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Hubert Védrine : "Nous pouvons faire énormément de choses avec des traités imparfaits"

Actualité 16.06.2008

L'ancien ministre des Affaires étrangères réagit pour touteleurope au "non" irlandais sur le traité de Lisbonne. A la veille de la publication par La France du Livre blanc sur la défense, le diplomate revient aussi sur la défense européenne, ses enjeux, son avenir et ses relations avec l'OTAN.

 

 

Le "non" irlandais

Quelques jours après le "non" irlandais sur le traité de Lisbonne, Hubert Védrine propose des solutions pour sortir de l'impasse institutionnelle. L'ancien ministre des Affaires étrangères estime que si les gouvernements ne se "laissent pas gagner par une sorte de déprime collective" et qu'ils "considèrent qu'il y a un programme, ils peuvent avancer exactement comme avant".

Si l'idée de faire revoter les Irlandais est évoquée par de nombreux dirigeants européen, l'ancien ministre insiste sur la nécessité de ne "surtout pas en parler" pour éviter que les Irlandais ne se braquent. Il faut "laisser le débat se dérouler tranquillement au sein de l'Irlande". Hubert Védrine "ne croit pas non plus à une renégociation" entre les 27 Etats.

 

Hubert Védrine

En 1981, il devient Conseiller diplomatique auprès du Président Mitterrand.

Il est nommé ensuite en 1988, porte-parole de la Présidence de la République.

De 1991 à 1995, il devient Secrétaire Général de la Présidence.

Il est nommé ministre des affaires étrangères de Lionel Jospin en 1997.

En 2003, il crée une société de conseil en stratégie géopolitique.


Nicolas Sarkozy a présenté mardi 17 juin le livre blanc sur la défense. Ce sujet constitue également une priorité de la présidence française de l'Union européenne.


Pour Hubert Védrine, nous attendons "trop des traités". "Nous avons fini par en parler comme si c'était une façon magique de régler les problèmes, mais ce n'est pas vrai". Les traités sont "un cadre utile pour déterminer les pouvoirs des institutions européennes, mais pour le reste, cela dépend de la volonté des gouvernements et donc du vote des opinions". Nous pouvons donc "faire énormément de choses même avec des traités imparfaits".

L'ancien ministre revient aussi sur les conséquences du "non" irlandais pour l'Europe de la défense. L'un des arguments des "nonistes" en Irlande était en effet, la peur de voir la tradition de neutralité de l'Irlande mise à mal, notamment parce que la France souhaite faire de l'Europe de la défense l'un des priorités de sa présidence. Les Irlandais avaient ainsi "peur d'être pris dans un engrenage par rapport aux questions de l'Europe de la défense" rappelle Hubert Védrine. L'ancien ministre des Affaires étrangères souligne que "la priorité donnée à l'Europe de la défense pendant la PFUE ne sera pas mise à mal pour autant" après le "non" irlandais.

 

 

 

 

L'Europe "puissance"

A la question de savoir si "l'Europe puissance" existera un jour, Hubert Védrine souligne que "nous n'arriverons pas à [trouver] une position unique [entre Etats européens en matière de relations extérieures] mais en travaillant bien, nous pourrions avoir des positions européennes convergentes sur les grandes questions stratégiques". Selon l'ancien conseiller diplomatique, le problème ne réside pas dans "les divergences qui existent entre grands Etats européens mais dans le manque de soutien de l'opinion européenne à ce projet".

L'Europe de la défense et l'OTAN

Hubert Védrine se penche également sur les relations entre l'Europe de la défense et l'OTAN. Pour lui, la question est réglée "depuis le compromis franco-britannique de Saint - Malo en 1998 quand les Français ont reconnu que les progrès de la défense européenne ne pouvaient avoir lieu que dans le cadre général de l'Alliance Atlantique". A cette date là, les "Anglais ont à leur tour accepté que l'UE puisse avoir une compétence dans le domaine de la défense".

L'ancien ministre des Affaires étrangères tient à préciser que "quand on parle d'Europe de la défense, il ne s'agit pas de défendre l'Europe, puisque l'Europe est parfaitement défendue par l'alliance atlantique avec les moyens américains, la dissuasion française et britannique et les armées des uns et des autres". L'Europe de la défense "consiste en réalité à des opérations européennes à l'extérieur dans des opérations de maintien de la paix". La question est donc "moins insoluble qu'on pourrait le croire" estime Hubert Védrine.

 

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