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Guillaume Klossa : "Pendant la Présidence française, on a eu le sentiment qu'on arrivait à rebondir sur les crises"

Actualité 12.01.2009

Ancien conseiller spécial de Jean-Pierre Jouyet aux Affaires européennes, journaliste et fondateur des Etats généraux de l'Europe, Guillaume Klossa est un fin connaisseur des arcanes de l'Union européenne. Il nous reçoit chez lui pour tirer le bilan d'une Présidence française de l'Union qu'il a suivie de très près, et pour faire un rapide tour d'horizon des événements à venir au niveau européen.

"Si la Présidence française avait pu s'appuyer sur une Commission plus forte, elle l'aurait fait"


Ce n'est pas un excès de nationalisme que de l'écrire : le bilan de la Présidence française de l'Union européenne est jugé avec bienveillance par la plupart des observateurs des questions européennes. Pour Guillaume Klossa, cela s'explique par la gestion des crises, diplomatique et financière, qui ont émaillé ces six mois de Présidence : "on a eu le sentiment qu'on arrivait à rebondir sur les crises et à y apporter des solutions". Un autre facteur explique pour lui cette réussite : "sa bonne préparation", notamment la décision du Président de la République d'installer Jean-Pierre Jouyet "à mi-temps" à Bruxelles, de multiplier les déplacements sur le continent, et de recevoir avant juillet les principaux représentants du Parlement européen.

 

 


Pour autant, les critiques n'ont pas manqué à l'adresse de Nicolas Sarkozy. Notamment celle d'avoir renforcé la prépondérance des Etats au sein de l'Union, au détriment de la Commission européenne et de l'esprit communautaire. "Une critique en partie injuste" pour Guillaume Klossa : d'une part, parce que la Commission était affaiblie bien avant le début de la Présidence française, d'autre part parce que l'UE a été confrontée à des crises "pour lesquelles la Commission n'avait pas de compétence particulière".

Autre point polémique soulevé par les observateurs : la fragilisation du couple franco-allemand du fait de certaines divergences de vue entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. "Une idée aussi vieille que le couple franco-allemand", rétorque l'ancien conseiller de M. Jouyet, pour qui on oublie trop souvent les relations fortes et durables entre les administrations des deux pays. Cela dit, il serait opportun à ses yeux de "remettre à plat" cette relation bilatérale pour "l'ouvrir" à d'autres Etats.

"En 2009, l'Europe devra prouver qu'elle est le bon niveau pour résoudre la crise économique"

Blog d'un Européen

Guillaume Klossa a lancé voici quelques semaines son blog. Une façon pour lui de "donner son propre regard" sur l'actualité européenne, mais aussi une occasion "de faire découvrir des personnalités européennes trop méconnues". Par exemple Maria-Joao Rodrigues, ancienne ministre portugaise du Travail, "qui a eu un rôle décisif dans la conclusion du Traité de Lisbonne".


Bien que sa Présidence européenne se soit achevée le 31 décembre 2008, Nicolas Sarkozy continue de se montrer très actif sur la scène internationale, notamment dans la recherche d'une solution au conflit israélo-palestinien qui est entré dans une nouvelle phase. Au risque de porter atteinte à l'action de la Présidence tchèque et à la cohésion de l'UE ? "Le Président Sarkozy a envie de continuer à jouer un rôle important" rappelle Guillaume Klossa, pour qui la Présidence de l'UE doit de toute façon s'appuyer sur les atouts et "compétences spécifiques de tel ou tel pays", comme c'est le cas pour la France au Proche-Orient. A moyen terme, ce fervent défenseur du Traité de Lisbonne attend beaucoup du futur Président stable du Conseil, notamment qu'il confie des mandats spécifiques aux chefs de gouvernement qui seraient le plus à même de les remplir efficacement.


Un autre Président risque de faire beaucoup parler de lui en 2009, mais de l'autre côté de l'Atlantique. L'élection de Barack Obama va-t-elle faire évoluer les rapports entre l'Europe et les Etats-Unis ? Selon Guillaume Klossa, si la relation transatlantique ne fait pas partie des priorités du futur hôte de la Maison Blanche, celui-ci "sera à l'écoute des Européens" à condition qu'ils aient une vision claire et unie de leurs attentes à l'égard de Washington. 

 

 

Mais l'événement majeur de 2009, c'est bien sûr les élections européennes. Leur succès "dépend largement des partis européens" qui doivent présenter des candidats pour le poste de Président de la Commission. Les partis nationaux devront quant à eux nommer des candidats "crédibles dans leurs fonctions de futurs parlementaires européens". Pour le fondateur de l'ONG Europanova, la société civile doit "faire pression pour que les choses se fassent".

Autre échéance cruciale : le deuxième référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne, prévu à l'automne 2009. "Pour que les Irlandais disent oui, il faut que l'UE prouve pendant les mois qui viennent que l'Europe est le bon niveau pour résoudre la crise économique". L'Europe entière risque de pâtir d'un nouveau refus irlandais: l'ancien conseiller de M. Jouyet estime que "sans ce traité l'Union ne pourra pas fonctionner de manière efficace". Sueurs froides en vue pour la fin de l'année...

 

Entretien réalisé le 09/01/2009