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"Ils ont pour ambition de changer le monde" : l'épopée européenne de 15 enfants français

Actualité 10.05.2019 Marie Guitton

Avec leur ancienne maîtresse, quinze élèves de Poissy, constitués en "lobby", se sont lancés dans la rédaction d'une "Déclaration européenne des droits de la planète et du vivant". Suivis par France Télévisions et désormais soutenus par la Commission européenne, Le Monde et Touteleurope.eu, leur mouvement s'est étendu à treize autres pays de l'UE, et pourrait aboutir à la présentation d'une charte en octobre prochain, au Parlement européen.

Le lobby de Poissy, le 9 mai 2019 - Crédits : Marie Guitton / Toute l'Europe

Le lobby de Poissy, le 9 mai 2019 - Crédits : Marie Guitton / Toute l'Europe

Ils sont partis à quinze, quinze enfants de Poissy (Yvelines). Et par un prompt renfort de petits Espagnols, Croates, Chypriotes, Polonais ou Suédois, ils pourraient arriver 27 fois plus nombreux à bon port : au Parlement européen, en octobre prochain, avec une "Déclaration européenne des droits de la planète et du vivant".

Le 9 mai, à l'occasion de la Journée de l'Europe, c'est avec leur ancienne maîtresse de CM2 que Soujoud, Yasmin, Thomas ou encore Maélys se sont rendus dans les locaux de France Télévisions, à Paris. A la rentrée 2017, Anaïs Willocq, professeure à l'école élémentaire Montaigne (à Poissy) leur avait proposé de plancher sur la protection de l'environnement. L'une de leurs "propositions de loi" avait été portée devant le parlement des enfants, tandis qu'un concours de BD sur la biodiversité, remporté par la classe, leur avait permis de rencontrer l'astrophysicien Hubert Reeves, en mai dernier.

Un an après, plus rien n'arrête ceux que l'on décrit désormais comme une "classe d'enfants absolument géniaux", des "Gilets bleus très constructifs". Marches pour le climat, réflexions autour de la pollution lumineuse avec une députée des Yvelines… Pour poursuivre leur travail avec leur ancienne maîtresse après leur passage en 6e, ils se sont constitués en junior-association, parrainée par Hubert Reeves et dont Nicolas Hulot est membre d’honneur. Son nom ? "Le lobby de Poissy"… avec la ferme intention de convaincre les décideurs d'endosser leur future "Déclaration des droits de la planète et du vivant". Et pour y parvenir, d'être rejoints par les enfants des 27 autres pays de l'UE.

Le lobby de Poissy est aujourd'hui composé d'une quinzaine d'enfants, la plupart scolarisés en 6e au collège Les Grands Champs de Poissy.
Découvrez ici la série documentaire de 15x 4minutes qui leur est consacrée. Réalisation : Elsa Da Costa-Grangier. Coproduction : Clarté Production & Kizmar Films, avec la participation de France Télévisions.

Quatorze pays participent déjà

Grâce à l'intervention de la productrice Elsa Da Costa-Grangier, qui suit leur épopée sous la forme d'une série documentaire diffusée sur France TV éducation, et avec l'aide de Toute l'Europe, du Monde et de la Commission européenne, d'autres professeurs en Europe ont été sollicités ces dernières semaines. "Ils ont tout de suite accepté, y compris Beata, en Pologne, malgré une grève dans l'éducation nationale", raconte Elsa Da Costa-Grangier.

Le 9 mai, les petits Français ont pu découvrir les premières images tournées chez leurs voisins. "Hello, Hola !" Les enfants de treize autres pays se sont mis, à leur tour, au travail. "La Terre est en vie mais ne parle pas, voilà pourquoi nous devons être sa voix", lancent les élèves croates de Dubrava. "C'est notre responsabilité", ajoutent les petits Portugais. "Nous avons besoin d'un changement", "nous ne voulons pas que notre génération subisse les conséquences de ce qu'a fait la précédente", déclarent les Scandinaves.   

Treize pays ont déjà répondu à l'appel de la France : République tchèque, Portugal, Espagne, Finlande, Suède, Croatie, Belgique, Pologne, IrlandeGrèce, Luxembourg, Lettonie, Chypre.

Tous espèrent qu'une Déclaration pourra être présentée aux eurodéputés en octobre, après les élections, la recomposition de la Commission européenne, et la rentrée des classes. "Ce sont des objectifs immenses pour les enfants !", s'enthousiasme Anaïs Willocq, qui retrouve ses anciens élèves deux à trois fois par mois.

Peuples premiers et technologies

Pour l'heure, dans les pays participants, chaque groupe a choisi ses thématiques de travail : la déforestation, la protection de l'océan, les déchets plastiques… En France, après une rencontre de plus de deux heures et demie avec Nicolas Hulot, les élèves de Poissy ont choisi de mettre l'accent sur la préservation des peuples premiers et l'impact des technologies sur l'environnement.

Le 9 mai, les enfants ont par exemple réfléchi en petits groupes à la question des transports. "Le train c'est mieux que la voiture, parce qu'on peut transporter plus de gens et ça pollue moins", décrète Yasmin, 10 ans, à la table de l'eurodéputée écologiste Karima Delli, présente pour l'occasion. "Il faut favoriser le train, mais comment on fait pour aller en Amérique ?", rétorque Rémy.

Faudrait-il aussi mettre en avant les voitures électriques, dans la future Déclaration ? "Quand on les fabrique, ça pollue beaucoup", hésite Osswa, 11 ans, désignée rapporteure. Après un petit coup de pouce de Karima Delli, consensus est trouvé : "Il faut privilégier, dès qu'on le peut, le train ou le moyen de transport le plus propre."

A une autre table, animée par l'avocat Yann Aguila et Christophe Préault, administrateur de Toute l'Europe, Maélys, 12 ans, propose de "mettre des amendes à ceux qui utilisent trop d'énergies fossiles", et de remplacer ces dernières par des énergies renouvelables. A ses côtés, Joshua explique qu'il faut aussi protéger les peuples premiers car "comme ils vivent là-bas, ils sont plus expérimentés que nous…" Ce sont les "meilleurs gardiens de la nature", précise Philippine, 10 ans.

Recyclage, principe du pollueur-payeur, alimentation plus saine, promotion de la marche à pied, de la trottinette et du covoiturage, clause de non-régression… Dans quelques mois, leurs propositions finales d'articles seront "fusionnées" avec celles de leurs petits voisins européens. La Déclaration européenne des droits de la planète et du vivant pourrait alors être présentée en session plénière du Parlement européen, en présence des délégations de chaque école, et traduite dans les 24 langues de l'Union européenne. "Tous les avenirs sont possibles", sourit Mikaël Meunier, un porte-parole de la Commission. "Ils ont pour ambition de changer le monde."

 

 

Le 9 mai, les élèves de Poissy ont aussi rencontré le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Ils racontent…

Soujoud, 12 ansSoujoud, 12 ans :

"Le ministre nous a accueillis dans une très grande bibliothèque. Des personnes lui avaient un peu parlé de nous. Il savait qu'on était un lobby et qu'on travaillait sur la Déclaration des droits de la planète. On lui a dit ce qu'on voulait [la mise en place de projets sur l'environnement dans les écoles, ndlr] et il a dit que c'étaient des supers idées. Il a dit que peut-être on pourra en tirer quelque chose. Et comme il a dit oui à tout, on lui a donné notre lettre pour voir Emmanuel Macron."

Thomas, 12 ansThomas, 12 ans :

"Dans notre lettre à Emmanuel Macron, on lui a dit qu'on aimerait bien le rencontrer. On lui a dit qu'on avait déjà vu Nicolas Hulot et François Hollande, et que lui avait déjà vu Greta Thunberg, alors pourquoi pas nous ?"