et de l’Ouest ainsi que du Bangladesh qui sont considérées comme des migrants économiques et qui continuent d’arriver en premier lieu en Italie et en Grèce.

L’Allemagne reste toujours de loin le pays qui reçoit le plus grand nombre de demandes d’asile (722 300 en 2016), devant l'Italie (121 200), la France (76 000) et la Grèce (49 000). Elle accueille 60% des demandes d’asile au total (l’Italie en reçoit 10% et la France 6%). Alors qu’Angela Merkel a mis en œuvre un plan d’ensemble et dépensé 21,7 milliards d’euros pour l’accueil des réfugiés et des migrants, la France, de son côté, a consacré un budget de 540 millions d’euros aux demandeurs d’asile, même si Paris, comme son voisin allemand, continue d’affirmer qu'aucun pays ne peut s'exonérer totalement de l'accueil d'un minimum de réfugiés.

L’Europe n’a pas mis en place d’agence européenne des réfugiés, comme elle aurait pu le faire sur le modèle des Nations Unies. Cependant, l’UE alloue 3,1 milliards d’euros aux fond asile, migration et intégration (FAMI) pour la période 2014-2020.

 

Par Giovanni Vale