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Guy Verhofstadt : "poursuivre le processus de ratification"

Actualité 01.06.2006

Deux semaines avant le Conseil européen, les députés ont inauguré une série de discussions avec des chefs de gouvernement des Vingt-cinq. Le Parlement européen a débattu, mercredi 31 mai 2006, du futur de l’Europe avec son premier invité : Guy Verhofstadt.

Le Premier ministre belge, qui vient de publier un ouvrage intitulé "Les Etats-Unis d'Europe", a passé au crible les causes de la désaffection des citoyens pour l’Union européenne et suggéré une stratégie à deux voies : poursuivre le processus de ratification et renforcer l’intégration de l’eurozone.  

 Lire le discours de Guy Verhofstadt


L'Union doit "poursuivre son élargissement"…


Dans son discours prononcé devant le Parlement européen, Guy Verhofstadt s’est tout d’abord dit flatté d’ "essuyer les plâtres dans une série de débats que vous tenez à mener sur l’avenir de l’Europe avec les chefs de Gouvernement". Qualifiant le 1er mai 2004 , de  "tournant dans l’histoire de l’Europe" et de "véritable jour de fête pour l’Union européenne", le Premier ministre a rappelé que "nombreux sont ceux qui semblent avoir la mémoire courte lorsqu’ils parlent de l’élargissement de l’Europe". 

"L'Union se serait élargie trop vite. L'Union aurait également atteint ses limites naturelles ; elle aurait dépassé les limites de sa "capacité d'absorption". Mais que signifie 'trop vite' pour des populations qui ont été dominées pendant près de cinquante ans", s’est-il interrogé. Guy Verhofstadt a par ailleurs estimé que "l'on ne peut réfléchir à l'avenir de l'Union en termes de "soit", "soit". Soit l'"élargissement", soit l'"approfondissement"", et le premier comme le second doivent être poursuivis. "Le cours de l'histoire suivra une seule direction. L'Union doit poursuivre son élargissement. C'est la seule garantie pour une paix et une stabilité durables sur le vieux continent", a-t-il indiqué.


… et son "approfondissement"

Dans le même temps, le Premier ministre a plaidé pour que l'Union poursuive "son approfondissement" ; "l'intégration européenne ne peut interrompre sa progression. Il faut, en tout cas, mettre un terme à la période d'immobilité qui sévit en Europe". Concernant le processus de Lisbonne, il a indiqué "ne rien reprocher aux objectifs de la stratégie (...) mais la méthode qui est suivie, ladite méthode de coordination ouverte est bien trop faible pour donner une impulsion décisive à l'intégration européenne".

Evoquant la question du choix entre une "Europe en tant que zone économique de libre-échange" ou une "Europe sous les traits d'une entité politique", il a estimé que "le cours de l'histoire suivra une seule direction" : "si l'Europe veut encore compter dans ce nouvel ordre mondial sur les plans économique, politique ou militaire, l’union politique est sa seule issue. Aucun Etat membre, pas même un grand, ne peut avoir l'illusion de peser seul sur l'actualité mondiale".

Reprenant à son compte la formule de son "illustre prédécesseur", Paul Henri Spaak : "L'Europe n'est encore composée que de petits pays. La seule distinction pertinente qui demeure réside dans le fait que certains pays le comprennent et que d'autres refusent encore toujours de le reconnaître".

En résumé, a déclaré Guy Verhofstadt, "la question n'est pas de savoir si l'Union se muera en une entité plus fédérale et politique. La question est de savoir quand cela se produira ou, mieux encore, si cela se produira à temps".


Mettre en place"un projet pour l’Europe"

Le Premier ministre s’est dit "convaincu qu'il est plus que grand temps d'entreprendre quelque chose" : "L'Europe des projets a été citée. Alors que c'est plutôt de l'inverse dont nous avons besoin : d'un projet pour l'Europe ". Sur l'origine des référendums négatifs en France et aux Pays-Bas, il a estimé que "nombre de leaders politiques dressent dans leur pays un triste tableau de l'Europe et ce, depuis un certain temps déjà. Lorsque les choses vont bien, les mérites en reviennent au seul pays. Lorsque par contre les choses tournent mal, l'on pointe à tous les coups le doigt sur l'Europe. Et il faut bien reconnaître que l'Europe est une victime consentante".

Autre facteur de désintérêt du citoyen, selon lui, "l'Europe n’apporte pas de réponse ou qu’une réponse très lacunaire à ses nombreuses questions et préoccupations". Chômage, délocalisations, "on est toujours en attente d’une réponse européenne convaincante". "Inutile donc de s'étonner que le citoyen européen décroche", a-t-il déclaré, en, précisant que cela n’est pas étonnant "qu'il agisse ainsi". "Nous ne savons que trop bien que l'Union telle qu'elle fonctionne actuellement n'est pas assez forte pour proposer des réponses efficaces et univoques. Et nous n'en connaissons que trop les raisons", a-t-il affirmé.


Emprunter la voie d’une "véritable fédération"

"Tant que l'Europe n'empruntera pas définitivement la voie d'une véritable fédération ou la règle de l'unanimité serait abolie ou au moins limitée au strict minimum, elle sera dénuée des outils lui permettant de faire face rapidement et énergiquement aux nouveaux défis", a-t-il déclaré. Selon le Premier ministre, "une confédération (...) paralyse le processus décisionnel européen".

"Cinquante ans après le lancement de l'Union, le temps est en effet venu d'opérer un choix définitif entre Confédération ou fédération", a-t-il insisté. La solution, selon lui, résiderait dans le choix d'une "véritable fédération, où la règle de l'unanimité serait abolie, où du moins limitée au strict minimum".


Un renforcement de la zone euro

Partant du constat que tous les pays européens sont en régression, Guy Verhofstadt a estimé que "la méthode inter gouvernementale sans engagement qui constitue la base de la stratégie de Lisbonne de fonctionne pas". C'est pourquoi il a plaidé pour un renforcement de la zone euro "la mise en œuvre d'une politique de convergence similaire à celle "qui a porté ses fruits" dans le Pacte de croissance et de stabilité et a permis d'introduire l'euro.

"Ni le marché unique ni l'euro n'auraient vu le jour sans un puissant modèle communautaire" a souligné le Premier ministre qui a tenu toutefois à préciser : "ce renforcement de l'eurozone ne devra toutefois exclure personne". Une telle démarche supposerait, notamment, un rapprochement des institutions, une préparation conjointe du Conseil du printemps de l’UE, la fixation de priorités macroéconomiques communes lors de la confection des budgets nationaux et l'élaboration de critères de convergence dans les matières sociales, fiscales ou économiques.

Il a ensuite évoqué d'autres aspects comme la lutte contre l'immigration illégale, la criminalité organisée ou le terrorisme  qui méritent également "plus d'Europe". Il a insisté également sur le besoin de disposer d'un brevet européen et d'une politique étrangère commune. En particulier il a mentionné une défense européenne autonome qui demeurerait un "pilier de l'OTAN". 


Constitution : "poursuivre la ratification"

Pour le Premier ministre belge, une seule option quant à l'avenir du traité constitutionnel : poursuivre la ratification . Selon lui, "d’un point de vue tant pratique que politique, une seule option se présente en réalité ; il s'agit de poursuivre la ratification de cette constitution. Non seulement chaque pays, mais aussi chaque citoyen de l’Union a le droit de se prononcer sur cette constitution".

"Devant les deux ‘non’ des Pays-Bas et de la France, se sont élevés quinze ‘oui’ de quinze autres États membres de l'Union. L’Europe cesserait d’être une démocratie si elle devait ne pas en tenir compte. Plus encore, j'estime que ceux qui, ces derniers mois, ont mis au frigo la ratification ont le devoir de lancer ou de reprendre le cours de la procédure de ratification", a-t-il expliqué.

Il s’agit de poursuivre la voie de la Constitution, qui sera bientôt ratifiée par 16 pays et, le chiffre de 20 ratifications pourrait, selon lui, être atteint : "je pense par ailleurs que la ratification de quatre cinquièmes des Etats membres est loin d'être utopique, du moins si chaque pays prend ses responsabilités. Et si nous obtenons ce quorum, nous serons face à une situation fondamentalement nouvelle, laquelle ouvrira nécessairement de nouvelles perspectives".

"En d’autres termes, ce pour quoi je plaide, c'est pour l'élaboration rapide d'une nouvelle stratégie, laquelle suivrait deux directions. D'une part, nous poursuivrions la voie de la ratification, de l'application intégrale et de la concrétisation de la déclaration 30 et d'autre part, sans qu’une modification de traité ne soit nécessaire, nous emprunterions la voie vers une nouvelle étape importante dans l'unification européenne. Cette stratégie à deux voies est la seule méthode pour donner une issue positive à la période d'insécurité actuelle qui, sinon, nous poursuivra pendant des années et surtout pour nous éviter de perdre du temps. Le temps est en effet la dernière chose que nous pouvons nous permettre de perdre", a-il déclaré.

Evoquant l'échec de la communauté européenne de défense il y a 52 ans, qui n'a pas empêché la signature du traité de Rome, Guy Verhofstadt a plaidé pour le courage politique : "nous devons remettre l'Europe sur les rails".