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François-Gilles Le Theule : "Tous ceux qui, de près ou de loin, sont concernés par l'Europe, doivent apprendre concrètement comment l'Europe fonctionne"

Actualité 13.02.2008

© CEESFrançois-Gilles Le Theule est directeur du Centre des études européennes de Strasbourg de l’Ecole nationale d’administration (CEES). Le 13 février 2007, le Cycle de hautes études européennes (CHEE) a été inauguré au Quai d'Orsay. A cette occasion, Touteleurope.fr a recueilli ses réflexions.

 

Ecouter l'entretien (6'16) :


La première session du Cycle des hautes études européennes vient d'être inaugurée par le Premier ministre, en présence de Mme Simone Veil, marraine de cette promotion. Les auditeurs sélectionnés s'apprêtent à passer ’’trente jours au cœur de l’Europe’’. Pourquoi avoir créé une telle formation ?

L'idée de créer un Cycle de hautes études européennes existait depuis un certain temps. Elle s'est matérialisée dans la foulée du dernier référendum sur l'Europe.

Dans le cadre du comité interministériel sur l'Europe, le Premier ministre a décidé de lancer un Cycle de Hautes études européennes. Après avoir demandé à Jean-Pierre Jouyet de réaliser un rapport sur ce sujet, Dominique de Villepin a décidé d'en confier la réalisation à l'ENA. Ensuite, les délais, qui étaient très courts, ont été tenus.

Ce projet a vu le jour parce qu'il s'agissait incontestablement d'une bonne idée. Il fallait une décision politique et un événement pour que ce projet se matérialise. Nous avons eu l'événement, le "non" au référendum sur le Traité constitutionnel, et la décision politique, celle du premier Premier ministre. Cette dernière était nécessaire pour que ce cycle soit lancé, sans quoi les choses auraient été beaucoup plus difficiles.

Nous avons également eu du succès auprès du public. Nous avons reçu 130 candidatures, ce qui montre qu'il y a une vraie demande de la société civile pour participer à ce type de formation.


La matière européenne est-t-elle réellement absente de l'enseignement supérieur en France ?

Tout le monde s'accorde sur ce constat : il y a un déficit de l'enseignement de la matière européenne. De nombreux rapports parlementaires, le rapport Herbillon notamment, et diverses analyses prouvent qu'il y a effectivement une connaissance insuffisante de l'Europe. Il y a donc une vraie nécessité de travailler ce sujet.

Même pour les spécialistes des questions européennes, l'Europe se renouvelle tout le temps. L'Europe s'élargit, s'approfondit. Il y a de nouveaux membres, de nouvelles procédures, les rapports de force entre les institutions européennes évoluent. C'est donc une matière en perpétuelle ébullition et il est essentiel que tous ceux qui, de près ou de loin, sont concernés par l'Europe, c'est-à-dire en réalité tous les Européens, apprennent concrètement comment l'Europe fonctionne.

Cette idée concerne également les spécialistes des questions européennes. Il n'existe pas de spécialiste universel de l'Europe mais des spécialistes d'un sujet. Chaque Européen connaît un sujet lié à la construction européenne, lié à sa vie quotidienne mais comme l'a souligné le Premier ministre, tout le monde peut et doit approfondir en commun cette matière.


Le Cycle des hautes études européennes est destiné aux jeunes décideurs (élus, chefs d’entreprise, syndicalistes, responsables associatifs, professions libérales, journalistes). Comment les auditeurs sont-ils sélectionnés ?

La sélection des candidats a été très simple. Un comité de sélection a été mis sur pied. Présidé par Quentin Dickinson, correspondant de RFI à Bruxelles, ce comité a recruté de façon indépendante 37 auditeurs, composé à égalité d'hommes et de femmes, âgés en moyenne entre 30 et 55 ans. Les résultats du travail de sélection de ce comité sont très satisfaisants. Dès la première réunion des auditeurs, une véritable homogénéité et un esprit de corps se sont dégagés. Pourtant cette sélection n'a été réalisée qu'en quelques heures. C'est donc grâce à une procédure indépendante, que ce résultat a été obtenu.


Le premier thème de ce cycle s'intitule ’’Croissance, emploi et compétitivité en Europe : quelles stratégies nouvelles pour le marché intérieur ?’’. Pourquoi avoir choisi ce premier thème ?

Ce thème a a été choisi pour deux raisons. La première, parce que c'est un thème qui fait écho à la stratégie de Lisbonne, qui depuis longtemps est l'un des principaux axes de la politique européenne. C'est un sujet sur lequel nous avons de l'expérience et, en même temps, c'est un sujet qui mérite d'être travaillé, puisque nous n'avons peut-être pas été jusqu'au bout de sa logique.

Bien qu'il soit porté par le Centre des études européennes de Strasbourg et l'ENA, le cycle des Hautes études européenne s'adresse à la société civile, c'est-à-dire essentiellement aux opérateurs du secteur privé, aux syndicalistes, aux associations et aux élus. Nous avons donc voulu un thème fédérateur et nous avons pensé qu'un thème qui tournait autour des sujets qui concernaient tout le monde, c'est-à-dire l'emploi, la compétitivité, l'économie et le social, était un sujet qui serait attractif pour tous ces auditeurs.


Cette formation existe-t-elle dans d'autres Etats membres ?

A ma connaissance non. Cela fait longtemps que nous observons ce qui se passe ailleurs en Europe et il n'y a rien d'équivalent. Il y a des universités, des promotions européennes qui fonctionnent sur un mode universitaire en collège et des universités d'été qui réunissent des professionnels mais il n'y a aucun cycle européen comme celui là. Il s'agit d'un cycle qui fonctionne pendant un an, qui permet à des personnes en situation d'activité professionnelle de se retrouver pendant 30 jours et de réaliser cette formation dans plusieurs capitales européennes mais aussi dans les capitales des Etats membres. C'est  donc un cycle tout à fait unique.