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Hervé Morin: "Nicolas Sarkozy ne veut pas d'une Europe fédérale"

Actualité 18.05.2011

Dans son livre "Arrêtez de mépriser les Français !", le président du Nouveau Centre, Hervé Morin, expose sa vision d’une Europe fédérale, de la gestion des questions migratoires et du futur de l'Europe de la Défense. Une ligne pro-européenne qui se veut différente de celle de Nicolas Sarkozy.

 




Touteleurope.eu : Vous écrivez que l'immigration ne peut pas être traitée seulement au niveau national. Pourquoi ?


Hervé Morin : Notre projet est tourné vers l'Europe fédérale, donc avec un certain nombre de compétences confiées aux institutions européennes. L'immigration fait partie des sujets sur lesquels nous estimons que l'Europe est plus pertinente que le schéma national.

Nous préconisons une lutte contre les flux migratoires décidée au niveau européen, en fixant des quotas là où les Etats décideront que c'est nécessaire et en donnant des moyens avec une police des frontières et des garde-côtes. Il faut aussi un volet consacré à l'aide au développement pour lutter encore plus efficacement contre l'immigration afin que ces pays se développent et que leurs citoyens restent dans leur pays d'origine.


Touteleurope.eu : Où en est-on de l'Europe de la Défense ?

Hervé Morin : Les Européens y ont renoncé. Ils ne consacrent quasiment plus d'argent à leur défense et font reposer l'essentiel de leur sécurité sur l'Alliance atlantique, c'est-à-dire les Américains. Seuls les Britanniques et les Français continuent à réaliser un effort significatif en terme de défense.

Ce que nous avons réalisé avec le traité franco-britannique n'est malheureusement pas reproductible au niveau européen. Pour une raison simple: les Britanniques ne veulent pas entendre parler d'une Europe de la défense, ils ont été très clairs là-dessus lors des négociations de ce traité.

Cet accord franco-britannique pourrait figurer ce que serait une véritable Europe de la défense : de la coopération, de la mutualisation et de l'interdépendance. Au-delà de la coopération militaire et de la mutualisation de certains équipements, il faut que les défenses acceptent de dépendre d'un autre pays pour tel ou tel armement. Cette hypothèse n'a malheureusement aucune perspective d'aboutir parce qu'il n'y a aucune volonté de la réaliser.


Touteleurope.eu : Vous proposez de faire avancer l'Europe par un noyau dur d'Etats... cela ne va-t-il pas briser la solidarité européenne ?

Hervé Morin: Vous la voyez la solidarité européenne au quotidien ? Le problème, c'est qu'il n'y en a pas ou pas assez. Je reste convaincu que pour beaucoup de pays le transfert de souveraineté n'est pas dans leur projet politique. Nous avons besoin d'avoir un certain nombre de pays dont le projet serait de construire une Europe fédérale sui generis par des processus d'intégration supplémentaires : au-delà de la monnaie que décide-t-on de mettre ensemble pour être plus efficace et peser dans les affaires du monde ?

Cela ne peut se faire que sur une initiative franco-allemande qui serait partagée ensuite par d'autres pays européens. Il est illusoire de penser que cela peut se réaliser à 27 aujourd'hui ou à 30 demain ...


Touteleurope.eu : Qu'est-ce qui différencie votre vision de l'Europe de celle de Nicolas Sarkozy ?

Le Nouveau Centre compte trois eurodéputés: Damien Abad, Sophie Auconie et  Jean-Marie Cavada qui siègent dans le groupe du Parti populaire européen avec les élus UMP.

Hervé Morin: Nicolas Sarkozy n'a aucun projet d'Europe fédérale. Il fait de l'intergouvernemental : on discute entre Etats et après il y a le tampon européen.

Nous voulons que l'ambition et l'impulsion soit au niveau européen. Au lieu de penser que les Européens puissent construire un projet collectif et partagé par tous, on construit les décisions européennes en les réfléchissant Etat par Etat à partir du noyau franco-allemand.


Touteleurope.eu : Dans votre livre, vous ne parlez jamais du Parlement européen. Pourquoi ?

Hervé Morin : Parce que le Parlement européen est à l'image de l'Union européenne. C'est une institution avec plus de pouvoir que le Parlement français, mais il y faut plus de politique. Je préconise qu'il y ait le même jour une élection sur une liste unique dans les 27 pays pour que se dégage une majorité. Ce ne doit pas être des représentants qu'on envoie à ce parlement, mais une majorité politique. Nous devons pouvoir faire au Parlement européen ce que que nous faisons au niveau des parlement nationaux.

Les Européens décident des grandes orientations de la politique européenne qui ne peut pas être en permanence une zone de libre-échanges et de la concurrence libre et non-faussée.


En savoir plus :

le livre "Arrêtez de mépriser les Français" - éditions Flammarion

le site du Nouveau Centre

le discours d'Hervé Morin lors de la Convention Europe du Nouveau Centre