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Harlem Désir : "Twitter est une touche supplémentaire sur le tableau de l'activité d'un député européen"

Actualité 10.09.2010

Harlem Désir (PS-S&D) est l'un des eurodéputés les plus suivis sur Twitter, le nouveau réseau social en vogue. Il revient pour Toute l'Europe sur son appropriation de l'outil. Il voit ainsi Twitter comme un moyen complémentaire aux moyens d'expression politique déjà existants.

Touteleurope.eu : Quel déclic vous a amené à vous inscrire sur Twitter ?

Harlem Désir : J'y suis venu parce que d'autres m'y ont un peu poussé... et puis parce que j'ai trouvé que c'était un moyen de communiquer différemment, du fait de la contrainte du nombre limité de signes. Cela peut servir à signaler sa présence à certaines manifestations ou pour exprimer une réaction très ponctuelle, sans avoir besoin de refaire l'attendu des motifs et le rappel de toutes les raisons pour lesquelles on exprime une position comme d'habitude quand on fait un communiqué de presse ou dans un post que l'on met sur son blog.

Donc je trouve que cela vient compléter d'autres formes d'expression et je l'ai notamment utilisé intensément durant ma dernière campagne électorale.


Toute l'Europe : Cela vous a-t-il permis de toucher d'autres types de citoyens?

Harlem Désir  C'est toujours surprenant de voir que des gens ont eu connaissance d'un tweet alors qu'on ne sait pas quel type de public va le recevoir quand on l'envoie. Ce qui est intéressant aussi, c'est qu'il y a un lien avec Facebook et mon blog, donc cela se répercute. Certaines fois, cela peut même susciter le buzz ou des reprises dans la presse.


Touteleurope.eu : Justement, avez-vous des journalistes qui vous contactent via Twitter?

Harlem Désir : C'est arrivé quand j'ai fait un tweet alors que nous étions bloqués avec Martine Aubry en Inde au moment du nuage de cendres provoqué par le volcan islandais. Cela a été remarqué parce que j'avais écrit (de mémoire): "on essaye de rentrer par tous les moyens, à part à dos d'éléphant"... ce qui a fait mouche. Il m'est aussi arrivé que des journalistes tweetent pour dire que je n'avais pas répondu à leur demande d'interview... j'avais trouvé ça drôle.

Maintenant, je l'utilise comme une façon d'illustrer un petit peu ce que peut faire un député européen. L'autre jour, nous recevions une délégation de camarades parlementaires nationaux italiens. C'est pas mal de montrer qu'en dehors de l'agenda officiel des sessions et autres, il y a toute une autre partie du travail pour faire avancer des idées européennes qui nous amène à d'autres types d'activités.

Lorsque nous avons voté sur les bonus des traders par exemple, j'ai fait un tweet pour faire remarquer que ce nous avions réussi à faire au Parlement européen ce que nous n'arrivons toujours pas à le faire à l'Assemblée nationale... alors que nous prétendons être les champions de la régulation du capitalisme international !

Des fois, je n'y pense pas et des copains me disent "tiens, tu devrais twitter ça" mais je passe plusieurs jours sans le faire. Je ne pense pas qu'on doive twitter pour raconter minute par minute ce qu'on fait. Je ne crois pas que cela passionne les internautes de savoir que j'ai atterri à tel endroit, que je suis entrain de faire telle réunion. Mais quand c'est une petite touche sur le tableau de l'activité d'un député européen, là cela a un sens.


Touteleurope.eu : Twitter humanise-t-il un peu plus les hommes politiques par rapport au citoyen ?

Harlem Désir : Comme c'est un outil de communication instantanée par principe, c'est aussi une réaction un peu plus à chaud. Ce n'est pas sur Twitter qu'on présente son analyse globale de l'intégration des normes sociales dans les accords de commerce de l'Union européenne... mais on a un coup de coeur, de colère ou une anecdote à raconter. Au fond, j'ai plutôt tendance à ne pas en faire beaucoup, mais je me demande si je ne vais pas en faire de plus en plus.


Touteleurope.eu : Y-a-t-il un danger pour certains à réagir trop à chaud via un smartphone ?

Harlem Désir : Parfois, je me retiens un peu, surtout face à des déclarations caricaturales contre mon camp ou la presse. Il ne faut pas se laisser entrainer dans des espèces de ping-pong qui peuvent déraper.


Touteleurope.eu : Le Sénat réfléchit à encadrer l'utilisation de Twitter. Qu'en pensez-vous ?

Harlem Désir : Ils ont eu un problème parce que des tweets ont cassé le huis-clos de certaines réunions. Je peux comprendre. Au bureau national du PS, on a un des problèmes avec des fuites. On a donc mis un brouilleur, mais ce n'était pas spécialement par rapport aux tweets...

C'est à chacun de s'auto-discipliner : on ne fait pas un tweet sur des propos privés ou des réunions où les collègues se sont exprimés librement sans vouloir communiquer à l'extérieur.

C'est intéressant de voir comment les Chinois avec Internet ont une obsession de tout vouloir encadrer. On l'a vu avec l'Iran : on ne peut pas empêcher les gens de filmer avec un téléphone de passer un message, de se donner un rendez-vous pour exprimer leur contestation. C'est vraiment l'apport des nouvelles technologies.

Chacun a dans sa poche, par les réseaux sociaux, un outil pour faire un tract en quelques secondes qui peut avoir, s'il est pertinent et relayé, l'impact une distribution de tracts qu'on mettait auparavant plusieurs semaines à organiser.


En savoir plus

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