Derniers articles publiés

Herman Van Rompuy : "L'Europe est coriace !"

Actualité 21.09.2010

Herman Van Rompuy est sorti hier de l’ombre des salles de réunion bruxelloises pour un échange avec les étudiants de Sciences Po : une première. Pour le Président du Conseil européen, l’action doit primer sur les réformes institutionnelles. Si le personnage n’a pas forcément le profil d’un homme d’action, il est apparu bon stratège, rompu aux négociations de compromis qui permettent de faire avancer l’Europe là où elle le peut. "Pas trop de doctrine mais des résultats", résumera Tommaso Padoa-Schioppa, Président de Notre Europe, qui organisait le débat.

Herman Van Rompuy exerce une présidence du Conseil discrète, sans coup d’éclat, mais de l’avis général, une présidence efficace. Il y a un an, les grandes figures charismatiques (Tony Blair) et volontaristes (Jean-Claude Juncker) avaient été mises de côté au profit de ce "facilitateur", ce négociateur de compromis chevronné, et peu susceptible de faire de l’ombre aux chefs des 27 chancelleries.

Aussi le poste est-il peu médiatisé et son occupant sort rarement des arcanes européens. C’était donc une salle comble qui l’attendait à Sciences Po : étudiants, journalistes, mais aussi personnalités européennes comme Jacques Delors ou Jacques-René Rabier, fondateur moins connu de l’Eurobaromètre.

Le président du Conseil européen a livré un discours plutôt vivifiant, venant contraster avec l’image actuellement véhiculée de l’Europe. Désormais célèbre pour ses haïkus, le Président manie les formules imagées, et l’Europe prend tour à tour la forme d’une plante de serre "jeune et vulnérable", d’une tortue en lice contre le lièvre, d’un convoi de navires amarrés ensemble, et même d’un pudding ! Mais derrière les métaphores, Van Rompuy a montré qu’il avait sa propre vision de la manière dont fonctionne et doit fonctionner l’Union.

"Et pourtant, elle tourne !"

"La soi-disant lenteur de l’Europe désespère tant ses fidèles que ses détracteurs. "Dépêche-toi, chérie", crient les premiers ; "quelle léthargie", ironisent les derniers. À tous ces mécontents il faut répondre, avec Galilée : "Et pourtant, elle tourne !""

- Herman Van Rompuy

Profondément européen dans ses convictions, Herman Van Rompuy n’en est pas moins pragmatique dans la méthode. Il n’hésite pas à renvoyer dos à dos les idéalistes critiques et les prophètes de malheur qui annoncent un peu prématurément la mort de l’Europe. Aux premiers, pour leurs attentes surréalistes, aux seconds, pour leurs critiques infondées, il rappelle que "l'Europe se fait jour après jour, mais pas au jour le jour".

Un adepte de la méthode communautaire, le président du Conseil européen ? Il répond justement à ceux qui s’attristent de sa dissolution dans "l’intergouvernemental" qu’il est sensé incarner, en dénonçant ce "faux-débat". Chacun a son rôle à jouer dans la construction européenne, les chefs d’Etats comme les institutions et ceux-ci ne sont pas interchangeables. Un exemple ? La crise grecque. Seuls les gouvernements pouvaient convaincre leurs opinions publiques de la nécessité de réformer ou de venir en aide à leurs partenaires. En revanche "si les avertissements de la banque centrale avaient été écoutés, le mal aurait pu être évité !".

Pour lui, il n’y a pas de guerre entre les institutions, contrairement à ce que certains voudraient lire. Au contraire, il a instauré une coopération étroite avec José Manuel Barroso, le Président de la Commission européenne. Pourquoi lutter, plaisante-t-il : "toi, José Manuel, tu as 23 000 fonctionnaires, moi j'ai 23 membres dans mon cabinet! Le lutte serait bien inégale...".

Les institutions ne sont pas le problème

Ainsi, longuement interrogé sur les nouveaux équilibres institutionnels dont il est une pièce maîtresse et qui peinent à convaincre, il estime que l’enjeu est ailleurs.

D’un côté les traités sont un socle pour l’Europe, et la font exister "indépendamment de la volonté de quiconque". D’un autre côté, la pratique qui en est faite doit être aussi flexible que possible. Plutôt que de déplorer l’obscurité de cette architecture institutionnelle, il préfère en exploiter toutes les possibilités. Dans le partage de son expérience, dans ses récits de négociations récentes, comme celle qui a accouché d’un accord sur le plan européen de sauvetage de 750 milliards d'euros, il parvient à convaincre son audience.

Les défis de l’Europe

Sur ces "défis européens" qu’il était venu pour évoquer, il s’est concentré sur l’économie et les relations extérieures, "les deux grands sujets du Conseil européen de la semaine dernière…ou plutôt, ceux qui aurait du l’être".

A l'instar de son collègue José Manuel Barroso, il considère, "en dépit du politiquement correct", que l’économie se relève. Il se félicite de l’action européenne qui a réussi à "tout inventer en pleine tempête", bien qu’un peu sceptique sur la task force qu’il préside. Concernant les affaires étrangères, il rappelle que "la force de l’exemple ne suffit plus à l’emporter", que l’Europe doit agir de manière plus stratégique, et instaurer des relations de donnant-donnant, pour sortir l’Europe de la frustration trop fréquente de se faire écarter.

Aux inévitables questions de politique intérieure française il se replie derrière les traités et les agendas, comme sa fonction le commande. Et à celles non moins attendues sur son pays, il répond avec fermeté et conviction : "La Belgique, comme l’Europe, est coriace, croyez-moi !".


Photos et vidéos (c) Sciences Po, droits réservés