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Futurs commissaires : ce qu'en disent les eurodéputés français

Actualité 18.09.2019 Marie Guitton, à Strasbourg

François-Xavier Bellamy, Manon Aubry, Yannick Jadot... Les députés européens élus par les Français en mai 2019 devront bientôt se prononcer sur la nouvelle équipe de la Commission européenne, soumise à un vote d'approbation du Parlement européen avant d'entrer en fonction. En l'état, des délégations françaises menacent de retoquer plusieurs candidats à l'exécutif bruxellois.

Point presse des eurodéputés écologistes français, le 17 septembre à Strasbourg - Crédits : Marie Guitton / Toute l'Europe

Point presse des eurodéputés écologistes français, le 17 septembre à Strasbourg - Crédits : Marie Guitton / Toute l'Europe

Les eurodéputés ont élu en juillet la future présidente de la Commission européenne, l'Allemande Ursula von der Leyen (PPE, droite conservatrice). Avant d'entrer en fonction, sa nouvelle équipe devra elle aussi être approuvée par les parlementaires européens, au cours d'un vote prévu le 23 octobre. A la fin du mois de septembre, le Parlement européen auditionnera donc tous les candidats aux postes de commissaires européens, pour vérifier leur aptitude à prendre en charge les portefeuilles exécutifs de l'Union européenne (Economie, Affaires étrangères, Environnement et Océan, etc.).

Qui sont les futurs commissaires européens ?

Plusieurs personnalités font déjà polémique. C'est le cas du Hongrois László Trócsányi, ancien ministre de la Justice de Viktor Orban, artisan de réformes controversées dans son pays. Mais aussi du belge Didier Reynders ou de la Française Sylvie Goulard, gênés par des affaires judiciaires.

De même, les intitulés et la répartition des portefeuilles suggérés par la nouvelle présidente font grincer de nombreuses dents. Notamment le portefeuille "Protection du mode de vie européen", englobant celui de l'immigration, attribué au Grec Margaritis Schinas. Selon les Républicains, qui appartiennent à la même famille politique que la future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen serait prête à engager un débat sur la signification exacte de cet intitulé, mais pas à le modifier.

Dès lors, plusieurs eurodéputés français, comme les écologistes ou les socialistes, menacent de retoquer certains candidats. Leurs points de vue seront relayés par les présidents de leurs familles politiques européennes jeudi 19 septembre, lors d'un entretien avec Ursula von der Leyen à Strasbourg, en marge de la session plénière du Parlement européen.

  • Les Républicains : pas d'objection sur le Hongrois ; Sylvie Goulard sur la sellette

Au Parlement européen, Les Républicains siègent au sein du Parti populaire européen (PPE), aux côtés des eurodéputés hongrois du Fidesz, le parti de Viktor Orban.  

Mercredi 18 septembre à Strasbourg, François-Xavier Bellamy, leur chef de file, a expliqué que l'Union européenne n'avait pas d'autre choix que de travailler avec la Hongrie, et donc avec les représentants de la politique de Viktor Orban. "C'est le principe des institutions européennes."

Manfred Weber, le président du PPE au Parlement européen, a également fait savoir que son groupe soutenait l'intitulé du portefeuille "Protection du mode de vie européen", tel que proposé par Ursula von der Leyen : "Nous ne devrions pas laisser l'extrême droite s'emparer du débat sur le mode de vie européen. C'est notre débat. Le titre est cristallin et nous le défendons", a-t-il fait savoir sur Twitter.

En revanche, la candidature de Sylvie Goulard, choisie par la France, apparaît plus problématique au sein du groupe PPE : "Nous sommes gênés, elle a démissionné en tant que ministre parce qu’elle considérait que sa situation avec la justice rendait sa présence au sein du gouvernement difficile, pourquoi candidate-t-elle en tant que commissaire ?"

Les Républicains ne semblent pas frontalement opposés à la candidate française, mais "c'est un vrai sujet dans les autres délégations, notamment dans la délégation allemande [de la CDU]. Si les autres groupes décident d’empêcher un candidat du PPE, ils feront pareil", prévient François-Xavier Bellamy.

Le PPE pourrait donc se livrer à un jeu de marchandage qui avait déjà permis, par le passé, de repêcher le candidat conservateur Arias Cañete. A l'époque, le groupe PPE avait menacé de ne pas approuver la candidature de Pierre Moscovici (PS) à l'Economie si son propre candidat était retoqué par les sociaux-démocrates au Parlement européen.

  • Parti socialiste : carton rouge pour les intitulés et la répartition des portefeuilles

Les eurodéputés socialistes français ne manquent pas de critiques quant à la composition de la future équipe. La désignation – pour siéger à Bruxelles - de l'un des plus grands artisans de la politique controversée de Viktor Orban serait une "provocation". Plus généralement, les intitulés des postes ne seraient "pas très clairs", donnant le sentiment d'un "grand enchevêtrement" entre plusieurs portefeuilles. Ainsi les postes des dix commissaires sociaux-démocrates seraient-ils "verrouillés", placés sous la "supervision" d'autres commissaires ; "ils n'auront pas les mains libres", déplore l'eurodéputé socialiste Eric Andrieu.

La délégation estime également "inquiétante" la "disparition" du portefeuille de la Culture, de l'Education et de la Recherche. Et surtout, indique Sylvie Guillaume, la cheffe de file des socialistes français : "il y a un éléphant dans le couloir", qui "met le feu aux poudres" : le portefeuille "Protection du mode de vie européen", attribué à Margaritis Schinas.

La couleur est annoncée : lors de la conférence des présidents [de groupe], ce jeudi 19 septembre, Ursula von der Leyen sera donc "titillée", voire "pilonnée" par le groupe des sociaux-démocrates (S&D), si elle ne remanie pas en partie son équipe.

  • La République en marche / Renaissance : aucun veto a priori

Le parti reste relativement évasif sur son positionnement, et celui de son groupe libéral Renew, au cours des auditions à venir. "Il y a une forme de tentation, au Parlement européen, de faire du marchandage, du chantage : je tue l'un de tes candidats, tu tues l'un des miens… Mais de notre côté, s'il y a une prise de position très forte, ce sera sur les compétences", a indiqué mardi 17 septembre Stéphane Séjourné, à la tête de la délégation.

Comme Les Républicains, les eurodéputés de la République en marche estiment que les Européens n'ont pas le choix : le commissaire hongrois sera forcément une personnalité recommandée par le gouvernement de Viktor Orban. "On aura un "orbanien" quoi qu'il arrive", souffle Stéphane Séjourné.

S'agissant de Sylvie Goulard, les Marcheurs soutiennent également sa candidature, proposée par Emmanuel Macron.

Quant au portefeuille de Margaritis Schinas, sur la "Protection du mode de vie européen" : cet intitulé serait "interprété politiquement, instrumentalisé", selon Stéphane Séjourné. Mais "il ne faut pas écarter de changer le titre si ça peut lever l'ambiguïté."

Dacian Ciolos, le chef de file du groupe libéral Renew Europe, auquel est affilié la République en marche au Parlement européen, exhortera donc ce jeudi Ursula von der Leyen à retirer les migrations du portefeuille de M. Schinas, ou à changer l'intitulé du poste.

  • Europe écologie les Verts : des propositions "exécrables" et "inacceptables"

Les écologistes se félicitent de voir, pour la première fois, une équipe de commissaires paritaires (14 hommes et 13 femmes). Mais au-delà de cette considération, les critiques pleuvent, assez proches de celles formulées par les socialistes.

Le parti Europe Ecologie Les Verts va jusqu'à parler de "tâche brune", en référence au portefeuille de la "Protection du mode de vie européen" : "c'est une caution donnée à l'extrême droite qui nous paraît inacceptable", indique Yannick Jadot, qui avait mené la campagne des européennes pour EELV. "J'ai envoyé une lettre à Ursula von der Leyen", ajoute l'eurodéputée Karima Delli : "Nous protéger de quoi ? de qui ? Des migrants ? Est-ce une garantie donnée à Viktor Orban qui l'a soutenue ?", s'interroge l'élue qui parle "d'erreur politique".

La délégation écologiste française au Parlement européen déplore aussi que les intitulés "Etat de droit", "Education" ou encore "Diversité" aient disparu des portefeuilles.  

Comme Les Républicains, les Verts s'étonnent par ailleurs que la Française Sylvie Goulard n'ait "pas pu être ministre, mais qu'elle puisse être commissaire européen".

Enfin, "avoir Phil Hogan au Commerce est une proposition exécrable, après avoir été un exécrable commissaire à l'Agriculture", ajoute le parti.

"Tout ça ne participe pas, pour notre part, à une appréciation positive", conclut Yannick Jadot.

Les auditions des candidats s'annoncent houleuses…

 

Rassemblement national : Une "victoire idéologique"
A Fréjus
, dans le Var, Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, a également réagi à l'annonce d'un portefeuille dédié à la "Protection du mode de vie européen" associant migrations, intégration et sécurité. Il s'agirait, pour l'extrême droite, d'une "victoire idéologique", Bruxelles se voyant obligée de "reconnaître que l'immigration pose la question du maintien du mode de vie des Européens".

La France insoumise : "On devrait parler d'accueil digne des migrants"
Interrogée par France24, Manon Aubry, cheffe de file de la France insoumise au Parlement européen, a pour sa part regretté de voir dans l'intitulé du portefeuille de M. Schinas "les mots et les idées de l’extrême droite". "Alors qu’on devrait parler d’humanité et d’accueil digne des migrants, voilà l’orientation que compte donner Ursula von der Leyen aux politiques migratoires européennes avec une agence Frontex qui va servir de bras armé de l’UE pour militariser nos frontières au lieu de sauver des vies humaines", a-t-elle déploré.