Derniers articles publiés

Hongrie : Orbán se rend à Bruxelles mais ne parvient pas à convaincre

Actualité 25.01.2012

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán s'est rendu hier à Bruxelles pour discuter avec le Président de la Commission européenne et les ministres européens des Finances. Ces réunions ont porté sur les réformes controversées adoptées par la Hongrie, et sur la nécessité pour le pays de corriger son déficit public excessif, alors que le pays a grand besoin d'une aide financière internationale pour éviter la banqueroute.

Les "inquiétudes politiques" de la Commission

La Hongrie fait l'objet depuis le 17 janvier de trois procédures d'infraction au Droit de l'Union européenne, consécutives aux réformes passées qui mettent à mal l'indépendance de sa banque centrale et l'autorité de protection des données, et avancent l'âge du départ à la retraite des juges.
Le Premier ministre hongrois s'est expliqué la semaine dernière lors de la session plénière du Parlement européen, en se disant prêt à assouplir sa position, et en cherchant à ramener les contentieux à des points juridiques et techniques.

En prévision de sa rencontre avec la Commission et les ministres européens des Finances le 24 janvier à Bruxelles, M. Orbán s'est déclaré confiant en déclarant "Je ne vois aucune question particulièrement difficile". Cette rencontre avec M. Barroso a été l'occasion pour ce dernier de "clarifier la situation avec le premier ministre, M. Orbán", et de "lui faire part des efforts auxquels il devrait consentir pour répondre rapidement aux inquiétudes de la Commission".

M. Barroso a également évoqué des" inquiétudes politiques plus vastes auxquelles le gouvernement hongrois devrait répondre". Celles-ci concernent notamment l'indépendance des médias hongrois. La commissaire chargée des nouvelles technologies, Neelie Kroes, avait déjà fait part de sa "préoccupation" concernant la liberté et le pluralisme des médias en Hongrie. Ses inquiétudes ont été renforcées suite à sa rencontre avec le directeur de Klubrádió, seule radio d'opposition en Hongrie, qui s'est récemment vu retirer sa licence de diffusion. La perte de "huit fréquences locales en 2011 [de Klubrádió]" constitue un "évènement inquiétant pour le pluralisme et la liberté des médias en Hongrie", a déclaré cette dernière.

A l'issue de cette rencontre, le président de la Commission a déclaré dans un communiqué "avoir eu une discussion complète et constructive" avec le Premier ministre hongrois, ce dernier ayant "indiqué la disposition de la Hongrie à régler rapidement les questions soulevées par la Commission". Viktor Orbán s'est dit prêt à renoncer à son projet de fusion entre la banque centrale et l'autorité de régulation des marchés, comme le demandait la Commission européenne.

Un possible gel des fonds de cohésion pour 2013

La Hongrie est dans une situation d'autant plus critique que le pays pourrait se voir privé du versement des fonds de cohésion provenant de l'Union européenne. Les ministres des Finances de l'Union européenne, réunis le 24 janvier à Bruxelles, ont en effet suivi les recommandations de la Commission. Cette dernière considère que le déficit 2011 du pays était certes techniquement sous la barre des 3 % du PIB, maximum toléré dans l'UE, mais fait valoir que ce chiffre aurait été calculé à partir d'éléments exceptionnels.

Pour la ministre danoise des Finances, Margrethe Vestager, "La Hongrie n'a pas fait le nécessaire" et la décision prise hier "permet à la Commission européenne de prendre des mesures supplémentaires".

Au cours de la réunion, "de réelles tensions politiques" sont apparues entre la Hongrie et ses partenaires, selon une source diplomatique européenne, le rapport de force étant de "26 contre un". Le commissaire européen chargé des Affaires économiques, Olli Rehn, a cependant précisé que la Hongrie aurait "amplement le temps" de prendre les mesures budgétaires adéquates. La suspension des fonds de cohésion, si la Hongrie ne parvenait pas à arranger la situation, n'interviendrait qu'à partir de janvier prochain, a précisé M. Rehn.

Cette décision intervient au mauvais moment pour la Hongrie, alors que Viktor Orbán cherche à obtenir une aide provenant de l'UE, de la BCE et du FMI, d'un montant compris entre 17 et 20 milliards d'euros, pour éviter la faillite de son pays. L'accord pourrait intervenir en mars ou avril prochain, mais la Hongrie doit auparavant regagner la confiance de ses bailleurs internationaux. Le pays a été relégué en catégorie spéculative par les trois grandes agences de notation au cours des deux derniers mois.

L'octroi de ce prêt est conditionné à la "pleine indépendance de la banque centrale" a rappelé le commissaire européen chargé des questions économiques, Olli Rehn. Mais bien que Viktor Orban soit prêt à faire des efforts, il y a un point sur lequel il n'entend pas revenir : celui de l'obligation faite aux banquiers centraux dans son pays de prêter serment à la Hongrie.


En savoir plus

Communiqué du Conseil des ministres des Finances [EN] – Conseil de l'Union européenne
Communiqué du président de la Commission européenne José Manuel Barroso [EN]  - Commission européenne