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Gilbert Roger: "les crédits européens sont indispensables pour le département du 93"

Actualité 15.03.2011

Dans le cadre des élections cantonales des 20 et 27 mars 2011, Touteleurope.eu a souhaité savoir en quoi les départements pouvaient être liés aux questions européennes. Pour ce faire, nous sommes allés à la rencontre du vice-président du Conseil général de Seine-Saint-Denis (93), Gilbert Roger.


Touteleurope.eu : En quoi un département comme le "93", qui n'a aucune frontière avec un pays étranger, est-il concerné par l'enjeu européen ?


Gilbert Roger: C'est un département-monde dans le sens où il est la confrontation de femmes et d'hommes qui viennent du monde entier. La Seine-Saint-Denis s’est construite au rythme de l’Europe en accueillant tout au long du XXe siècle des Italiens, des Espagnols, des Portugais, des Allemands … Le Canal de l’Ourq, par exemple, a été construit par ceux que l’on appelait les "Prussiens". Ce brassage européen est donc un état de fait, une identité on peut dire presque naturelle du département.

Cette identité européenne s’est d’ailleurs accentuée ces dernières décennies, par l’accueil de populations de toutes les origines, européenne et "monde". Le territoire de la Seine-Saint-Denis, en quelque sorte, reflète le pouvoir d’attraction de l’Europe à l’extérieur de ses frontières. La Seine-Saint-Denis est une terre d’accueil.


Touteleurope.eu : En 2005, on a voté majoritairement "non" au référendum sur l'Europe en Seine-Saint-Denis. En tenez-vous compte dans vos politiques ?

Gilbert Roger: Je suis sans doute un des rares vice-présidents de Conseil général à avoir voté oui. Je dois donc en tenir compte encore un peu plus que les autres ... Je pense que les termes du débat n’ont pas été bien présentés à l’époque et ont donné libre cours à toutes les interprétations possibles. D’un côté, on ne pouvait pas être dans la suffisance de voter oui parce qu'il fallait que ce soit oui et de l’autre, on ne pouvait être dans le non simplement parce qu'on avait peur du "plombier polonais".

L'Europe n'est pas l'Eldorado de la France et de la Seine-Saint-Denis mais elle n'est pas non plus le repoussoir de toutes les politiques. La confrontation des deux est nécessaire et constitue un véritable enjeu, qui est encore à relever.


Touteleurope.eu : Recevez-vous beaucoup de fonds européens ?

Gilbert Roger: Oui, mais cela n'a pas été forcément naturel pour la Seine-Saint-Denis. L'histoire politique de ce département est très marquée par un parti qui n'était pas le plus pro-européen, le Parti Communiste français. L'Europe était regardée plutôt comme quelque chose de libéral et technocratique. Il a fallu qu'on fasse rentrer la Seine-Saint-Denis dans l'Europe. On voyait bien qu'il y avait des opportunités de financements et de partenariats possibles. Ce n'était pas tenable de ne pas vouloir y faire appel.

Après, il a aussi fallu faire comprendre que la Seine-Saint-Denis n'était pas l'équivalent de la région Île-de-France et que ses besoins étaient très éloignés de ceux liés à la Politique agricole commune, la PAC. Or, celle-ci pèse encore très fortement dans les choix faits au niveau national.

Les premières fois où j'ai défendu la candidature de la Seine-Saint-Denis pour les fonds structurels dans les associations d'élus ou dans ma fédération d'élus socialistes, il m'arrivait de voir des gens qui avaient "peur" de nous. Parce qu'avec notre "gros" département, certains craignaient que les fonds que l’on obtiendrait fassent diminuer ceux qu’ils recevraient au titre de la PAC.

 
Touteleurope.eu: Aujourd'hui, les fonds européens représentent-ils une grosse manne financière pour votre département ?

Gilbert Roger : Les enjeux financiers sont naturellement importants en Seine-Saint-Denis compte tenu de l’ampleur des enjeux sociaux et économiques. La Seine-Saint-Denis fait notamment appel aux crédits du Fonds social européen (FSE) pour donner un accompagnement de qualité aux bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active (RSA). Ces crédits constituent un levier d’action indispensable pour la mise en œuvre de la compétence sociale du département. C’est tout le champ des actions d'insertion par l'économie qui en jeu.

La Seine-Saint-Denis sollicite aussi ponctuellement le FEDER (Fonds Européen de Développement Régional) pour tout ce qui concerne l’aménagement du territoire, les constructions. C’est grâce à l’apport du FEDER, en complément des moyens des collectivités locales, que l’on a pu retravailler les "friches industrielles" du territoire.

Tout cela participe au développement économique du territoire. Aujourd'hui, l'Europe est présente sur le territoire de l'Ourcq, de Romainville à Bondy, en passant par Noisy-le-Sec.


Touteleurope.eu : Comment faîtes-vous pour informer les populations ?

Gilbert Roger : Je pense qu'on ne fait pas encore assez. Je ne suis pas un "béni-oui-oui de l'Europe", ni du Conseil général. Nous ne faisons pas tout bien. On présente souvent l'Europe dans ses aspects les plus négatifs. Dès qu'il y a une mauvaise nouvelle, elle est européenne et dès qu'elle est bonne, elle devient franco-française.

Cependant, quand on rencontre des commissaires européens ou leurs collaborateurs, on s'aperçoit que cela peut être aussi l'administration française qui met des bâtons dans les roues pour que les opérations ne se mènent pas directement entre l'Europe et un territoire concerné.

Cela étant, le territoire n'ose pas toujours dire qu'il touche des fonds européens. Il y a peu de drapeaux européens ou d'images l'illustrant. Les drapeaux sur les panneaux d'information sur les fonds apportés par l'Union européenne sur un projet sont souvent tout petits. On n’est pas en Espagne ou au Portugal où il y en a à tous les coins de rue. Mais nous y travaillons.
 

 

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