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Eva Joly : "Il faut impérativement lever le blocus"

Actualité 04.06.2010

La perspective d'une enquête internationale sur l'assaut contre la "flottille de la liberté" et la levée du blocus de Gaza ont été purement et simplement rejetés par le gouvernement israélien, malgré les nombreux appels de la communauté internationale. Eva Joly, députée européenne membre d'Europe Ecologie, juge ces deux points fondamentaux, et insiste sur le rôle de l'Union européenne dans le processus de paix israélo-palestinien.

Touteleurope.fr : Vendredi 28 mai, vous appeliez avec d’autres députés européens à lever le siège de Gaza : quelle est la situation actuelle ? Est-ce l’enjeu central du processus de paix israélo-palestinien ?

 

Eva Joly : La levée du blocus de Gaza n'est pas l'enjeu du processus de paix, mais c'en est un élément fondamental, indispensable, nécessaire.

A Gaza, l'un des territoires les plus densément peuplés de la planète, 80% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et ne survit - avec difficultés - que grâce à l'aide internationale, à laquelle l'Union européenne est la principale contributrice.

 

Et cette aide est aujourd'hui, concrètement, réduite au minimum. Sur les 6000 produits considérés comme d'importance vitale par l'Onu, Israël ne tolère l'entrée dans la bande de Gaza que de 81 d'entre eux. Par exemple on ne peut pas y faire entrer du ciment, alors que c'est évidemment indispensable pour construire ou reconstruire les bâtiments, notamment les logements, les hôpitaux ou les écoles. Les trois quarts des bâtiments détruits au cours du dernier conflit n'ont pas pu être reconstruits. Les chantiers commencés sous l'égide de l'Onu, qui disposent déjà de financements, sont arrêtés purement et simplement.

Et pourtant, face à ces chantiers laissés en plan par l'UNRWA (The United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East) faute de pouvoir s'approvisionner en matières premières, d'autres fonctionnent sans problèmes, grâce à l'importation de matières premières via les tunnels et le marché noir.

On se retrouve donc face à une situation ubuesque où le blocus profite à ceux qu'ils devaient initialement isoler. La population civile est quant à elle enfermée à ciel ouvert et doute chaque jour un peu plus des capacités d'action de la communauté internationale et de l'Union européenne, incapables de se procurer ne serait-ce que du ciment.

On a donc là une situation inhumaine, contraire au droit humanitaire, d'autant plus intolérable que plus de 50% de la population de Gaza sont des enfants qui ne sont évidemment pour rien dans ce conflit.

En outre cela entretient évidemment la violence, la peur, la révolte. Cela favorise les extrémistes, qui par ailleurs tiennent le marché noir, se financent par lui, et souffrent de ce fait bien moins du blocus que la population dans son ensemble !

Mettre fin à cette spirale où la violence appelle la violence ne peut donc passer que par une levée immédiate et inconditionnelle de ce blocus et par la mise en place, pacifique, de deux Etats voisins indépendants et souverains. Quoique le gouvernement de Benjamin Netanyahou en dise, c'est la seule solution envisageable, pour la paix, pour la vie des habitants et aussi d'ailleurs pour la sécurité d'Israël.


Touteleurope.fr : Quelle est votre réaction face à l’assaut israélien contre la flottille de Gaza et ses suites ? Cet événement peut-il être un déclencheur ?

Eva Joly : Avec le Président Buzek et les autres membres de la délégation officielle du Parlement européen qui s'est rendue en Palestine, en Israël et à Gaza la semaine dernière, nous avons fermement condamné cette attaque. La Haut Représentante Catherine Ashton a fait de même, comme l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne - et bien d'autres responsables à travers le monde.

 

Comment aurait-il pu en être autrement, sachant que cet assaut – comme le blocus de Gaza - était contraire au droit international et humanitaire qui interdit toute attaque de convois humanitaires, et quand on voit la tragédie qu'il a causée ?

Cela étant dit, il nous faut maintenant réfléchir aux moyens d’éviter que la situation ne dégénère davantage encore ainsi qu'à la façon de relancer le dialogue, en le rendant plus constructif.

On ne peut plus laisser la population payer pour ce conflit. Il faut impérativement lever le blocus. Sans celui-ci, cette tragédie n’aurait pas eu lieu.

Il faut aussi mettre en place une enquête internationale indépendante pour faire toute la lumière sur la façon dont s’est déroulé l’assaut. Et une fois cette enquête achevée, les uns et les autres devront être mis devant leurs responsabilités.

J’insiste sur le fait que l’Union européenne a un rôle à jouer dans cette affaire. D’abord, je vous le disais, c’est la première contributrice en termes d’aide humanitaire accordée à la région. Il apparaît donc normal qu’elle aille jusqu’au bout de la logique et s’affirme comme acteur plein et entier des négociations à mener ! Elle doit pour cela être unie et parler au nom des 27 Etats Membres.

 

Ensuite, l’Europe a les moyens de se faire entendre. Si une enquête internationale n'est pas rapidement mise en place, si Israël refuse de lever le blocus ou continue de s’opposer dans les faits à la mise en place de deux Etats souverains et indépendants, il faut que Lady Ashton, que l'Union européenne et les Etats membres prennent toutes les mesures politiques adéquates pour y remédier. Il est par exemple parfaitement envisageable que le Parlement européen rejette les accords commerciaux en cours d’élaboration, que l’Europe décide de revenir sur ceux qui existent déjà, ou que les Etats agissent dans le sens d'une suspension du processus d'intégration d'Israël à l'OCDE.

Ce que la communauté internationale doit faire, c'est d’une part lancer un appel à la responsabilité de tous et d’autre part mettre l’ensemble des parties devant leurs responsabilités respectives. Nous ne pouvons plus hésiter à mobiliser tous les moyens légaux et diplomatiques dont nous disposons si nous voulons y parvenir. L'Europe peut jouer un rôle majeur dans ce cadre, pour peu qu'elle le veuille elle-même.

 

 

En savoir plus :

 

Le Blog d'Eva Joly

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