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"Il faut sortir la voiture des centres-villes !"

Actualité 11.04.2018 Céline Schmitt

Munich, Paris, Tallinn, de nombreuses villes européennes ont pris des initiatives pour limiter la circulation automobile. Une tendance qui pourrait s'accentuer ? C'est ce que pense Karima Delli, députée européenne présidente de la commission des transports et du tourisme.

Pot d'échappement

Au sein de l'Union européenne, le secteur des transports est le 2ème plus gros émetteur de gaz à effet de serre. En France c'est même le premier. Comment l'expliquer ?

La France a pris beaucoup de retard par rapport à d'autres pays européens qui ont fait, depuis longtemps, du climat et du transport des enjeux prioritaires. Mais le transport n'a jamais fait partie des priorités de l'Union européenne, bien qu'il représente 23% des émissions de gaz à effet de serre. Lors de la conférence climatique de 2015 (COP21), le secteur des transports a également été le grand oublié.

C'est cependant le chevauchement de deux évènements qui a suscité le grand réveil en Europe et fait la lumière sur l'état d'avancement des différents pays européens en matière de mobilité durable. D'une part, la COP21 a rappelé l'urgence d'agir pour que le dérèglement climatique ne devienne pas irréversible. De l'autre, le scandale du Dieselgate a montré que les constructeurs automobiles polluaient non pas une ou deux fois plus que les normes, mais jusqu'à 40 fois plus !  

Les chiffres sont d'ailleurs assez parlants : on sait que d'ici 2050, 80% de la population habitera en ville. On sait également qu'aujourd'hui, plus de 50% des citoyens européens prennent leur voiture pour faire entre 3 et 5 kilomètres. Cela n'est plus possible !  Moi je suis pour que l'on sorte les voitures des centres-villes.

Mobilité durable, ou comment l'Europe passe au vert

Climat : quel bilan pour l'action européenne 2 ans après la COP 21 ?

Aux portes de l'Europe, la Norvège prévoit une sortie du moteur à combustion d'ici 2025 alors que la France et l'Allemagne ne l'envisagent que pour 2040. Pourquoi un tel décalage ?

Depuis la COP21 et le Dieselgate, on remarque un vaste mouvement pour sortir du moteur thermique et plusieurs Etats se sont engagés sur cette voie. La Norvège la prévoit d'ici à 2025, tandis que les Pays-Bas, l'Autriche, l'Inde et la Slovénie l'ont annoncé pour 2030 et l'Ecosse d'ici à 2032. Même la Chine est plus rapide que nous sur ces questions. A partir de 2019, Pékin prévoit que 10% des véhicules qui sortiront des usines devront être électriques. Les retards français et allemands sont donc dommageables. Ils s’expliquent tout simplement par le fait qu’il s’agit de deux pays qui ont traditionnellement misé sur le diesel.

En Norvège, 1 voiture neuve vendue sur 2 en 2017 était électrique

Pour tourner la page du diesel et des moteurs thermiques en général, nous avons besoin d'innover : la voiture électrique de demain ne devra pas fonctionner grâce au nucléaire, mais aux énergies renouvelables (gaz, hydrogène…). Même chose pour les transports en commun. A cet égard, le Parlement européen a décidé que d'ici à 2030, au moins 12% de la consommation d'énergie du secteur des transports devrait provenir du renouvelable.

Selon Eurostat, la part des énergies renouvelables dans la consommation de carburant pour le transport allait en 2015 de 24% en Suède à moins de 2% en Estonie, en Grèce et en Espagne. En France, cette part représentait entre 7 et 8%. 

Les énergies renouvelables dans l'UE

Les villes européennes peuvent-elles être le moteur de la transition écologique dans le transport ?

Oui ! Les Etats sont à la traîne, car chaque pays défend son industrie nationale. Les villes sont les premières actrices du changement, on le voit partout en Europe. Plusieurs ont pris les devants, comme Oxford : cette ville de 160 000 habitants a annoncé une sortie du diesel et de l'essence d'ici 2020. Et des grandes villes comme Athènes, Madrid ou Mexico se sont engagées à supprimer le diesel d'ici à 2025. A Paris, Anne Hidalgo souhaite même aller plus vite puisqu'elle a pris la décision de sortir du diesel d'ici 2024 et de l'essence d'ici 2030, tandis que les voies sur berges ont été piétonnisées. L'idée n'est pas d'interdire la voiture, mais de maximiser les initiatives pour aller vers des véhicules zéro émission, d'avoir davantage de transports en commun, de voies vélo… 

En Allemagne, une crise majeure a secoué Hambourg, Munich et Stuttgart l'été dernier. Celles-ci ont annoncé qu'elles sortiraient du diesel pour mettre fin à leurs dépassements réguliers des normes d'émissions prévues par l'Union européenne. Car dans ce cas, ce sont les villes qui sont sanctionnées par la Commission européenne.

A l'été 2017, Hambourg, Stuttgart et Munich ont fait part de leur volonté de chasser le diesel du centre-ville, une décision fortement contestée par le lobby automobile. En février 2018, le tribunal de Leipzig, la plus haute juridiction administrative d'Allemagne, a officiellement octroyé aux villes allemandes le droit d'interdire aux véhicules diesel les plus polluants de circuler, afin d'améliorer la qualité de l'air.

La qualité de l'air en Europe

Quelles sont selon vous les villes "bonnes élèves" de la mobilité durable ?

Certaines villes ont déjà commencé depuis plusieurs années leur transition vers des mobilités beaucoup plus douces et ont pris des mesures pour réduire la place de la voiture. A Copenhague par exemple, 41% des déplacements quotidiens se font à vélo. Londres a mis en place un péage urbain pour les véhicules les plus polluants. Enfin Hambourg, deuxième plus grande ville d'Allemagne composée à 40% d'espaces verts, veut relier l'ensemble des parcs et espaces naturels de la ville par des voies piétonnes et cyclables. Objectif : que la voiture devienne totalement inutile d'ici 2034.

Lutte contre la pollution : ce que font les villes européennes

De plus, je pense que toutes les villes vont mettre en œuvre de nouvelles mesures, comme la gratuité des transports par exemple. Tallinn était en 2013 la seule ville au monde où le réseau était entièrement gratuit pour ses résidents. Un projet financé par l'impôt, et qui a entraîné une hausse de la fréquentation. Le gouvernement allemand a également évoqué en début d'année la possibilité d'instaurer la gratuité des transports. A Paris, Anne Hidalgo vient de lancer le débat et souhaite mettre en place des études. Mais il faut savoir que la gratuité existe déjà chez nous, à Dunkerque et à Niort.