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Henri de Bresson : la fin du Mur de Berlin en direct

Vidéo 06.11.2009

Henri de Bresson, ancien correspondant du Monde, se trouvait à Berlin le 9 novembre 1989. Interviewé par touteleurope.fr, il livre ses souvenirs sur cette fameuse conférence de presse où les autorités est-allemandes annoncent l'ouverture du mur. Il raconte aussi les scènes euphoriques de cette soirée de retrouvailles entre les Berlinois après 28 années de séparation.

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Quels étaient les signes montrant que le mur allait tomber ?

Nous voyions bien que le parti communiste essayait désespérément de se refaire une image. Quand Egon Krenz a été nommé en remplacement de Honecker à la tête du parti, il a essayé de renouveler les choses. Et nous sentions bien que c'était extrêmement difficile. Il n'était pas du tout populaire et sa nomination avait été très mal prise par la population est allemande.


Par ailleurs, il y avait toujours le fameux problème de la gestion des départs massifs. Tout le monde voulait partir soit par la Hongrie, soit pour la Tchécoslovaquie. La RDA ne voulait pas se couper complètement des autres pays de l'Est, donc c'était compliqué.

Dans le cadre de la rénovation du parti, on parlait de mesure pour les voyages. Le 9 novembre lors d'un une grosse réunion du parti central, chose tout à fait exceptionnelle, les dirigeants avaient convié une conférence de presse pour présenter les résultats de leur réflexion.

Cette conférence de presse était couverte par les télévisions et tous les correspondants occidentaux et de l'Est étaient là. M. Schabowski a alors expliqué les décisions de modernisation du parti etc. Tout le monde s'endormait quand un journaliste italien a eu l'idée de demander s'il avait pris de nouvelles mesures pour les visas.  

Cela a tout déclenché.

Qu'est-ce qui s'est passé la soirée du 9 novembre ?


M. Schabowski a expliqué ses mesures. A partir du lendemain, les gens avec un passeport pourraient franchir la ligne de démarcation. Ils pourraient franchir la ligne de démarcation à Berlin, sans avoir à donner une raison pour leur départ, ce qui constituait le grand changement.

Les gens ont tout de suite voulu savoir si cela valait pour Berlin, ce qui était bien le cas. Tout le monde posait des questions en même temps et M. Schabowski hésitait sur ce qu'il devait dire.

Il n'était pas très rompu à l'exercice de la conférence de presse. Les journalistes étaient pressés de savoir la date d'entrée en vigueur de la mesure. "Maintenant? Vraiment à partir de maintenant?". Et M. Schabowski a répété et confirmé que cela serait possible dès le lendemain.

Devant les caméras de télévision, cela a pris une ampleur que nous même n'avons pas compris. Nous, la presse écrite, nous nous sommes surtout dit qu'il fallait être prêts très tôt devant le mur pour assister aux départs.

Sur le coup, nous n'avons pas du tout réalisé. Il faut se remettre dans l'époque. En tant que journaliste, je n'avais pas d'ordinateur, ni de téléphone portable. Je n'avais qu'une machine à écrire et un téléphone à l'hôtel. Le journal ne pouvait pas m'appeler, parce que c'était compliqué à Berlin Est. Tout cela était livré à ma seule appréciation. Je n'avais pas même un poste de télévision.

Au fond je n'avais pas bien saisi ce qu'il se passait. Le message de la télévision disait "le mur est ouvert" confirmé par l'allocution de  M. Schabowski disant "à partir de maintenant vous pouvez sortir". Ce message a traversé le monde entier immédiatement, finalement beaucoup plus vite qu'à Berlin Est.

Par acquis de conscience, je suis quand même resté près du mur. Et de là, tout d'un coup, on a vu arriver des gens. Et c'est à ce moment là que nous avons compris ce qui allait se passer. Les gardes frontières au check Point Charlie, qui n'étaient pas d'une grande tendresse d'habitude, étaient très calmes. Mais cela s'est passé différemment sur chaque point. Il pouvait y avoir une file de trabants ou un peu plus d'ambiance mais en général, c'est resté calme et très bon enfant.