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Grèce : Antonis Samaras reçoit la confiance du Parlement tandis que son secrétaire d'Etat au Travail démissionne

Actualité 11.07.2012

Avec 179 députés "pour" sur 300, le Parlement grec a voté, dimanche 8 juillet, la confiance pour le gouvernement de coalition d'Antonis Samaras, chef de la Nouvelle Démocratie, parti conservateur. Allié au Pasok, centre-gauche, et à Dimar, gauche démocratique, Antonis Samaras va être en mesure de mener sa politique de relance de l'économie, comprenant de nombreuses privatisations.

Un discours de politique générale orienté contre Alexis Tsipras

"Il faut se maintenir dans la zone euro, selon le verdict du peuple grec", a déclaré le Premier ministre. M. Samaras s'est engagé à poursuivre les réformes prévues dans le deuxième plan d'aide au pays, élaboré par l'Union européenne et le Fonds monétaire international. Les trois mois de campagne électorale, agités par l'impossibilité de former un gouvernement après les premières élections législatives du 6 mai, avaient empêché la Grèce de continuer les réformes.

Dans son discours de politique générale, Antonis Samaras a dénoncé les attaques d'Alexis Tspiras, chef de Syriza, parti de gauche radicale et principal membre de l'opposition, qui a accusé le gouvernement de "brader le pays", et d'avoir renoncé à renégocier le plan d'austérité. "La seule voie pour échapper à la faillite passe par la croissance et les investissements dans le pays, alors que vous, vous parlez toujours de plus d'Etat", a lancé Antonis Samaras.

"Nous avons de grands projets de privatisation, on nous a accusé de bradage, mais c'est un argument populiste. L'exploitation de biens publics va se faire pour échapper à la faillite et sortir de la crise", a-t-il poursuivi. Parmi les privatisations prévues figurent les sociétés publiques d'électricité, des eaux, de la poste, ainsi que les aéroports, les chemins de fer, les ports, et les petits hôpitaux régionaux. En outre, le gouvernement de M. Samaras souhaite demander un délai supplémentaire pour que l'ajustement budgétaire intervienne au-delà de l'échéance de la fin 2014.

Syriza "n'est pas une menace pour l'euro mais pour les marchés et le lobby bancaire", a une nouvelle fois déclaré Alexis Tsipras. "Les choix du ministre des Finances Yannis Stournaras vont être douloureux pour le pays", a-t-il prévenu. En plus de Syriza, le Parti communiste (KKE), les Grecs indépendants (parti nationaliste), et Chryssi Avghi (Aube dorée, parti néonazi) ont voté contre la confiance au gouvernement.

Démission immédiate du secrétaire d'Etat au Travail

Toutefois, l'investiture d'Antonis Samaras a été ternie par la démission de son secrétaire d'Etat au Travail, Nikos Nikolopoulos. Déplorant que le gouvernement n'ait pas lancé une renégociation immédiate des mesures de rigueur imposées à la Grèce par l'UE et le FMI, le secrétaire d'Etat au Travail a préféré quitter immédiatement ses fonctions. "Ma conviction est que la question de la renégociation avec la troïka et de la correction des distorsions en matière de droit du travail, des retraites et de couverture sociale aurait dû être posée avec insistance dès le début", a expliqué M. Nikolopoulos dans sa lettre de démission.

Vendredi 6 juillet, Nikos Nikolopoulos avait rencontré la délégation tripartite des bailleurs de fonds de la Grèce – l'Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international – afin de faire le point sur les efforts que doit effectuer la Grèce pour remettre le plan de redressement sur les rails. Le secrétaire d'Etat au Travail désirait repenser les modalités de ce plan avant de relancer sa mise en œuvre, rencontrant donc l'opposition de son gouvernement.

"Dans une négociation, on donne et on prend. Pour le moment nous n'avons rien fait. Nous sommes sortis du cadre que nous devions tenir. La priorité est de montrer que nous faisons des pas dans la bonne direction", a indiqué Simos Kedikoglou, porte-parole du gouvernement. En Europe, "certains cherchent une occasion pour nous jeter dehors. Mais la plupart nous disent que si la Grèce donne des gages de bonne volonté, les négociations en seront facilitées", a-t-il ajouté.

En conséquence, Antonis Samaras a désigné le député conservateur Nikos Panayotopoulos, un avocat de 47 ans, pour remplacer Nikos Nikolopoulos.

Yannis Stournaras nommé au poste clé des Finances

Autre poste clé du nouveau gouvernement d'Antonis Samaras : celui de ministre des Finances, confié à Yannis Stournaras. Décrit par Théodoros Pelagidis, professeur de macroéconomie à l'Université du Pirée, comme un homme "sincère et capable, un esprit ouvert, engagé à poursuivre les réformes", il est attendu de Yannis Stournaras, qu'il "ne fasse pas de compromis".

En octobre 2011, M. Stournaras avait provoqué un tollé en Grèce en proposant la création d'obligations d'Etat garanties sur des actifs mobiliers ou immobiliers dans l'espoir d'alléger la dette du pays. En effet, il n'existe pas de cadastre en Grèce, et les habitants demeurent attachés  à la terre. D'après la proposition, la dette grecque aurait pu être réduite à 60% du PIB, au lieu de 150% actuellement.

Considéré comme conservateur, M. Stournaras a été le conseiller de Costas Simitis (Pasok), lorsque ce dernier était Premier ministre. De 1994 à 2000, Yannis Stournaras a présidé le Conseil économique du ministère des Finances, où il a participé à la mise en place des programmes de convergence pour rejoindre la zone euro.