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Hausse des prix agricoles : l'occasion de réformer la PAC ?

Actualité 25.04.2008

Pour de nombreux experts, la hausse récente des cours des matières premières justifie une réforme en profondeur de la politique agricole commune (PAC). L'ancien secrétaire général de Notre Europe, Jean Nestor, est de ceux-là. Dans une note publiée par le think tank de Jacques Delors, il préconise une révision de la régulation des marchés agricoles et un réexamen des politiques actuellement financées au titre de la PAC.

A l'origine, la PAC était conçue comme une politique de régulation des marchés et d'harmonisation des conditions de production. Cette conception initiale a laissé place à une distinction entre deux grands blocs. D'une part, les instruments de régulation du marché, tels que les quotas de production, le gel des terres, qui ont montré leurs limites dans la maîtrise des marchés. Pour Jean Nestor, ils ne se justifient plus que par les économies budgétaires qu'ils sont susceptibles de générer. D'autre part, le mécanisme de transferts de revenus, autrement dit les subventions versées aux agriculteurs. L'auteur pointe l'absence de justification de tels versements, jugés inefficaces et inéquitables.

D'après Jean Nestor, la situation actuelle a fait perdre leur raison d'être aux instruments de régulation des marchés agricoles. Ces derniers ne permettraient plus de faire face aux enjeux contemporains, tels que la sécurité des approvisionnements. Une réflexion sereine sur les objectifs et les moyens d'une politique de régulation doit aujourd'hui être engagée. L'auteur considère que l'autorégulation par les marchés ne peut pas déboucher sur un équilibre satisfaisant. Il rappelle que l'agriculture est un sujet incontestablement européen car ces intérêts concernent l'ensemble de la population européenne et relèvent de déterminants géopolitiques. La principale épreuve qui s'annonce dans la mise en œuvre de cette réflexion se situe dans les désaccords et rancoeurs qu'a suscités jusqu'ici la PAC, responsables de sa déroute actuelle.

Une des grandes contradictions de la PAC réside dans le fait que ce sont les grands producteurs qui sont les principaux bénéficiaires des transferts directs de la PAC. Jean Nestor recommande de sortir d'une "logique de compensation et de pérennisation des avantages acquis" et d'orienter plutôt la PAC en direction de l'environnement, de la qualité de la vie ou du développement rural. Ce changement devrait passer par la "promotion de projets et d'activités précis et finalisés". Un effort de transparence et de clarification des objectifs de chacune des politiques que prétend fédérer la PAC devra être mené. L'auteur admet cependant que des transferts financiers résiduels devraient être conservés, afin de préserver "certaines formes d'agriculture particulièrement fragiles".

L'évolution du cours des matières premières donne donc l'occasion de trouver un nouveau compromis agricole et de doter l'Union de la politique agricole et alimentaire dont elle a vraiment besoin.

Jean Nestor, Remettre de l’ordre dans la PAC. Pour une politique européenne de l’agriculture et de l’alimentation, Notre Europe