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François Hollande s’associe à Matteo Renzi pour relancer la gauche européenne

Actualité 24.06.2014

François Hollande accélère. Soucieux de digérer la défaite cuisante des élections européennes du 25 mai, le chef de l’Etat a réuni à Paris les principaux dirigeants européens de gauche, dont Matteo Renzi, le chef du gouvernement italien qui a le vent en poupe. L’occasion pour eux de se mettre en ordre de bataille pour le Conseil européen des 26 et 27 juin et de formuler leurs propositions pour repenser l’Europe.

François Hollande

François Hollande et Matteo Renzi d’accord pour soutenir Jean-Claude Juncker

François Hollande – Matteo Renzi : le nouveau couple-clé de l’Union européenne. Les deux hommes se sont réunis à Paris le 21 juin, en compagnie de leurs homologues sociaux-démocrates européens, dont Sigmar Gabriel, partenaire de la grande coalition d’Angela Merkel. Plus qu’une réaction au "week-end" conservateur qui s’est tenu en Suède avec, entre autres, la chancelière allemande et David Cameron, la rencontre des dirigeants de gauche européens leur a semble-t-il permis de fixer un cap commun pour les échéances à venir.

Le prochain Conseil européen, organisé jeudi et vendredi à Bruxelles, s’annonce en effet crucial. En premier lieu, on devrait enfin en savoir plus sur le nom du prochain président de la Commission européenne. Le Premier ministre britannique effectue un intense travail de lobbying pour évincer le candidat naturel – Jean-Claude Juncker, investi par le Parti populaire européen, vainqueur (relatif) des élections européennes. D’après les dernières informations, il ne serait pas en mesure de lui couper la route. Rares sont les chefs d’Etat et de gouvernement à se montrer enthousiastes sur la personne de M. Juncker, mais la majorité d’entre eux semble soucieuse de respecter le choix des urnes. MM. Hollande et Renzi également devraient soutenir le nom de l’ancien Premier ministre du Luxembourg, conservateur modéré et résolument europhile – pour ne pas dire fédéraliste, le mot étant interdit à Londres.

Cette épineuse question en passe d’être réglée, les deux dirigeants tâcheront alors d’insister sur la réorientation qu’ils souhaitent donner à l’Europe. Ce n’est donc pas un hasard du calendrier s’ils se sont tous deux exprimés sur ce sujet mardi 24 juin.

François Hollande veut une politique économique centrée sur la croissance et l’emploi

De son côté, François Hollande a adressé à Herman Van Rompuy, actuel président du Conseil européen, un "agenda pour la croissance et le changement en Europe". Cinq grands objectifs ont été définis par François Hollande : orienter la politique économique sur la croissance, réduire le chômage des jeunes, définir une politique européenne de l’énergie, maitriser les flux migratoires et mettre en place un "choc de simplification" pour les institutions européennes. "Il s’agit de tirer pleinement parti des flexibilités afin notamment de tenir compte des réformes engagées par les pays et de leur situation économique", peut-on lire dans le document rédigé par l’Elysée, dont Le Monde a révélé la teneur. Une façon à peine cachée de plaider pour un délai supplémentaire pour passer sous le seuil de 3 % de déficit.

D’une manière plus générale, le président français propose de repenser la politique économique européenne pour écarter le risque de déflation et contrebalancer les politiques d’austérité qui plombent la croissance tout en provoquant un important coût social. Pour ce faire, "une convergence fiscale et sociale" doit être mise en place, tout comme "un programme d’investissements à cinq ans, mobilisant les ressources publiques européennes et nationales". En outre, aspect non-négligeable, François Hollande se déclare favorable à la renégociation des accords de libre-échange avec les Etats-Unis, réclamant une "pleine transparence et la protection des plus hauts standards sociaux et environnementaux".

Matteo Renzi s’appuiera sur la présidence italienne pour lancer son ambitieux programme

Matteo Renzi a quant à lui présenté devant les parlementaires italiens un programme intitulé "mille jours pour changer l’Italie et l’Europe". Pour le président du conseil italien, le contexte est plus que propice à un coup d’éclat. Auréolé d’une victoire sans appel lors des élections européennes où il a obtenu 40,8 % des suffrages et largement battu le mouvement populiste 5 étoiles de Beppe Grillo, Matteo Renzi peut s’appuyer sur une forte légitimité politique alors que l’Italie s’apprête à prendre la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne à partir du 1er juillet.

Parmi les priorités énoncées par Matteo Renzi, on retrouve certaines mises en avant par François Hollande comme la réforme du marché du travail. Le président de la République ne trouvera également rien à redire à la volonté de son homologue italien de trouver "un instrument pour relancer les investissements productifs, doper la croissance et mettre sur pied une politique industrielle européenne". Lors de son discours de lancement de la présidence italienne, le 2 juillet devant le Parlement européen, Matteo Renzi devrait ainsi mettre en avant la nécessité de mener à bien les réformes structurelles au niveau européen. Ces dernières "sont le principal moteur de la croissance, surtout si les efforts sont accomplis avec un large consensus national et en conjonction avec les autres pays".

L’ambition affichée par Matteo Renzi, très certainement partagée par François Hollande qui plaide pour revoir le fonctionnement de l’UE, est grande : "réconcilier l’Europe avec les opinions publiques".