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Hollande rassure le gouvernement grec... mais pas la population

Actualité 20.02.2013

En visite à Athènes mardi 19 février, le président de la République française a réaffirmé son soutien au gouvernement de centre-droit conduit par Antonis Samaras, et s'est dit confiant pour le pays, qui souffre pourtant d'une crise sans précédent et inégalée par rapport aux autres pays de la zone euro. Récit d'une rencontre diplomatique et économique aux résultats contrastés.

27% de chômage, une croissance en berne, un déficit public flirtant avec les 7% en 2012… Autant dire que la visite de François Hollande en Grèce ne se déroule pas sous les meilleurs auspices, dans un pays qui ne voit toujours pas le bout du tunnel austère dans lequel il se trouve depuis quatre ans. Les deux chefs d'Etat et de gouvernement ont d'ailleurs souligné les efforts, ainsi que "les sacrifices très lourds" endurés par le peuple grec. Recevant un accueil beaucoup plus chaleureux que son homologue allemande en octobre dernier, François Hollande a également reçu les compliments du Premier ministre grec, qui a rappelé le soutien indéfectible de la France pour le maintien du pays dans la zone euro. M. Samaras a également qualifié la France de "centre politique de l'Europe". Un tacle direct à l'encontre d'Angela Merkel, que M. Hollande a tenu à modérer en affirmant que les ressources prêtées aux Grecs par les Allemands leur permettaient de tenir tant bien que mal.

François Hollande apporte des gages au gouvernement d'Antonis Samaras

Durant cette visite, le président de la République a voulu tordre son image de leader politique modéré, en affirmant qu'il fallait désormais passer à une "nouvelle étape". Il faut selon lui sortir de cette période morose ponctuée "de sacrifices, d'efforts, et de douleurs", pour créer un chemin de croissance, de développement et d'emploi. M. Hollande a ainsi rappelé les grandes lignes de son discours prononcé devant le Parlement européen le 5 février dernier. L'initiative a cependant fait sourire de nombreux observateurs dans le pays, qui constatent dans le même temps des hausses mirobolantes des taxes, et un taux de chômage qui devrait toucher près d'un tiers des Grecs à la fin de l'année (29%).

Outre les traditionnels échanges de bons procédés, cette rencontre a surtout été l'occasion de conclure quelques accords bilatéraux, notamment dans les domaines du tourisme et de la santé, et de placer les intérêts d'entreprises françaises dans la vague de privatisations actuellement en cours dans le secteur public grec. Parmi eux, la vente de frégates multi-missions françaises à la Grèce, dont le dossier a bien avancé lors de la rencontre, selon les informations de Courrier International. François Hollande aurait en effet proposé un contrat de location-vente de deux des six frégates déjà proposées en 2009 à l'ancien Premier ministre, Georges Papandréou. Cette transaction de bateaux, qui devrait notamment servir pour la recherche de pétrole et de gaz en mer Egée, aurait également une utilité pour le producteur français, la société DCNS, actuellement affectée par de sérieux problèmes financiers. Le pétrolier français Total s'est montré très intéressé par ces transactions, prévoyant ainsi de futures explorations d'hydrocarbures en mer Egée.

La signature éventuelle de ce contrat représente une lueur d'espoir en Grèce, où la moindre relance de l'activité dans un secteur pourrait engendrer une baisse des pressions exercées par la troïka européenne et les marchés financiers, avides de garanties économiques et budgétaires du gouvernement d'Antonis Samaras.

Pour la population grecque, le pourfendeur de l'austérité n'est plus là pour les défendre

La pilule est plus amère à avaler pour la population du pays. Alors que, durant la campagne présidentielle, le candidat Hollande avait suscité de vifs espoirs dans la péninsule Hellénique, la réalité de l'exercice du pouvoir est maintenant difficile à accepter. Vantant à l'époque un programme anti-austérité, avec notamment l'émission d'euro-bonds, des prêts directs de la BCE aux Etats, et une souplesse dans les déficits publics souverains, les propositions de François Hollande n'ont pas fait long feu, et ont rapidement disparu dans les méandres de la diplomatie européenne et de l'axe (déséquilibré) Paris-Berlin. Le président français a fini par se fondre dans le moule de l'ancien couple Merkozy, au grand dam des pays d'Europe du Sud, et particulièrement de la Grèce. Le "pacte de croissance" signé à la suite de l'élection du candidat socialiste a ainsi vite été oublié, ou n'a pas eu l'ampleur des effets escomptés dans les pays européens les plus durement touchés par la crise.

En réaction à cette (in)action, la population d'Athènes s'apprêtait à descendre mercredi dans les rues de la capitale, pour la première grève générale organisée cette année en Grèce. Une façon pour les Hellènes de dénoncer encore une fois les politiques d'austérité, mais aussi d'envoyer un message fort à l'attention des dirigeants européens. Il faut sortir des visions économiques et financières court-termistes, qui traînent le pays dans un puits sans fond dans lequel celui-ci semble s'enfoncer irrémédiablement. Reste à savoir qui offrira la corde de sauvetage.