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George Lyon, député européen : "Il reste encore bien du chemin avant que le sort de la PAC ne soit scellé"

Actualité 09.11.2010

George Lyon est membre du Parlement européen et rapporteur sur l'avenir de la politique agricole commune après 2013. Alors que la Commission européenne s'apprête à dévoiler ses propres propositions pour l'avenir de la PAC (le 17 novembre), l'eurodéputé George Lyon analyse le texte, soulignant que la fin des débats n'est pas pour tout de suite.

Touteleurope.eu : Que pensez-vous des propositions de la Commission pour l'avenir de la PAC ?

Touteleurope.eu a obtenu une version de la communication de la Commission sur l'avenir de la CAP : En savoir plusGeorge Lyon : Les propositions de la Commission recouvrent trois options : le maintien d'un statu quo, des propositions allant plutôt dans le sens d'une évolution et des idées radicales qui vont, elles, dans le sens de la suppression de tout soutien et de toute intervention sur le marché.

L'option médiane proposée par la Commission est similaire, dans les grandes lignes, à la position du Parlement européen. Cette position préconise un lien renforcé entre la dimension environnementale et les paiements directs et elle s'attaque aux questions d'équité et de juste répartition entre les États membres. Il me semble que c'est la direction à suivre.

À vrai dire, la Commission va plus loin que le rapport du Parlement en plaidant pour la mise en place, pour les paiements directs, de relations plus étroites avec l'environnement et de conditions restrictives motivées, elles aussi, par des considérations d'ordre environnemental. De notre côté, nous proposions que seule la durabilité fasse partie des exigences liées aux paiements directs. La Commission va donc un pas plus loin que nous.

Il est un point sur lequel la proposition de la Commission rate l'objectif : rien n'est dit du budget alors que celui-ci constituera le gros morceau des discussions.


Touteleurope.eu : Laquelle des trois options le Conseil est-il susceptible d'accueillir le plus favorablement ?

G.L. : Je crois que le Conseil soutiendra surtout la proposition allant dans le sens d'une évolution. Je ne pense pas que le statu quo soit même envisageable et, comme l'approche radicale visant à en finir avec la PAC ne risque certainement pas de recevoir un large soutien, l'option médiane se présente comme la plus réaliste.


Touteleurope.eu : Y a-t-il encore de la marge pour des négociations sur la PAC ou y a-t-il déjà un accord sur l'essentiel ?

G.L.: Je pense que des négociations majeures nous attendent ! À y regarder de plus près, le document de la Commission n'est guère détaillé et rassemble mille et une idées. Le chemin à parcourir est encore long.

Quasiment chacun pourrait y trouver un indice de la prise en compte de ses préoccupations individuelles. Le vrai travail de fond est d'arriver à en tirer ce que sera exactement et en fin de compte cette proposition ; c'est quand on entrera dans les détails que les vraies difficultés vont se poser. Il reste donc encore bien du chemin avant que le sort de la PAC ne soit scellé.


Touteleurope.eu : Quels sont les enjeux des négociations de la PAC ?

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G.L.: On voit divers blocs émerger de ces négociations. Mon avis est que la position que le Parlement a adoptée est la bonne, sachant toutefois que cet avis vous est donné par l'auteur du rapport de cette institution ! Il me semble que le grand défi auquel nous sommes confrontés est de déterminer comment garantir un système de production alimentaire durable pour l'avenir. L'impact du changement climatique se traduira par une réduction des terres arables susceptibles d'être mises en exploitation, une pénurie des ressources hydriques et une raréfaction de l'énergie qui ira de pair avec son renchérissement.

Ce sont là des défis majeurs à relever si nous devons assurer une production alimentaire suffisante pour satisfaire les besoins d'une population mondiale en croissance et la demande supplémentaire en produits carnés des régimes alimentaires "occidentalisés" adoptés par les pays en développement.

Par conséquent, la durabilité doit être au cœur même de la réforme pour l'avenir. Je me réjouis de voir la Commission être sensible à ce sujet dans sa proposition ; j'espère que les États membres se rallieront à cette idée, qu’ils saisiront la mesure de ces énormes défis et que la PAC sera une des pièces du programme à mettre en place pour l'avenir.


Touteleurope.eu : Pensez-vous que la part du budget européen consacré à la PAC se maintiendra à 40 % ?

G.L.: Le budget de la PAC sera sans aucun doute étudié à la loupe pour la bonne raison que les États membres sont en manque d'argent et que des budgets d'austérité sont mis en place un peu partout dans l'UE. Vu que cette situation ne changera pas à court terme, la question budgétaire va dominer les débats et il y a fort à parier que le débat budgétaire jouera un rôle moteur dans le débat final sur la PAC.

La position négociée par le Parlement défend le principe d'un maintien de la part du budget affecté à la PAC en 2013, soit 39 % du budget total de l'UE. Il est clair que d'ici à l'accord qui sera pris, il y a encore de la marge pour des discussions et à mon avis, les pressions visant à remettre en cause ce niveau de 39 % se feront plus fortes à mesure que le débat avance.


Touteleurope.eu : En quoi une PAC forte est-elle importante pour l'UE ?

G.L.: La PAC est la garantie d'une continuité de l'approvisionnement alimentaire. Elle garantit aux consommateurs un approvisionnement d'origine locale. Laissez le marché décider où produire des denrées alimentaires et des régions entières de l'Europe abandonneront toute agriculture en raison du handicap concurrentiel dont elles souffrent. Les consommateurs ne sont pas preneurs de cette option.

En outre, la PAC est un instrument au travers duquel il est possible d'assurer l'application de règles strictes de protection l'environnement ainsi que la sauvegarde d'un patrimoine paysager que nous apprécions tous et dont la gestion est assurée par les agriculteurs... Pour moi, la PAC offre par conséquent un très vaste éventail d’avantages.

De toute évidence, le grand défi qui nous attend est d'arriver à mettre en place un système de production alimentaire durable pour l'avenir, grâce auquel le consommateur européen aura la garantie d'un approvisionnement alimentaire sûr et de qualité et qui pourra contribuer au moins pour une part à satisfaire la croissance de la demande alimentaire mondiale.



En savoir plus :

Page europarl de George Lyon

Site de George Lyon, député européen écossais 

Dossier spécial sur la réforme de la PAC - Touteleurope.eu