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François Godement : "L’investissement en Europe devient un véritable enjeu pour la Chine"

Actualité 23.02.2012

A l’occasion sommet UE-Chine, le 14 février dernier, le président de la Commission européenne a souligné l’importance des relations entre Pékin et Bruxelles. Les relations de l'UE avec la Chine ont été établies en 1975 et sont régies par l'accord de commerce et de coopération de 1985. Depuis, les deux parties tentent de trouver un terrain d'entente pour aller plus loin. Dans un entretien à Touteleurope.eu, François Godemen, professeur à Sciences Po et directeur pour la stratégie d’Asia Centre, commente l'état des négociations commerciales entre l'Union européenne et la Chine, la position de Pékin sur les accords internationaux en matière d'environnement et sur les droits de l'homme.

Touteleurope.eu : Où en est-on des négociations commerciales avec la Chine ? L'UE parvient-elle à imposer plus de "réciprocité" et à ouvrir les marchés chinois ?

François Godement : Nous sommes à un moment très difficile. Depuis près de deux ans, l’Europe souhaite négocier avec la Chine un accord de partenariat et de coopération pour remplacer le vieil accord qui date de 1985. L’espoir de l’Europe était d’injecter des normes nouvelles. Or la Chine s’est complètement dérobée car elle estime que du point de vue de l’accès au marché européen, elle a tout ce qu’elle veut avec l’accord de 1985 et aucun intérêt à renégocier.
Le second élément est à la prise de conscience qu’il y a des enjeux nouveaux.

Il y a un an, le commissaire européen au Commerce Karel De Gucht a ainsi proposé une nouvelle stratégie intermédiaire. Celle-ci a été refusée par la Chine qui reprochait aux Etats membres de ne pas soutenir cette position théorique. En réalité, avec la crise, chacun y est allé de ses propres négociations bilatérales pour attirer les investissements chinois. La Chine estime donc qu’elle a tout ce qu’elle veut sans négociations.

Le seul développement optimiste date du dernier sommet UE-Chine du 14 février. Le communiqué de presse publié à la suite de cette rencontre contient brusquement beaucoup d’éléments positifs qui laissent entendre que la Chine accepte que toutes ces questions soient posées sur la table : investissements, subventions, propriété intellectuelle. Il reste la question de savoir si les Chinois sont vraiment prêt à en parler et à avancer.

François Godement est spécialiste de la Chine et des relations internationales en Asie orientale. Il est actuellement Professeur des universités en science politique à Sciences Po et est le Directeur pour la stratégie d’Asia Centre. Il a enseigné à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) jusqu’en 2006

L’investissement en Europe devient un véritable enjeu pour la Chine qui se rend compte qu’il pourrait y avoir des obstacles. Elle s’apprête donc à une ouverture supplémentaire du marché. L’Europe a pour sa part accepté de mettre sur la table le statut de l’économie de marché. La discussion doit maintenant être rapide et compréhensive.

Touteleurope.eu : La Chine a indiqué à plusieurs reprises sa volonté de participer au Fonds européen de stabilité financière (FESF), puis au Mécanisme européen de stabilité (MES), qui doit être mis en place en juillet prochain. Quel sera exactement son rôle ?

François Godement : La Chine a déclaré que ces prêts, destinés soit au FESF ou au MES, soit via le FMI, n’étaient pas liés aux négociations de l’économie de marché. Explicitement elle indique qu’elle ne pratiquera de chantage entre les différentes questions, ce qui est plutôt positif.

"Le partenariat UE-Chine est l'un des plus importants dans le monde d'aujourd'hui". José Manuel Barroso, Sommet UE-Chine 14/02/12


En réalité la Chine y a déjà participé en mai 2010 pour des montants que l’on ne connaît pas mais qui ne doivent pas être très élevés.

Il y a un troisième engagement, qui est un geste très important, c’est l’augmentation de la participation des ressources au FMI. Cet engagement a été pris l’an dernier par les ministres japonais et chinois de l’Economie.

Toutefois les Chinois ont posé des conditions : une augmentation de la participation des Européens aux ressources du FMI. L’Allemagne qui est le premier contributeur en Europe pour l’instant s’y oppose.


Touteleurope.eu : Lors de la conférence de Durban en 2011, les accords conclus ont montré que la Chine avait fait preuve d’ouverture. Pourtant le gouvernement chinois a interdit aux compagnies aériennes du pays de prendre part au système européen imposant une taxe sur les émissions de carbone de tous les vols au départ et à destination de l'Europe. La Chine est-elle réellement prête à faire des efforts pour respecter les accords internationaux sur l’environnement ?


François Godement : C’est une fin de non-recevoir. Les Chinois ne veulent pas de normes légales.. Ils s’appuient sur le refus des Etats-Unis.

Il y a deux attitudes actuellement et on ne sait pas laquelle va être adoptée. Il y a celle traditionnelle du ministère du Commerce qui est extrêmement dure en matière de négociations et qui est vraiment chargé de défendre les intérêts sectoriels.

Il y a également celle plus politique du Premier ministre qui repose sur une vision plus macro-économique et donc sur la nécessité de soutenir le marché européen. Ces deux politiques sont concevables et peuvent même coexister côte à côte.


Touteleurope.eu : A l’occasion de ce sommet, le Premier ministre chinois, Wen Jiabao a déclaré que la Chine était "prête à avoir un dialogue sur toutes les questions, y compris les droits de l'homme", avec l'UE. Peut-on espérer une évolution de la Chine dans ce domaine ?

C’est assez surprenant. Alors que l’Europe est en position de faiblesse, c’est plutôt un bon signe que figure cette déclaration du Premier ministre chinois. 

2012 est l'Année du dialogue interculturel UE-Chine. L'évènement a été lancé le 1er février.

Le dialogue a eu du mal à voir le jour, et le thème de l’Etat de droit en Chine est extrêmement sensible actuellement. En résumé, il y a une aile du gouvernement chinois qui appuie sur l’Europe pour maintenir ce thème et une autre qui y est complètement fermée.