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Formation professionnelle et compétences : comment l'UE agit-elle ?

Actualité 21.11.2017

Quelques jours après l'officialisation du Socle européen des droits sociaux, le 17 novembre à Göteborg (Suède), c'est la Semaine européenne des compétences professionnelles (du 20 au 24 novembre) qui débute. Organisé par la Commission européenne pour la seconde année consécutive, cet événement a lieu tandis que le gouvernement français vient lancer les discussions entre partenaires sociaux sur les réformes de la formation professionnelle, de l'apprentissage et de l'assurance chômage. Une occasion de poser un regard sur les politiques européennes dans ce domaine.

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Chômage des jeunes dans l'UE

"Toute personne a droit à une éducation, une formation et un apprentissage tout au long de la vie, inclusifs et de qualité, afin de maintenir ou d'acquérir des compétences lui permettant de participer pleinement à la société et de gérer avec succès les transitions sur le marché du travail". Il s'agit du premier principe du Socle européen des droits sociaux signé par les institutions européennes et les chefs d'État et de gouvernement, le 17 novembre à Göteborg (Suède).

Socle européen des droits sociaux, une avancée pour l'Europe sociale ?

Et pour cause, les responsables politiques et les partenaires sociaux européens l'ont bien constaté : plus le niveau de diplôme et de compétences des personnes est élevé, plus le risque de chômage est faible. Un indicateur essentiel alors que les taux de chômage des jeunes atteignent aujourd'hui des niveaux impressionnants, bien qu'en légère baisse. Autrement dit, "le taux de chômage est décroissant avec la classe d'âge, le diplôme constituant par ailleurs une protection relative contre le risque de chômage", résument Florence Lefresne et Yann Fournier dans L'Europe de l'éducation en chiffres (2016).

Au sein de l'Union européenne, le taux de chômage des 15-24 ans a atteint 19% en 2016, soit deux fois plus que le taux global qui s'arrête à 9%. En France, ce sont 22,8% des jeunes de 16 à 25 ans qui étaient au chômage l'an dernier, un chiffre "auquel on peut ajouter 8,3% de la classe d’âge inactive hors scolarité et études soit un total de 1,33 million de jeunes", explique Bruno Ducoudré, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans une note.

 

 

 

 

 

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La stratégie européenne pour les compétences

Par conséquent, promouvoir l'acquisition de compétences et la formation professionnelle pour lutter contre le chômage, en particulier celui des jeunes, compte parmi les chantiers les plus importants de l'Union européenne. Mais si la question prioritaire est de donner des compétences aux personnes sans emploi, sans diplôme et sans formation, un second enjeu est à considérer : une part importante des demandeurs d'emplois disposent déjà de nombreuses aptitudes, mais qui ne correspondent pas aux besoins du marché du travail. Ainsi, la Commission européenne indique que 30% des plus diplômés ont un travail qui ne nécessite pas un diplôme universitaire. De même, 40% des employeurs peinent à rencontrer un demandeur d'emploi correspondant à leur fiche de poste. C'est le cas par exemple dans certains secteurs industriels comme la métallurgique.

Emploi des jeunes

Depuis 2016, la stratégie européenne pour l'emploi s'axe en conséquence sur les compétences professionnelles. En juin 2016, La Commission européenne a ainsi adopté son "Agenda des compétences pour l'Europe", une série de dix objectifs pour améliorer la rencontre entre la demande et l'offre d'emplois en "dot[ant] les personnes de meilleurs compétences". L'un des préalables, explique Marianne Thyssen, commissaire européenne pour l'Emploi et les Affaires sociales, étant à cet égard de démontrer "que la formation professionnelle et l'apprentissage constituent un excellent premier choix". C'est l'une des raisons d'être de la Semaine européenne des compétences.

Parmi les différents programmes européens qui s'inscrivent dans cette volonté d'améliorer la qualité et l'image de l'apprentissage, on trouve l'Alliance européenne pour l'apprentissage. Cette plateforme permet de mettre en relation entreprises, partenaires sociaux, chambres de commerce, régions et d'autres acteurs clés de la formation professionnelle. Selon la direction générale de l'Emploi à la Commission européenne, cet outil aurait permis de créer 700 000 places d'apprentissage à travers l'UE.

Plus globalement, le Fonds Erasmus + est également un programme phare de la Commission européenne dans le domaine de la formation professionnelle. En 2017, 5 millions de personnes ont ainsi effectué un séjour de mobilité à l'étranger par ce biais, dont 6 800 apprentis français.

Le programme Erasmus+ et la mobilité en Europe

Un dialogue social européen autour de la formation professionnelle

Si en matière sociale le mode d'action de l'UE reste intergouvernemental en vertu du principe de subsidiarité, l'Union dispose tout de même d'une compétence non négligeable pour appuyer, coordonner ou compléter l'action des États membres dans ce domaine.

En témoignent les politiques menées dans le cadre de l'Agenda des compétences pour l'Europe avec les partenaires sociaux européens. La Confédération européenne des syndicats (CES) a par exemple défendu la Garantie pour les compétences, adoptée par le Conseil en décembre 2016. Elle consiste en "une stratégie de coordination sur l'accès à la formation et aux compétences de base pour les adultes les moins qualifiés sur le marché du travail", soit 70 millions d'Européens qui ont des difficultés pour lire, écrire et calculer, explique Thiébault Weber, l'un des secrétaires de la confédération. Cependant, comme cette stratégie n'a rien de contraignant, "le rôle des États membres est clé pour sa mise en œuvre", souligne-t-il.

Qu'est-ce que le dialogue social européen ?

Le Cadre de qualité pour l'apprentissage, issu d'un projet conjoint mené par les partenaires sociaux entre 2015 et 2016 a également été adopté par le Conseil en mai 2017. Cet outil devrait permettre d'établir des critères communs sur la définition d'un apprentissage de qualité afin de favoriser la mobilité et de "faire de l'apprentissage une chance en matière d'insertion pour les jeunes", poursuit le représentant de la CES. Car il existe de fait une multitude de modèles différents en termes d'apprentissage selon les pays européens.

Réforme de la formation en France : que font nos voisins européens ?

A l'échelle nationale, les partenaires sociaux ont un rôle plus ou moins approfondi dans le développement et la mise en œuvre de la formation professionnelle tout au long de la vie et de l'apprentissage. Cependant, "on constate généralement que lorsque les pouvoirs publics ne sont pas les seuls à définir les politiques de formation et leur mise en œuvre, mais que des représentants à la fois des employeurs et des travailleurs y participent également, on obtient des politiques considérées comme stratégiques", et donc plus efficaces, car elles sont "liées aux besoins des entreprises", selon Thiébault Weber.

En Bulgarie il n'existe par exemple pas de structure de représentation des travailleurs sur le lieu de travail, et seul 2% des adultes ont participé à une formation professionnelle en 2015, selon le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (CEDEPOF). A l'inverse, au Danemark, les organisations patronales et syndicales ont un rôle de premier plan sur de nombreuses questions, notamment sur les fonds de formation. Le taux de participation des adultes à la formation y est le plus élevé de l'UE : 31,3%, en 2015. Il en va de même, chez ses voisins du Nord, comme la Suède ou la Finlande, qui partagent une culture de la formation tout au long de la vie. En France, ce taux atteint 18,6%, pour une moyenne européenne de 10,7%.

Malgré un taux de participation des adultes à la formation tout au long de la vie particulièrement faible (8,1%), de nombreux observateurs vantent en revanche l'efficacité du système d'apprentissage pour les jeunes allemands, organisé selon le principe du bottom-up. Outre-Rhin, ce sont les entreprises et les partenaires sociaux qui organisent des négociations pour proposer aux ministères de l'Éducation et de l'Économie une évolution des formations initiales existantes ou la reconnaissance de nouveaux métiers. Cela permet de définir des formations en lien avec les besoins des secteurs économiques.

"Les entreprises investissent au total 25 milliards d'euros par ans dans les apprentis", abonde Laura Wyss, conseillère principale à la BDA (l'équivalent du Medef en Allemagne). Et après l'enseignement secondaire, 50% des jeunes font une formation en alternance, poursuit cette-dernière. Ainsi, "l'Allemagne et la Suisse ont les modèles les plus achevés en termes d'apprentissage", selon Pierre Ferraci, expert du dialogue social et PDG du groupe Alpha, un cabinet de conseil en ressources humaines. Ces deux pays se distinguent par cette étroite relation entre les branches professionnelles, les partenaires sociaux et le système éducatif, faisant de cette voie une formation d'excellence.

Les débats sur le rôle que doivent jouer les différents acteurs (Pôle Emploi, partenaires sociaux et régions) sur la formation professionnelle en général sont actuellement au cœur des débats en France. En effet, après plusieurs déplacements au Danemark ou en Suisse, Muriel Pénicaud, ministre du Travail, a proposé des réformes de l'apprentissage, de la formation professionnelle et de l'assurance chômage. Pour les 1,3 million de jeunes sans formation, ni diplôme, ni emploi, le gouvernement souhaite changer l'image de l'apprentissage et le rendre plus accessible. Car "il y a 400 000 apprentis en France et 70% ont un emploi dans les mois qui suivent", argumente Mme Pénicaud. Sur la formation professionnelle, considérée trop inégalitaire et complexe, les partenaires sociaux sont également en phase de discussion.