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Hannes Lorenzen : "La PAC doit instaurer une agriculture durable"

Actualité 09.11.2010

Hannes Lorenzen est co-fondateur de la plate-forme européenne ARC 2020. Cette "Convention agricole et rurale" a pour objectif de regrouper les voix de la société civile sur l'avenir de la PAC, afin d'adresser un message commun lors des négociations. A l'approche de la communication de la Commission européenne sur l'avenir de la PAC, M. Lorenzen revient sur les enjeux du débat.

Voir la vidéo (05'14)

 

 

Touteleurope.eu : Les propositions de la Commission européenne sur la future PAC ont été dévoilées. Quels sont, selon vous, ses principaux avantages et inconvénients ?

Hannes Lorenzen : Il est bien d’avoir pu obtenir ce document avant sa publication officielle, cela nous laisse le temps d’y répondre !

Voir le projet de communication de la société civile aux institutions européennes sur l'avenir de la politique agricole et rural (eng)

L’intérêt de ce document réside notamment dans le fait que le Commissaire annonce clairement que les critères historiques d’attribution des aides n’ont pas d’avenir. Il détaille plutôt quelles sont les pratiques agricoles à soutenir pour répondre aux grands défis mondiaux.

On parle de nouveau d’un plafonnage des aides, de lutte contre le changement climatique et de protection de la biodiversité (qui disparaît également dans les cultures), des mesures qui améliorent la situation de l’eau.

La Commission reconnaît ainsi qu’il ne faut pas regarder l’agriculture comme un secteur qui a besoin d’aide, mais plutôt qui doit répondre à de grands défis.


Touteleurope.eu : Quel est le rôle et le poids des ONG européennes dans les négociations sur la future PAC ? Comment celles-ci ont-elles réagi à cette 1ère proposition ?

H.L. : Les premières réactions des ONG traduisent les objectifs spécifiques de chacune (environnementalistes, développement des pays du Sud…). Cependant elles sont en train de se rassembler et essayer de dépasser leurs divisions pour délivrer un message commun.

Touteleurope.eu a obtenu une version de la communication de la Commission sur l'avenir de la CAP : En savoir plusAinsi, la convention pour l’agriculture et le développement rural, qui regroupe ces voix, propose un certain nombre de mesures sur l’avenir de la PAC aux institutions européennes. "L’ARC" regroupe au niveau européen les plates-formes nationales de la société civile sur la PAC. Ainsi, on essaie de ne pas penser "national" mais "régions" : scandinave, méditerranéenne, de l’Est… et surtout, on dispose d’un poids réel pour influencer cette réforme.


Touteleurope.eu : Vous attendez-vous à ce que le Conseil rejoigne les positions de la Commission et du Parlement ? A quelles positions nationales (des Etats membres) êtes-vous le plus favorable/défavorable ?

H.L. : Quand on regarde les positions des Etats membres sur l’avenir de la PAC, on a l’impression qu’il s’agit surtout de calculer combien chaque pays va perdre ou gagner avec tel ou tel projet de réforme.

Pour le moment, je vois très peu d’imagination chez les Etats membres. On a des coalitions qui veulent défendre le statu quo, mais pour moi il est impossible de continuer avec la PAC actuelle.

Au Parlement par contre, il y a beaucoup d’initiatives et de nouvelles idées, mais le Parlement doit encore trouver sa place dans les négociations. Du point de vue financier, on voit que les divisions nationales subsistent même au Parlement : les pays de l’Est souhaitent que leurs agriculteurs aient des aides plus importantes, ceux de l’Ouest répondent que le coût de l’agriculture y est moindre… je trouve que ces débats sont limités cependant.

L’agriculture européenne est confrontée à de grands défis, il faut la "verdir" mais pour le moment les Etats les identifient mal les discussions ne portent pas sur les compromis à adopter. Il y a à mon avis de très bonnes propositions du côté des Verts et du groupe socialiste, il faut maintenant avancer.


Touteleurope.eu : Comment convaincre les citoyens européens de verser 40% du budget européen pour la PAC ?

H.L. : Ce n’est pas une question de pourcentage, mais de ce qu’on veut faire avec le budget de l’UE. On compare trop vite des pommes avec des oranges.
Si on veut plus de budget pour la recherche ou pour l’éducation, la solution est dans les mains des Etats membres !

Mais on ne peut pas comparer le budget de ces secteurs, qui relèvent toujours principalement de la souveraineté des Etats, avec celui de la PAC qui est une politique vraiment européenne.

Est-ce qu’on veut une agriculture durable ? Est-ce qu’on veut investir dans les régions rurales qui perdent leurs populations ? Je ne vois pas de problème pour convaincre les citoyens qu’il faut continuer à soutenir l’agriculture et le développement rural, mais il faut une politique de qualité.

 

 

En savoir plus :

The Agricultural and Rural Convention (ARC)

Dossier spécial sur la réforme de la PAC - Touteleurope.eu