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Franziska Brantner : "il coûterait moins cher de régler un conflit extérieur sans passer par les armes"

Actualité 22.10.2010

L'eurodéputée allemande Franziska Brantner (Verts/ALE) a présenté un rapport sur la question de l'instrument financier concernant l'action extérieure de l'Union européenne, dans le cadre de la révision à mi-mandat du budget. L'occasion pour Touteleurope.eu de voir avec elle comment l'Union peut intervenir pour prévenir les conflits dans le monde.

Touteleurope.eu : Comment présenteriez-vous votre rapport à un lycéen ?

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Franziska Brantner : C'est un rapport sur un "instrument financier", c'est-à-dire l'argent de l'Union européenne, et plus particulièrement sur un budget pour l'action extérieure. C'est un budget qui est là pour les situations de crises afin que l'Union européenne puisse intervenir très rapidement. Le montant de cet instrument s'élève autour de 200 millions d'euros. Normalement, l'argent de l'UE est programmé pour sept ans et il est prévu d'avoir une révision à mi-chemin pour voir si cela fonctionne bien depuis que nous avons créé cet instrument ou s'il ne faut pas changer ou modifier quelque chose.

Pour notre instrument financier, nous en étions à la révision à mi-chemin. Heureusement, nous avons peu de sujets à réviser, c'est un instrument qui fonctionne très bien. Il y avait quelques aspects à revoir, notamment quant aux armes légères et de petit calibre (ALPC). Sur ce sujet-là, il y avait une bataille entre la Commission européenne et le Conseil qui représente les Etats membres. La Commission avait déjà commencé à travailler sur ces questions-là, mais les Etats membres postulaient que cela relevait de leurs prérogatives. En clair: étaient-ce au Etats membres de décider à l'unanimité d'agir ou la Commission avait-elle le pouvoir d'agir rapidement à travers le monde ?

Du coup, la Commission est allée devant la Cour de Justice de l'Union européenne et a gagné. Cependant la Cour de Justice a également appelé à la révision du texte légal, de l'instrument financier, pour clairement indiquer qu'il s'agit bien d'une compétence communautaire. Nous, le Parlement européen, étions en faveur de la Commission.


Touteleurope.eu : Quel a été le résultat du vote de cette semaine durant la session plénière à ce sujet ?

Franziska Brantner : Nous avons estimé qu'il fallait donner à la Commission ce pouvoir-là. D'autant plus que les guerres d'aujourd'hui ne se livrent plus beaucoup entre les Etats. Il s'agit souvent de guerres civiles qui utilisent surtout des petites armes, les ALPC. Le contrôle quant à la législation à ce sujet est beaucoup moins important que sur les autres types d'armes, mais finalement cela tue beaucoup plus de gens qu'il y a seulement 50 ans. Nous devons donc plus contrôler et limiter l'exportation et l'utilisation de ces ALPC.

C'est très important de mon point de vue si on parle de paix et du rôle de l'Union européenne pour la garantir.


Touteleurope.eu: Pourquoi préconiser dans votre rapport la mise en place d'unités de soutien des médiations sur le modèle de celles qui existent à l'ONU ?

Franziska Brantner : Il ne faut pas agir quand c'est déjà trop tard et que la situation s'est envenimée. Pour enrayer ce cycle, il faut envoyer des médiateurs ou soutenir des médiateurs locaux pour qu'ils puissent agir avant que la situation ne dégénère. Cela coûterait beaucoup moins cher au final, mais cela demande une expertise qui n'est pas gratuite, avec des experts et une capacité financière pour instituer ce genre de processus.


Touteleurope.eu: Quelle est la différence avec la proposition de mise en place de forces d'action rapide ?

Franziska Brantner : Ce type de forces d'action rapide reviennent à agir quand il est déjà trop tard. L'idée de la prévention est d'éviter d'avoir à envoyer des forces militaires. On peut régler des conflits sans passer par les armes via l'expertise et une volonté internationale d'aider et d'agir. On ne peut pas toujours éviter le conflit, mais il y aurait ainsi une bonne chance d'y arriver. Surtout qu'actuellement, nous arrivons beaucoup trop tard de toute façon.

Dans le cas du Kenya, après les élections, il y avait des émeutes dans Harare. Le fait que les Nations Unies aient envoyé des médiateurs leur a permis d'éviter un conflit encore plus violent qu'il ne l'a été.


Touteleurope.eu: Au Parlement européen a eu lieu un vote important sur le congé de maternité et le congé de paternité. Cela vous concerne fortement puisque vous avez eu un enfant durant votre début de mandat. Il y a également eu une polémique au sujet de votre mari qui a pris son congé de paternité alors qu'il est maire d'une grande ville allemande. Est-ce que ce vote va dans la bonne direction ?

Franziska Brantner : Vu mon histoire personnelle, je pense effectivement que cela va dans la bonne direction. Il faut le vivre : il n'y a aucun métier où quelqu'un est complètement indisponible. De nos jours, des postes à hautes responsabilités sont occupées par des femmes. Si on considère qu'il faut toujours être là et qu'on n'est pas en capacité de prendre un ou deux mois pour ça, cela veut dire qu'on gère mal son poste. D'ailleurs, cela voudrait dire qu'on ne peut pas tomber malade non plus...

C'était le reproche fait à mon mari: il fallait qu'il soit sur place car il était indispensable en tant que maire. Mais que ce serait-il passé s'il était malade ? Cela s'est très bien passé et il n'y a pas eu de grandes crises dans sa ville. C'est une question de préparation. Bien sûr, on ne peut pas le faire
pendant six mois ou un an, mais sur une petite durée, c'est faisable. Ce genre de réaction négative, c'est un peu la vielle école où on est indispensable... surtout les hommes !

 

 

 

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